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La Zad de Notre-Dame-des-Landes sous le choc de l’évacuation

9 avril 2018 / Camille Martin (Reporterre)

Depuis lundi matin 9 avril, les gendarmes mènent une opération d’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Reporterre raconte en direct, minute par minute.

  • Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage
  • Lundi 9 avril - 20h15 - Un dernier récit de la soirée. Un soutien nous raconte : « Je suis allé aux Cent Noms pour tenter d’aider les habitants à sauver des choses dans les décombres où l’on voit des pots de confiture, des sachets de pâtes explosés. Là, une jeune fille en pleurs dont la petite cabane, à côté, a miraculeusement échappé à la pelleteuse me demande de l’aider à mettre ses affaires à l’abri. Hébétée, elle m’explique que son copain est l’un de ceux qui produit les graines pour la Zad, qu’elles séchaient dans les Cent Noms. Alors on va tenter de les chercher dans les ruines de la maison. »
  • 19h40 - Fin du fil d’actualité pour aujourd’hui. Rendez-vous demain sur Reporterre pour les dernières informations. Au programme, récit des mobilisations en soutien à la Zad sur Paris, résumé de la journée, réponse à la question : les expulsions à Notre-Dame-des-Landes sont-elles légales ? Et voyez ici le témoignage de Vandana Shiva, pour qui la Zad est « le laboratoire du futur ».
  • 19h37 - Retour sur la journée. Michel, habitant des Cent Noms, raconte l’évacuation de sa maison et du hangar attenant. Les deux sont, ce soir, détruits.
  • 19h31 - Nous ajoutons le bilan selon la préfecture : 13 squats démantelés dont 6 entièrement détruits ; 7 personnes interpellées. « Chaque expulsion se fait sur des critères objectifs et notamment en l’absence de projet agricole sérieux », indique la préfète.
  • 19h30 - Des rassemblements et actions de soutien ont lieu un peu partout en France. Une liste est disponible ici.
  • 19h25 - « Les gendarmes se retirent », nous indique un de nos contacts sur place.
  • 19h10 - C’est au tour de l’Acipa de réagir dans un communiqué. L’association des riverains anti-aéroport se dit « scandalisée par les événements en cours sur la ZAD » :

L’Acipa a toujours défendu que la RD281 devait rester libre après l’abandon du projet d’aéroport pour la circulation de la population et l’accès aux parcelles agricoles. Mais cette route ne sert-elle pas aujourd’hui de prétexte à une intervention plus générale ?

L’Acipa avait appelé à protéger les lieux de vie, qui doivent pouvoir concrétiser leurs projets agricoles, culturels, sociaux et ruraux. Le mouvement est en train de travailler sur ces projets et était en réflexion pour apporter des solutions plus individuelles sous forme de convention d’occupation précaire dans ces projets collectifs. Des réunions de concertation ont d’ailleurs déjà eu lieu avec la préfecture de Loire-Atlantique. La ferme en devenir des 100 noms portait un vrai projet agricole, un projet solide et pérenne. Son expulsion et sa destruction constituent une ligne rouge que le gouvernement a franchie. (...) Si cette intervention - qui s’apparente à un « César-2 » - n’est pas stoppée immédiatement, l’Acipa appelle ses adhérents et sympathisants à venir en nombre sur la zone de Notre-Dame-des-Landes dès demain matin pour montrer leur désaccord avec cette opération et à montrer leur solidarité partout où ils se trouvent. En parallèle, un dialogue de sortie de crise parait plus que jamais indispensable dès les prochaines heures ».

  • 19h - Un communiqué des habitants de la Zad résume la journée qu’ils ont vécue :

« L’après-midi se finit dans un bocage asphyxié par les gaz lacrymogènes (...). Au moins 9 lieux de vie collectifs ont péri, avec leurs divers habitats particuliers brisés, leurs ateliers en miettes, leurs jardins piétinés : Planchettes, Planchouette, Lama fâché, Noue non plu, Youpiyoupi, Jessie James, Phare Ouest, Chèvrerie, Cent noms... (...)

A chaque maison expulsée, brisée par les mâchoires des tractopelles, c’est un pan de la vie ici que l’État cherchait à éradiquer, et un pan ferme de colère qui se soulevait en nous. (...)

