La dictature s’installe au Honduras

11 janvier 2010 / Giorgio Trucchi



Après le coup d’Etat toléré par les Etats-Unis, les violations des droits de l’homme se multiplient au Honduras.

La politique de terreur ne s’est pas arrêtée un seul instant depuis le 28 juin passé au Honduras, renouant ainsi avec le fil de la violence des années 80. Les organisations honduriennes des droits de l’homme continuent de dénoncer des assassinats, des poursuites, des menaces et des tortures contre des membres de la résistance, ainsi que les épisodes inquiétants de violence contre des journalistes impliqués dans la lutte contre le coup d’État et la tentative grossière du gouvernement de facto de « tourner la page » sur tout ce qui est arrivé depuis les six derniers mois.

Le Département d’État nord-américain, au travers de son fonctionnaire Craig A. Kelly en visite au Honduras, a nouvellement demandé au président de facto, Roberto Micheletti, d’abandonner le pouvoir avant le 27 janvier, date de la passation de pouvor, et a appuyé la proposition du futur président en exercice Porfirio Lobo Sosa de décréter une amnistie incluant le président légitime Manuel Zelaya Rosales.

De cette façon, l’administration Obama et plusieurs pays européens cherchent à nettoyer le visage du nouveau gouvernement et à le rendre acceptable pour le reste de la communauté internationale. Cependant, pas un seul mot n’a été prononcé sur les cas innombrables de violation des droits de l’homme qui continuent d’ensanglanter le pays.

Pour le Comité des Parents de Détenus Disparus au Honduras (COFADEH), qui a réalisé le 1 janvier passé une manifestaton sur la Plaza La Merced, rebaptisée Plaza de los Desaparecidos (Place des Disparus), face au Congrès National, au Honduras « opère un escadron de la mort ayant une infrastructure terroriste, responsable d’exécutions, de poursuite et de morts sélectives contre des membres de la résistance, tout cela étant pleinement connu de la police et de l’armée ».

Dans un document rendu public à cette occasion, l’organisation historique dénonce qu’il existe « un modèle des violations systématiques des droits de l’homme commises par la même structure qui a cassé l’ordre constitutionnel le 28 juin 2009 ».

Les exécutions de Walter Tróchez et d’Edwin Renán Fajardo, éditeurs des documentaires et des reportages produits par le journaliste César Silva, en plus des séquestrations et des attaques continuelles conte le personnel du journal El Libertador et de Radio Globo, confirmerait l’existence de cette infrastructure assassine qui sème la terreur parmis les membres de la résistance.

« Aujourd’hui nous passons les premiers jours de 2010, et nous le faisons dans une ambience de terreur, grâce à laquelle les putschistes civils et militaires, nationaux et étrangers, cherchent à étouffer les voix de millions d’honduriens et d’honduriennes, qui rejettent la violence comme façon de diriger le consensus et de gouverner l’État », continue le document.

Edwin Renán Fajardo Argueta

Edwin Renán Fajardo Argueta, 22 ans, membre actif de la résistance, a été assassiné le 22 décembre dernier dans son appartement à Tegucigalpa, et ses assassins ont grossièrement essayé de simuler un suicide par pendaison. Dans les jours précédents l’assassinat, Edwin Renán Fajardo avait indiqué à ses amis se sentir préoccupé parce qu’il avait reçu plusieurs SMS menaçants sur son téléphone portable.

César Silva

César Silva, journaliste indépendant impliqué parce qu’il avait raconté et dénoncer à travers ses vidéos les horreurs du coup d’État, a été descendu d’un taxi par trois hommes armés le 28 décembre dernier et il a été emmené dans une prison clandestine où il a été frappé à maintes reprises pour qu’il donne des informations sur la résistance et des supposés dépôts d’armes provenant de l’étranger.

« A l’aube l’un des kidnappeur est entré. Il m’a pris par le cou, il m’a jeté au sol, il m’a donné des coups de pied et m’a mis une chaise sur le cou pour m’étouffer. Il a jeté un paquet d’eau dans le nez. Je m’asphyxiais, et il a essayé de me mettre un sac dans la bouche. Mais de dehors ils ont crié : »Hé je t’ai dit que tu ne te mets pas aux pets (dans des problèmes) : Laisse-le ! ", a raconté le journaliste à la presse internationale.

Après être arrivé aux bureaux du COFADEH, libéré après 24 heures d’interrogatoire sauvage, Silva a raconté que les lidnappeurs lui ont dit qu’il avait un ange gardien qui a plaidé pour sa vie.

Plus de journalistes menaçés

Le correspondant de Prensa Latina, Ronnie Huete, le journaliste de Radio Globo, Rony Martínez et la jeune journaliste du Libertador, Suny Arrazola ont été plusieurs fois menacés de mort par SMS et constament harcelés, tandis que l’éditeur du même journal, René Novoa, a été cruellement agressé et frappé par des membres de l’armée et de la police tandis qu’il était dans un taxi.

Depuis le coup d’État, les journalistes du Libertador ont été soumis à une répression constante et son illustrateur Delmer Membreño a dû partir en exil après avoir été séquestré et cruellement torturé.

La brutalité de ce régime oppresseur s’est même acharné contre l’une des « grands-mères de la résistance » :

María Yolanda Chavarría

María Yolanda Chavarría, 70 ans, a été arrêté par trois policiers et a été emenée dans une pièce obscure d’un poste policier le 22 décembre dernier. Comme l’a évoqué le COFADEH, les policiers ont continuée de l’insulter et ils lui ont dit que c’était un cuatrero [NDT : brigand, bandit de grand chemin] et qu’ils avaient pris des photos d’elle montrant qu’elle était avec la résistance.

Non à l’amnistie

Devant cette situation, le COFADEH lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle "continue de regarder ce qui se passe dans le pays et déclare le Honduras en alerte maximale en matière des droits de l’homme.

C’est extrêmement urgent qu’avant le simulacre de passation de la présidence le 27 janvier prochain et après cette date, les organisations multilatérales ouvrent au Honduras des légations in situ pour coordonner les opérations de sauvetage du leadership social et politique opposé aux assaillants du pouvoir.

La situation au Honduras se dégrade vite, loin du regard international, et l’état d’incapacité absolue à se défendre doit être combattu", continue l’appel du COFADEH.

"Pour celles et ceux qui sont poursuivis par cette dictature nous exigeons des jugements équitables et un respect dans le processus, la liberté pour les quatre détenus politiques dans le Pénitencier National et le retour en sécurité d’environ une centaine de personnes qui se sont exilées du Honduras, à cause du danger mortel imminent qu’elles courent.

Sans un processus constituant populaire il n’y aura pas de paix et de tranquillité possible. Sans un nouveau Pacte Social et un consensus politique minimal, aucune possibilité de gouvernement ne sera possible", finit le document.




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Lire aussi : Honduras : une oligarchie violente réinstaure la dictature

Source : http://www.primitivi.org/spip.php?a...

Lire aussi : Obama pire que Bush en Amérique latine http://www.reporterre.net/spip.php?...

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