Le PDG d’une entreprise de Loire-Atlantique juge que Notre Dame des Landes ne sera pas rentable

31 janvier 2013 / Jean-Marie Ravier (Mécan’outil)



Dans une lettre adressée à son ancien condisciple François Hollande, lle chef d’entreprise Jean Marie Ravier, PDG de Mécan’outil à Ancenis, explique que le projet d’aéroport Notre Dame des Landes ne sera pas rentable.

Monsieur le Président, et cher camarade,

(Je me permets cette familiarité en tant que co-diplômé Service Public 74, de la rue Saint Guillaume [Institut d’études politiques]).

Vous avez reçu ces derniers mois des courriers de Marcel et Sylvie Thébault, de Brigitte et Sylvain Fresneau, de Chantal et Thierry Drouet, de Geneviève Lebouteux, de Jacques Chiron, de Françoise Verchère, de Patrick Baron, de Michel Tarin, d’Anne-Marie Chabod, de Philippe Trotté, d’Agnès Belaud, d’un collectif d’Orvault, de Dominique Fresneau, de Benoît Rubin, du CéDpa, d’Eric Jean, de Violette Boiveau, de Christophe Mounier, de Marie Jolivel et de Thierry Masson, soutenus par l’ensemble de la coordination des opposants au projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes, vous demandant un entretien. La commission de dialogue mise en place a effectivement une mission très limitée et nous insistons pour vous rencontrer personnellement.

Ce courrier a pour but de vous apporter un éclairage différent, sur le problème largement traité de « l’Ayrauport ». L’éclairage d’un chef d’entreprise de la région nantaise.

Différent parce que la plupart de mes confrères sont encore unis derrière l’étendard de la Chambre de Commerce, pilier historique du projet NDDL.

Or, si l’on regarde le projet avec l’éclairage que vous connaissez bien de la Cour des Comptes, on ne peut que constater que les 600 millions d’Euros du projet devront bien être financés un jour, cela se fera majoritairement par les quatre millions d’usagers annuels, ce qui renchérira le coût de chaque billet aller-retour de 20 euros environ.

Nantes Atlantique est totalement amorti, les rares extensions récentes ont été faites de façon frugale par une chambre de commerce obsédée de longue date par la perspective de NDDL.

L’aéroport actuel est hyper compétitif, personne ne le dit !

Cette explosion inéluctable des taxes d’aéroport représente à la fois peu et beaucoup. C’est peu pour les vols charters longue distance, car on touche à des voyages à budget élevé : 1 500 à 3 000 €. C’est beaucoup pour les vols low cost. Un aller-retour Nantes Nice, Nantes Marseille, Nantes Genève, coûte souvent moins de 100 euros, soit moins cher que les 120 à 140 euros d’un aller-retour Nantes Paris en TGV en seconde à la même échéance.

On ne vous dit pas tout ! La belle croissance du trafic de Nantes s’est faite ces dernières années, et se fera les années à venir par la croissance du low cost, RYANAIR, EASYJET, plus récemment VUELLING, et VOLOTEA, qui vient de créer à Nantes un véritable pôle low cost.

Notre Dame des Landes, va faire fuir ces low cost. Des expériences multiples prouvent qu’elles sont frileuses et allergiques aux taxes d’aéroport élevées. Rennes et Angers sont prêts à dérouler le tapis rouge pour les accueillir, et NDDL redescendra inéluctablement sous les trois millions de passagers annuels. Désastre financier garanti ! Impossibilité de couvrir les frais directs d’un aéroport surdimensionné et, encore plus grave, de rembourser une dette très importante.

Désastre surtout pour le contribuable car l’équipe d’avocats de VINCI a très bien « blindé » son contrat !

Le chef d’entreprise que je suis sera pénalisé doublement :

1/ Parce que l’explosion du low cost nantais ces derniers temps m’a permis une bien meilleure présence commerciale sur certains territoires, notamment à l’exportation, mon carnet de commandes en ressent déjà l’impact favorable, malgré la conjoncture.

2/ Tout parallèlement, mes clients viennent beaucoup plus facilement me rendre visite, des Anglais la semaine prochaine, des Suisses dans quinze jours, qu’il était très difficile de faire venir avant le low cost.

Le low cost favorise donc de façon significative l’activité et la compétitivité (mot à l’ordre du jour) des entreprises régionales. Sans parler de l’impact qu’aurait le départ des low cost sur le tourisme local…

En conclusion, NDDL sera une plate-forme non compétitive, ce qui fera fuir les low cost avec des impacts lourds sur l’activité et l’emploi.

Deuxième considération, là aussi jamais évoquée dans le débat NDDL :

Le low cost que j’utilise fréquemment, peut aussi être analysé à travers le prisme de l’analyse sociologique, que l’on apprend aussi Rue Saint Guillaume. Il est frappant de constater que l’on est très loin de l’ambiance feutrée, très « jet set » du transport aérien des années passées.