La destruction du hangar, des serres et de la bergerie des 100 noms, l’évacuation de ses ânes et de ses moutons a achevé de dévoiler l’hypocrisie absolue de la préfecture, y compris sur sa prétention affichée à conserver les projets agricoles. La préfète en profite pour appuyer sur un chantage abject à propos des autres lieux abritant des projets agricoles : abandonnez la vision collective maintenant ou vous connaîtrez le même sort et les mêmes destructions. (...)

Demain, l’État annonce la poursuite des expulsions et de sa volonté d’éradication de l’expérience de la Zad. Il faudra les empêcher, s’enraciner, rester. Nous appelons tous ceux qui peuvent à se rendre sur place dès l’aube pour leur faire obstacle. »

  • 18h45 - Le Cédpa, association d’élus s’opposant à l’aéroport y va également de sa déclaration :

Si les élus que nous sommes comprennent une opération de police visant à assurer la circulation sur la route départementale, ils demandent à l’État de ne pas obérer définitivement les chances d’une sortie pacifique de ce conflit.
La destruction inutile d’un lieu comme celui de
s “cent noms” ce lundi après-midi, où existait un vrai projet agricole, risque d’être lourde de conséquences. Nous en appelons à la responsabilité de tous, car nous pensons qu’il est encore possible de trouver un chemin de raison. Cela implique des concessions de part et d’autre. Nous demandons à l’État de ne pas aller au-delà de la libération de la route et de respecter les engagements pris par madame la préfète lors de précédentes rencontres d’étudier les différents projets en cours. Nous demandons par ailleurs aux nouveaux habitants d’accepter les règles minimales nécessaires à leur régularisation. »

  • 18h30 - Fin de journée, France nature environnement et ses associations membres des Pays de Loire et Bretagne publient un communiqué dénonçant « une opération de manipulation médiatique qui fragilise le dialogue engagé avec l’ensemble des acteurs locaux autour du projet de territoire. »

« Alors que le dialogue commençait à bien s’enclencher entre toutes les parties, il n’y avait aucune urgence à une intervention au nom d’un soi-disant “État de droit”, poursuit le communiqué. Cette analyse a été transmise vendredi dernier par le président de France Nature Environnement à plusieurs membres du gouvernement, au Premier Ministre et au Président de la République. France Nature Environnement n’a pas été entendue et est aujourd’hui très inquiète. »

  • 18h14 - Yannick Jadot réagit sur Twitter. L’intervention à Notre-Dame-des-Landes est une « faute politique », estime-t-il :
  • 18h06 - Un matelas couvert d’un duvet, porté par quatre personnes, traverse un champ. Soupe chaude et pain frais sont servis au bord de la route des Fosses noires. Il commence à pleuvoir. Comme des images d’exode.
  • 17h45 - La maison des Cent Noms est à son tour déchiquetée par les engins de destruction sous des nuages de lacrymos. « Arrêtez de détruire ma maison ! » pleure de rage une de ses habitantes.



  • 17h35 - Le collectif d’agriculteurs Copain 44, qui soutient de nombreux projets agricoles sur la Zad, publie à l’instant un communiqué : « Nous avons obtenu des espaces de discussion avec l’État et les collectivités qui nous laissaient optimistes quant à un retour à la légalité sur ce territoire. Hélas, aux dernières nouvelles de l’opération en cours, des projets agricoles sont aujourd’hui la cible de destruction. Cela nous laisse entrevoir un risque de fort durcissement des positions alors que la situation aurait pu se régler de manière plus apaisée. »
    Ils rappellent le contenu du projet agricole des Cent Noms, lieu de vie en cours de destruction : « Le site des Cent Noms, habité depuis plus de 5 ans, développe un projet agricole porté par un jeune agriculteur ingénieur agronome. Il est déjà déclaré porteur de projet à la chambre d’agriculture. Ce projet est réparti en deux volets autour de l’élevage ovin : un premier en brebis laitière avec transformation fromagère. Un bâtiment de 430 m² a déjà été construit (et aujourd’hui détruit). Un 2e projet associatif de production de brebis viande destiné à la formation pour la conduite de troupeaux, l’écopaturage, le sylvopastoralisme et la valorisation des pâturages humides. Le projet s’appuie sur des terres occupées depuis 5 ans et ont la potentialité de se développer avec des fermes mitoyennes à reprendre pour atteindre 45 hectares. L’ensemble de ce projet est pensé dans l’objectif de la mutualisation des moyens de production. Ce lieu était aussi un lieu de vie regroupant plusieurs habitants déclarés par trois fois auprès de la préfecture comme résidents à cet endroit. »
  • 17h24 - Dominique Deniaud, président de la Confédération paysanne 44, répond à Reporterre :

