La lune rousse, redoutée des jardiniers, mais innocente

6 mai 2017 / Christine Laurent (Reporterre)



Les gelées suivant la fête de Pâques sont généralement les dernières du printemps. Et très redoutées des jardiniers, qui y virent longtemps la responsabilité de la lune…

Ni le badigeon d’argile et de bouse de vache, ni les coquilles d’œuf cru, ni les aulx qui poussent autour de son pied, ni même les pulvérisations à base d’ail sur les feuilles n’ont eu raison de la cloque du pêcher. J’ai retiré les feuilles malades, les ai mises au feu, dépitée à l’idée que notre pêcher allait dépérir.

Le pommier tout juste en fleurs résistera-t-il aux dernières gelées ? La lune rousse est tardive cette année. C’est le nom que l’on donne à la lunaison qui suit la fête de Pâques. Cette année, elle a commencé le 26 avril et prendra fin le 25 mai. Les jardiniers la déplorent, car pendant cette période, les feuilles et les bourgeons exposés à sa lumière roussiraient. En revanche, quand elle est masquée par les nuages, ses rayons n’ont plus d’incidence sur les pousses. Nombre de dictons populaires témoignent des dégâts observés sur les végétaux pendant cette lunaison particulière. « En lune rousse, rien ne pousse », « une lune rousse sur la semence aura toujours mauvaise influence », « gelée de lune rousse, de la plante brûle la pousse », « Tant que dure la lune rousse, les fruits sont sujets à fortune »

Et François Arago disculpa la lune 

Dans la première moitié du XIXe siècle, l’astronome et physicien français François Arago dispensait un cours d’astronomie populaire. L’un d’eux, portant sur ce phénomène de la dégradation des végétaux pendant la lunaison de l’après-Pâques, disculpa la lune du roussissement des cultures. Son explication vaut toujours : quand le ciel est dégagé, donc que la lune est visible, l’absence de réverbération par les nuages de la chaleur accumulée durant la journée fait chuter la température durant la nuit et augmente l’amplitude thermique entre le jour et la nuit. Ainsi, l’absence des nuages peut provoquer des gelées qui font roussir les plantes.

Je suis curieuse en revanche d’observer les effets de la lune sur mes semis de carotte, entre ceux du 6 avril, jour réputé favorable aux légumes-fruits dans le calendrier lunaire 2017 et ceux du 29 avril, plus indiqué pour les légumes-racines. Les comparaisons seront sans doute difficiles, car la température, l’ensoleillement et l’humidité du sol jouent évidemment un rôle important dans la levée de dormance des graines. Germer sous une bonne lune, comme naître sous une bonne étoile, accompagne toute une vie.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre sauf :
. chapô : Unsplash (Neven Krcmarek/CC0)

DOSSIER    Jardin sans pétrole

14 novembre 2017
Le plus grand cimetière de locomotives de France, un immense gâchis
Reportage
23 novembre 2017
Bruno Latour : « Défendre la nature : on bâille. Défendre les territoires : on se bouge »
Tribune
22 novembre 2017
À Bure, contre le désert nucléaire, habitants et néo-paysans font revivre la campagne
Reportage


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Jardin sans pétrole





Du même auteur       Christine Laurent (Reporterre)