Les passagers du low cost proviennent de toutes les CSP [classes socio-professionnelles], même les plus modestes. C’est comme aux USA un transport de masse, qui démocratise totalement le voyage, moins cher encore une fois que le rail, et même avec des profits pour les compagnies concernées (les seules du secteur aérien constamment profitables et en croissance).

Votre sensibilité politique devrait être sensible à cette démocratisation objective et indiscutable des voyages aériens.

Démocratisation qui sera remise en cause par NDDL, et le départ des low cost.

Troisième point original, plutôt dans une optique purement politique : Nantes est un bastion socialiste mais ce bastion est fragile. Pourquoi ? Deux raisons :

1/ Les automobilistes nantais, malgré les efforts énormes (et ruineux) en faveur des transports en commun, réalisent une part incompressible de 55% des déplacements. Une majorité donc, liée en très grande partie à l’urbanisme « tâche d’huile » de la métropole qui rend la voiture indispensable pour beaucoup de déplacements. Cette majorité commence à être excédée des embouteillages, des pertes de temps quotidiennes, et de la pollution que cela engendre. Pertes de temps qui sont également au détriment de la compétitivité du tissu économique régional.

Cette majorité d’automobilistes réclame une troisième file sur la rocade de NANTES, bloquée une bonne partie de la journée, elle réclame des parkings beaucoup plus grands, aux extrémités des réseaux de transports en communs. Les parkings actuels sont saturés de très bonne heure chaque matin.

Ces travaux pourraient être financés très facilement avec une fraction des sommes budgétées pour la desserte de NDDL, et ils changeraient la vie de nombreux automobilistes qui sont aussi des électeurs.

2/ Lors des prochaines élections, la donne sera radicalement changée :

- Jean Marc Ayrault ne sera plus là !

- L’alliance électorale avec les Verts ne sera vraisemblablement plus à l’ordre du jour

Risque majeur que Nantes bascule à droite surtout si l’on continue à brimer la majorité silencieuse des automobilistes pour les pousser dans les transports en commun !

Maintenant, quelques considérations plus techniques, et là c’est l’ingénieur qui s’exprime ! (Centrale Paris)

1/ On ne vous dit pas tout ! Le bruit des avions baisse aussi vite que leurs exigences en carburant, les vieux aéronefs bruyants sont retirés du service, car ce sont également des gouffres à kérosène. L’empreinte sonore des nouvelles générations d’aéronefs équipés de réacteurs UDF unducted fans (post 2025) n’excédera pas les limites des plate-formes aéroportuaires.

Demandez donc aux services de l’Etat de remettre à jour le plan d’exposition au bruit (PEB), en tenant compte des machines retirées du service depuis 10 ans pour les plus bruyantes, cela montrerait une volonté objective de faire avancer les choses ! On verra que le problème du bruit ne fait courir aucun risque à l’urbanisation de l’île de Nantes, comme un ancien maire avait pu le craindre !

2/ On vous a caché aussi qu’il était facile de prolonger une des lignes de tramway jusqu’à Nantes Atlantique, (1 500 m depuis le terminus de la Neustrie, zone non urbanisée). La desserte ferroviaire tram-train prévue pour NDDL coûtera au bas mot 20 fois plus cher ! Sans parler des trois milliards d’euros du TGV Nantes Rennes via NDDL.

Dans le contexte financier actuel, il est facile de comprendre que cette liaison ne se fera jamais ! Il faut l’avouer aux Français. Il faut également mettre à jour le dossier VINCI si l’on veut éviter que le contribuable, taillable et corvéable à merci, ne doive indemniser le concessionnaire, qui aura subi un préjudice de ce fait.

En tout cas, les taxis nantais se réjouissent de NDDL ! A juste titre : ils pourront renouveler leurs grosses AUDI et MERCEDES plus fréquemment….

3/ Il faut également que vous sachiez qu’au voisinage immédiat des aérogares prétendument en voie de saturation de Nantes Atlantique, se trouvent des hangars pour petits avions privés. Très pratique pour les mandarins de la chambre de commerce et leurs amis ! Aller à Belle Ile ou l’ile d’Yeu en avion privé, c’est quand même bien agréable !

En conclusion, NANTES ATLANTIQUE est un excellent aéroport, très compétitif, très facile à mettre à jour progressivement, du fait de ses réserves foncières importantes. La chambre de commerce avec son obsession pour NDDL, l’a fait évoluer de façon très frugale, ce qui représente un gros atout aujourd’hui.

Les contribuables nantais apprécieront certainement que l’on dépense leur argent pour améliorer leur vie quotidienne, et non pour un équipement absolument inutile et qui handicapera la compétitivité de leurs entreprises, l’attractivité de leurs activités touristiques, et alourdira leurs impôts.

Dans l’attente de votre proposition de rencontre, je vous assure, Monsieur le Président, de toute ma considération.

Le Président Directeur général

Jean-Marie RAVIER




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Source : Acipa

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