    L’évacuation est d’une ampleur assez importante. Attaquer les lieux de vie aura tendance à compliquer énormément le règlement de ce dossier, à casser la confiance que les organisations tentaient de construire entre les services de l’État et les nouveaux habitants de la zone. On était, à mon avis, dans une phase où les discussions étaient bien engagées. L’État ferme clairement la porte au dialogue et aux projets futurs. Si des lieux tels que les Cent Noms sont détruits, des lieux largement écartés de la D281, cela veut certainement dire que la Zad est vouée à y passer en entier. C’est n’importe quoi, ça n’a aucun sens. Je ne sais pas comment l’État a mesuré les conséquences de ses actes. Après une sortie aussi brutale, comment gérer la suite ? »

  • 17h15 - « Aux Cent Noms, l’un des enjeux serait de gêner suffisamment pour que la maison soir encore là ce soir, raconte à Reporterre un soutien des zadistes sur place. En parallèle, aux Fosses noires, un tracteur fait des aller-retours pour faire un gros tas de terre pour les protéger. La barrière anti-émeute a été retirée, cela donne l’impression que les gendarmes vont avancer. »
Au fond, la pelleteuse s’apprête à démolir l’habitation des Cent Noms.
  • 17h00 - Un habitant des Cent Noms raconte à Reporterre : « Après le hangar, ils s’apprêtent à détruire la maison. L’éolienne est encore debout. Les animaux (moutons, poules) ont été déplacés. Mais on en fait quoi après ? On a un plan pour quelques jours, mais on a besoin de surfaces en herbe. On est confinés aux lisières, je ne sais pas combien on est, mais il faudrait qu’on soit beaucoup plus nombreux. »
  • 16h55 - Aux Cent Noms, se déroule un face à face tendu entre gendarmes et habitants du lieu qui ont vu leur hangar détruit, puis désormais canapé et meubles se faire virer dans une benne de travaux publics. « C’est notre table de salon, ça ! Et là ce sont nos affaires personnelles que vous êtes en train de foutre en l’air ! Hé, doucement c’est ma bibliothèque… » dit avec rage un des habitants devant des gendarmes muets. « Et l’éolienne, vous allez aussi la détruire ? Ça va faire beau… » La benne emportant les meubles part sous les huées. « On est en colère parce qu’ici on aime le bocage et les gens. En faisant cela ils nous radicalisent. »
  • 16h35 - Cyril Bouligand, paysan solidaire, membre du collectif Copain 44, a passé la journée sur place et raconte à Reporterre :

Les forces de l’ordre sont parties de l’est de la zone et progressent tranquillement en démolissant toutes les cabanes qui se trouvent sur leur chemin. On ne sait pas où elles vont s’arrêter, elles ne laissent rien derrière elles. Elles débarquent avec des gardes mobiles, balancent des grenades lacrymogènes partout pour définir leur périmètre. Puis une pelleteuse arrive, et fait tout tomber.

Elles ont même atteint les Cent Noms… Ce n’est pas encore démoli, mais les gens sont contraints de plier bagage. Il y avait là des moutons, des ânes. C’était tout un projet collectif d’élevage, de maraîchage. On a un peu de mal à comprendre ce qui se passe : l’État nous disait qu’il était prêt à réfléchir à des projets, agricoles ou autres, à permettre à ceux qui les portaient de rester. Cela fait quasiment sept ans qu’on travaille à des projets de société alternative. Des gens y mettent une énergie folle, bâtissent leurs lieux de vie. L’État démolit tout sans même prendre le temps de s’attarder sur ce qui a pu se construire ici. »

  • 16h30 - Un communiqué en provenance des habitants de la Zad a été envoyé aux journalistes et soutiens : « Les lieux de vie tombent les uns après les autres. Lama faché, les Planchettes, les Cent Noms, Youpi Youpi... A nombreu.ses.x, nous pouvons cependant tenter de mettre en échec la suite de leurs manœuvres avant la tombée de la nuit et d’interrompre cette triste liste. Pour cela plusieurs RDV :
    • à 17h sur le camp des Cheveux blancs (en face des Fosses noires) pour
      se coordonner et réagir à la mesure des expulsions de la journée. On ne
      laissera pas la Zad se faire expulser sans réagir ;
    • à 18h ce soir devant la préfecture de Nantes ;
    • à 21h ce soir à la Wardine pour faire le point sur place. »
  • 16h15 - Fracas de taule et ronron sourd des engins : le hangar des Cent Noms est détruit. Après l’évacuation des personnes sur le toit, les pelleteuses ont démarré au plus vite leur travail de démolition. L’huissier parle de « déconstruction ».
  • 15h50 - À la Chèvrerie, l’hélicoptère tourne et couvre les conversations. Les forces de l’ordre restent en arrière pendant que les habitants de cette maison en torchis et taule distribuent ce qui peut resservir — vélos, duvets — à qui veut.
  • 15h40 - Le directeur de Greepeace France réagit un communiqué : « Il est irresponsable de la part du gouvernement d’utiliser la force et la répression aujourd’hui à Notre-Dame-des-Landes. Alors que la coordination du mouvement sur place construit depuis des mois des propositions pour l’avenir de ce territoire, dans une logique de respect de l’environnement et de solidarité, le gouvernement a choisi la démonstration de force plutôt que le dialogue. Cette méthode est inacceptable. Expulser et menacer de destruction un lieu de vie comme les Cent Noms, où bergerie, potagers et autres projets agricoles fleurissent, illustre par exemple l’absurdité de l’action du gouvernement sur place et l’incohérence de son discours. L’opération de communication déployée par le gouvernement pour tenter de légitimer cette intervention et d’en contrôler son traitement médiatique est très préoccupante. Sous couvert de beaux discours prônant dialogue et concertations, nous nous inquiétons de voir la dérive répressive de l’État à l’œuvre contre les combats environnementaux. Nous réaffirmons notre soutien au projet d’avenir de la Zad et à celles et ceux qui se sont battu-e-s pour ce territoire pendant des années. »
  • 15h30 - Le syndicat Sud Rail publie un communiqué de soutien aux habitants de la Zad. « La Fédération SUD Rail apporte tout son soutien aux Zadistes et appelle à participer massivement aux initiatives de soutien et de défense des habitants de NDDL partout sur le territoire », indique-t-il. « Alors que des discussions étaient en cours avec la préfecture, alors que les habitants n’étaient juridiquement pas expulsables, c’est donc encore la logique guerrière et répressive que le gouvernement a choisi (...). Cette violence, il l’utilise à l’encontre de toutes celles et ceux qui lui résistent. Les cheminots ne sont pas en reste comme les étudiants, les éboueurs, les postiers avec le licenciement de Gaël Quirante [syndicaliste licencié contre l’avis de l’inspection du travail], les migrants et plus largement celles et ceux qui refusent sa vision ultralibérale de la société. SUD Rail condamne fermement cette logique autoritariste qui n’a pour but que de pousser les acteurs du mouvement social dans une spirale dangereuse. Macron semble décidé à avoir son affrontement à la Thatcher. (...) Nous appelons l’ensemble des cheminot-e-s à s’inscrire dans une convergence des luttes et à durcir le mouvement pour mettre fin à ces politiques réactionnaires et violentes. »
  • 15h20 - Toujours à la Chèvrerie, entre deux grenades qui percutent les hautes branches des arbres, les occupants du toit lancent un message aux soutiens sur le plancher des vaches : « Servez-vous dans la maison, il y a des trucs bien, des outils. Sinon ça va se perdre ! »
  • 15h10 : Notre journaliste est maintenant à la Chèvrerie. Huit personnes se trouvent sur le toit. Les gendarmes mobiles se trouvent au bout du sous-bois et d’un chemin. Une barricade de grosses planches de bois se dresse sur leur passage.
  • 14h40 - La bataille de mottes de boue contre les gendarmes mobiles se poursuit non loin des Cent Noms, indique notre journaliste sur place. L’évacuation du toit du hangar est achevée. Les gendarmes nettoient leurs matraques et boucliers maculés. En parallèle, les informations sur d’autres lieux de la Zad circulent sur les talkie-walkie : la Chèvrerie serait expulsée.
  • 14h30 - Un habitant des Cent Noms qui était sur le toit du hangar et a été descendu par les gendarmes nous informe qu’il ne reste que cinq personnes sur le toit. « Il y a énormément de policiers et gendarmes qui nous empêchent de rentrer dans le champ, indique-t-il. Ils ont évacué tout le monde sauf les dernières personnes sur le toit. Pour nous, cette expulsion est illégale, parce que nous sommes huit personnes s’étant signalées comme habitant sur ce lieu. C’est notre domicile principal depuis cinq ans. On ne s’attendait pas à être expulsés. On avait une inquiétude, mais on n’osait pas y croire. On a un projet agricole conséquent, crédible, on est soutenus. Sauf que ce projet agricole n’est pas déclaré comme projet individuel et ça ne plaît pas. Je dois dire mon émotion, mon incompréhension, c’est absolument scandaleux. Ils font une très grande erreur stratégique, ils ne savent pas ce qu’ils déclenchent. »
  • 14h10 - Les gendarmes mobiles sont plus nombreux sur le toit, mais ne parviennent pas à défaire la grappe humaine qui occupe la pointe du toit. Ils tirent les corps au milieu des cris. Deux gendarmes viennent de tirer de force un occupant du toit.
  • 14h - Réaction de Julien Bayou, porte-parole du parti Europe Écologie Les Verts :

Cette démonstration de force est démesurée. Il n’y avait pas d’urgence à évacuer. Au contraire, un peu de temps aurait permis au collectif de s’autoréguler, de déposer des projets professionnels agricoles. On est sur une guerre de communication. Le gouvernement tente de détourner l’attention de la grève SNCF. Cette opération de maintien de l’ordre va créer plus de troubles à l’ordre public que la situation qui prévalait. Plutôt que d’évacuer les quelques personnes qui n’avaient pas de projet particulier, l’État se retrouve à occuper toute la zone. C’est regrettable.
On appelle à l’apaisement et on souhaite que les expérimentations, sur le territoire, puissent se poursuivre, que les projets d’agroécologie voient le jour, que les zones humides soient protégées. Il ne faut surtout pas que ces terres soient données à des agriculteurs de la FNSEA qui voudraient faire de l’intensif. Finalement, le défi est d’arriver à reproduire ce qui a pu se passer au Larzac et a contribué à des expérimentations qui nous sont utiles aujourd’hui. L’agroécologie, ce serait une sortie par le haut pour ce territoire. »

  • 13h50 - Des gardes mobiles casqués et encordés sont montés sur le toit du hangar agricole de la bergerie des Cent Noms et tentent de faire descendre les 21 personnes qui y sont installées.
  • 13h 40 - Il y a 21 personnes sur le toit en taule du hangar agricole de la bergerie des Cent Noms, dont au moins une de l’Acipa, l’association des riverains opposés à l’aéroport. Un drone les surveille. Une équipe de grimpeur a apporté des échelles pour tenter de les déloger. Deux habitants réclament de récupérer deux brouettes dans lesquelles il et elle ont déposé leur affaires de première nécessité. Refus. À deux cent mètres de distance, les autres Zadistes soutiennent les occupants sur le toit. « Ah merde, on a oublié le chat », dit une occupante contente au bord du champ.
  • 13h30 - Sur le toit du hangar des Cent Noms, un habitant du lieu nous raconte : « Nous sommes 21 personnes sur le toit. Des gendarmes grimpeurs, sans doute 25, viennent nous chercher. Ils vont détruire le lieu. »
  • 13h20 - Les Cent Noms ne sont pas encore évacués, les personnes se tiennent toujours sur le toit du bâtiment le plus haut. Dans le champ à côté, les gens sont en pleurs, consternés. Ce lieu installé de longue date sur la Zad est très apprécié de ses habitants. Par ailleurs, si l’on en croyait les propos de la préfète ces deux derniers mois et encore aujourd’hui en conférence de presse, il apparaissait préservé d’une expulsion, car il fait partie des projets agricoles. Sur place, certains opposants font l’analyse que cette opération contre les Cent Noms va ressouder le mouvement. La tentative de la préfecture de diviser le mouvement en séparant le bon grain de l’ivraie ne tient plus : tout le monde peut se sentir à nouveau expulsable. Les habitants qui avaient joué le jeu en discutant avec la préfecture sont très émus et déçus. « Ils se sont peut-être trompés en voulant expulser les Cent Noms, c’est contre-productif », avance un habitant.
  • 13h00 - Aux Cent Noms, selon notre journaliste sur place : « Les gendarmes mobiles ont pris des positions au bord de la D281 face aux Cent Noms. Il y a des gaz lacrymogènes dans le champ. Les ânes qui broutaient là viennent d’être évacués. Les opposants, en sous-nombre, refluent vers les haies à l’arrière de la prairie. Énième face à face de la journée sous les bruits de l’hélicoptère. »
    « Au bout de ce champ se trouvent une maison en ossature bois en voie de finition et une plate-forme en matériaux de récupération, belle fondation ronde d’une cabane dont la construction commençait à peine. »
    « De l’autre côté du champ, les mottes de terre boueuse volent sur les visières des gendarmes mobiles. »


    « Impressionnante vision d’une prairie cernée de gardes mobiles avec un maître chien et des escouades casquées apparaissant dans les trous de haies. Une douzaine d’habitants se trouvent sur le toit en taule de leur maison tandis que la bergerie est cernée de gendarmes mobiles, certains couverts de boue. “Ils sont en train de ressouder l’unité entre nous”, dit un zadiste les yeux rougis par les lacrymos. »
    « On demande des soutiens en renfort aux Vraies Rouges. »

  • 12h49 - François Verchère, porte-parole du Cédpa, association des élus doutant de la pertinence de l’aéroport : « Nous soutenons les projets nés sur la Zad qu’ils soient agricoles, sociaux, etc. mais il faut qu’ils rentrent dans une forme, même minime, de droit. Le Cédpa ne peut plus dire non à toute intervention policière, non à toute expulsion. Mais nous aimerions être sûrs que l’opération se limite à libérer la route. Mais j’ai très peur que, comme à chaque fois qu’il y a une intervention policière, elle aille trop loin, dérape. Ils vont aux Cent Noms, qui n’empêchaient pas la route de circuler et qui portent des projets intéressants. On voyait arriver cette affaire. La route n’était pas sécurisée, et pas la moindre convention précaire n’était signée parce que la négociation bloquée entre deux positions inconciliables : d’un côté, la préfecture veut des conventions d’occupation individuelles, et le mouvement voulait une convention collective… J’espère que les expulsions vont se limiter aux squats à côté de la route [la RD 281, dite « route des chicanes »] mais je n’en suis pas sûre du tout. »
  • 12h15 - Témoignage d’un soutien des habitants, présent sur la Zad depuis plusieurs semaines : « On se rassemble aux Cent Noms, une centaine de personnes sont là pour défendre le lieu. On ne comprend pas pourquoi ils veulent expulser ce lieu. Ici c’est plein de projets agricoles, il y a un potager énorme, des animaux, des poules, des moutons. C’est un des lieux que l’on pensait rentrer dans les critères de la préfecture. C’est un lieu qui fait vraiment consensus, aussi défendu par l’Acipa [l’association des riverains opposés à l’aéroport]. Les habitants des Cent Noms ont demandé les documents permettant l’expulsion aux gendarmes, ils ont refusé, disant que les documents étaient entre les mains de la préfète. Visiblement ils veulent raser la maison. Il y a un tractopelle non loin, des gendarmes dans les champs autour. »
  • 11h20 - La conférence de presse de la préfète, Mme Klein, s’est achevée, à la mairie de Notre-Dame-des-Landes. Elle a notamment déclaré : « Le premier critère qui nous guide dans les expulsions, c’est la route, pour la rendre à la circulation. Il s’agit de cabanes et de squats. Quand les squats sont vides, ils sont démolis, c’est comme ça qu’on opère. Les démolitions ont commencé pour dix squats. Les gens expulsés sont sans droit ni titre. Ils ne rentrent pas dans le processus de discussion. Pour rentrer dans le processus, il faut montrer sa volonté, et indiquer son nom et ses projets. Seule une partie des gens vont rentrer dans la discussion. Il faut du temps, et là-dessus, tout le monde est d’accord. »
Démolition du Lama fâché
  • 11h00 - Lors de la conférence de presse, le représentant de l’Acipa a aussi déclaré : « On a travaillé des années avec nos camarades de la Zad. Il est inenvisageable d’abandonner aujourd’hui la Zad à son sort. Nous appelons tous nos adhérents à venir défendre notre lutte commune, qui continue sur la Zad. »
  • 10h42 - Conférence de presse des habitants à La Rolandière. Elle est tenue conjointement par des habitants et des représentants de l’Acipa, de Copain 44 (les paysans), les Naturalistes en lutte et la Coordination. Tous se disent « très en colère », soulignant la contradiction incompréhensible entre la « volonté d’éradication de la Zad » par 2.500 gendarmes et les déclarations de la préfète parlant d’apaisement et de laisser du temps au processus. La Coordination met aussi en cause la « concertation », à laquelle ils ont participé activement, menant un « gros travail qui semblait constructif et qui amène une grosse déception ». Les habitants observent aussi qu’on parlait « d’expulsions ciblées » alors qu’en fait 40 lieux de vie sont visés. Ils indiquent qu’ils n’ont pas d’informations sur les lieux qui auraient pu être détruits. Mais la maison Jessy James, sur la D281, a subi une expulsion. Il y a par ailleurs eu un blessé.
  • 10h25 - Témoignage d’un soutien des habitants, présent sur la Zad depuis plusieurs semaines : « Je suis à la Grée, on a évacué tout le matériel de l’atelier rap et les instruments de musique qui craignaient. Il y a des barricades tout autour. Les gendarmes sont à environ 50 mètres d’ici et ne bougent pas. Dès que quelqu’un s’approche un peu trop, ils lancent des grenades lacrymogènes. Tout le monde s’observe mutuellement. Les tractopelles arrivent. Ils vont commencer à détruire les cabanes qui sont si mignonnes, notamment à l’Est de la “route des chicanes”, qui est l’endroit le plus joli du monde, une sorte de pays de Peter Pan. On avait mis le réveil à 4 heures du matin. Finalement, on m’a réveillé à 3h30 avec un café et le sourire, les gendarmes étaient déjà là depuis 2h30 du matin. Une partie de notre travail de la matinée était de garder les barrages filtrants. Il y a des chicanes, mais on veut que les gens qui vont travailler puissent passer. La plupart nous ont demandé gentiment s’ils pouvaient passer et nous ont dit qu’ils nous soutenaient. Autour de nous, il y a des des reinettes, des rossignols, des coucous et beaucoup d’hirondelles. Parmi les soutiens venus en renfort, il y a beaucoup de retraités, c’est assez mignon ! Et aussi une quinzaine ou une vingtaine de tracteurs. »
  • 10h14 : Le phare de La Rolandière n’a pas pu éclairer cette nuit comme prévu. Le réseau électrique a été saboté par une main inconnue il y a deux jours.
  • 10h10 : L’hélicoptère est en vol stationnaire sous le plafond des nuages. Radio Klaxon diffuse du rap qui exprime des sentiments de défiance à l’égard de la police.
  • 10h00 : Conférence de presse des habitants de la Zad à La Rolandière.
  • 09h58 : Au fait, si on parlait de l’essentiel, dans ce monde de brutes ? C’est quoi la Zad ? Réponse en image :
  • 09h40 : L’hélicoptère de la gendarmerie arrive pour survoler la zone.
  • 09h03 : Le camion-grille des gendarmes avance sur la route des Fosses noires. Il est à cent mètres de cette maison.
  • 08h59 : Les Fosses noires et les jardins des Vraies rouges sont noyés sous les gaz lacrymogènes. Les gendarmes mobiles tiennent la route, mais se font harceler par-dessus les haies denses, dans la brume du bocage.
  • 08h40 : Une vingtaine de tracteurs de paysans, garés aux Fosses noires, à cent mètres du cordon de gendarmes, reculent pour ne pas se trouver noyés sous les gaz lacrymogènes.
  • 08h24 : Les médics distribuent du serum physiologique au bord d’un champ face aux Rouges et Noires, où est servi du café chaud et où des grenades lacrymogènes tombent une minute après. Les manifestants hurlent : « Sortez de mon champ », mais ce que l’on entend surtout, c’est : « Première sommation, dernière sommation, on va faire usage de la force »
  • 08h11 : Par les routes et les bois, les gendarmes mobiles repoussent les gens vers les fosses noires, tandis qu’une gradée répète en boucle en hurlant : « Première sommation, on va faire usage de la force » .
  • 08h00 - Dans un communiqué, le député La République en marche Matthieu Orphelin indique suivre « avec inquiétude l’opération qui vient de commencer ». « J’espère qu’elle sera centrée sur sa réelle raison d’être, poursuit-il. Finaliser la mise en service de la route RD281 et démonter les quelques lieux de vie qui bordent cette route, pour que les habitants de la zone puissent circuler comme avant. » […] « Une opération plus large ne réglerait rien d’autre. Faisons tout pour qu’il n’y ait pas un nouveau César. Ou un nouveau Sivens. »
    Il rappelle également que « tous ceux qui veulent participer au grand projet agricole de NDDL peuvent le faire en déposant un projet individuel auprès de la préfecture. » Et enfin précise que « ceux qui sont à NDDL pour de mauvaises raisons, notamment s’opposer aux fondements de notre République, doivent partir ».
  • 08h10 : Il reste l’ironie. Aux Cent noms, on avertit des terribles dangers qui règnent sur la Zad : « Attention aux moutons méchants ».
  • 08h06 : Au milieu des fumigènes orange et de quelques fusées, les gendarmes gardent le carrefour, enlèvent les pneus et récupèrent des bidons d’essence.
  • 07h55 : Charge de gendarmes par la route et par les bois.
  • 07h54 : Barricade en flammes. Pétards explosant dans les pieds des gendarmes mobiles groupés sur le chemin menant de la D 281 au carrefour de la Saulce. Les habitants quittent préventivement leurs cabanes avec leurs affaires.
  • 07h48 : Une avancée de gendarmes se produit dans la direction des Fosses noires.
  • 07h40 : les gendarmes sont concentrés aux alentours de la D 281. À l’intérieur de la zone, tout est pour l’instant calme.
  • 07h25 : À 50 m des dizaines de gendarmes, des zadistes attendent.
  • 07h20 : Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur Europe 1 : « Qu’une fois pour toutes, on en finisse avec cette opération qui a commencé il y a une quarantaine d’années. (...) Nous maintiendrons des forces de l’ordre pour qu’il n’y ait pas de nouvelle occupation. (...) L’autorité doit régner partout, et la loi doit être respectée partout. »
  • 07h15 : l’aube se lève. Radio Klaxon a annoncé que la cabane du Lama fâché avait brûlé.
  • 07h10 : près du carrefour de la Saulce, assez loin des affrontements, les rainettes chantent un peu partout, dans les mares et les fossés. Hier, un rossignol est arrivé près du Lama fâché, on a entendu son chant. C’est le premier arrivé, les rossignols sont des oiseaux migrateurs.
  • 06h45 : Des habitants ont mené un rapide assaut d’un camion-grille. Panique des gendarmes qui ont reculé de quelques mètres, les habitants ont une prise : un bouclier et deux matraques lâchées dans le recul par les gendarmes ;
  • 06h41 : Ce qui peut se passer sur la route D 281 est invisible, parce qu’inacessible. Les journalistes sont refoulés. De l’autre côté de la route, on voit une ligne statique de gendarmes mobiles placés dans les champs, ils bloquent les routes accédant à la D 281.
  • 06h19 : Selon France Inter, la gendarmerie assure que la situation « est contenue » et qu’il n’y a pas de blessé pour le moment. Elle prévient en revanche que les opérations d’expulsion pourraient durer « plusieurs jours ».
  • 06h02 : Les informations circulent via les talkies-walkies. Dernier message : un tractopelle arrive, venant des Ardillères, il est escorté par dix fourgons.
  • Carte de la Zad :
    En jaune, la départementale 281, dite « route des chicanes ».
  • 05h39 : Une gradée des gendarmes répète toutes les dix minutes : « On va faire usage de la force » et balance des grenades lacrymogènes face aux chants et aux interpellations : « Allez les gars, on vous paye combien pour faire ça ? ». La nuit est épaisse. Un officier demande à chaque unité s’il y a des blessés dans leurs rangs.
  • 05h13 : Une fusée rouge de sommation a été tirée dès 4h40. Un camion grille de gendarmes se trouve au carrefour du Lama fâché. Face aux manifestants qui crient, quelques lacrymogènes sont lancées. Les phares puissants des camions éclairent la scène.
  • 04h15 : Les gendarmes arrivent très tôt, surprenant les habitants. On en signale aux Vrais rouges.

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Source : Nicolas de La Casinière, Emmanuel Brossier et Alessandro Pignocchi, sur la Zad avec à Paris Marie Astier, Charles Dannaud, Hervé Kempf et Alexandre-Reza Kokabi, pour Reporterre

Photos :
© Emmanuel Brossier/Reporterre
Et :
. Cent noms détruit : ©Alessandro Pignocchi/Reporterre
. gendarmes au Cent Noms : @JAUNET3
. démolition Lama fâché : Christophe Jaunet
. c’est quoi la Zad : NONago_NDDL
. tracteurs : Guillaume Hubert
. gendarmes dans les bois : EclaireurC
. moutons méchants : Attac
. calme sur la zone, à 7h40 : Pauline Lallement
. zadistes attendent : Christophe Jaunet



Documents disponibles

  Le communiqué de Matthieu Orphelin.   Le communiqué du ministère de l’Intérieur avant 7h du matin.
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