Le changement climatique augmente les risques de crises politiques dans le monde

8 décembre 2014 / Elisabeth Schneiter (Reporterre)



Le changement climatique a des impacts géopolitiques très forts. Une société d’analyses des risques mondiaux publie son rapport et montre que les conséquences seront très lourdes dans un certain nombre de pays, notamment en termes de sécurité alimentaire et de montée des tensions.


Maplecroft, société d’analyse des risques mondiaux basée à Bath en Grande-Bretagne, vient de publier, pour ses clients du monde de l’entreprise, son Atlas 2015 du changement climatique, incluant les conséquences prévisibles sur l’environnement et la sécurité alimentaire.

« Contrairement aux décideurs politiques qui préfèrent souvent ignorer ou politiser la science et la recherche, préférant des objectifs à court terme, le commerce mondial et l’armée considèrent maintenant le changement climatique comme un impératif crucial dans la gestion des risques », déclare James Allan, responsable de l’Environnement chez Maplecroft. « L’identification des points chauds du futur aidera les organisations et les gouvernements dont l’approche est proactive, à prendre des décisions stratégiques. »

"Multiplicateur de menaces"

L’Atlas fournit des données comparées de risque dans 198 pays à travers 26 thèmes distincts, dont la vulnérabilité au changement climatique et la sécurité alimentaire, les émissions, les services écosystémiques, les catastrophes naturelles et la réglementation.

Il constate une combinaison inquiétante entre la vulnérabilité au changement climatique et l’insécurité alimentaire, qui amplifie les risques de conflits et de rébellions dans trente-deux pays, dont le Bangladesh, l’Éthiopie, l’Inde, le Nigeria et les Philippines. Ses conclusions font écho à celles des rapports récents publiés par le Pentagone qui a identifié le climat comme un « multiplicateur de menaces », aggravant les risques de conflits et de troubles.

Le GIEC et l’ONU prévoient des baisses de rendement allant jusqu’à 50 % pour les produits de base tels que le riz, le blé et le maïs à certains endroits au cours des trente-cinq prochaines années en raison des impacts du changement climatique.

L’Index de vulnérabilité de Maplecroft (CCVI), évalue la sensibilité des populations, l’exposition physique du pays, et la capacité du gouvernement à s’adapter au changement climatique au cours des trente prochaines années.

Le Bangladesh (1er pays le plus à risque), la Sierra Leone, le Soudan du Sud, le Nigeria, le Tchad, Haïti, l’Éthiopie, les Philippines, la République centrafricaine et l’Érythrée sont les dix pays confrontés aux plus hauts niveaux de risque, tandis que les économies de croissance du Cambodge (12), de l’Inde (13), du Myanmar (19), du Pakistan (24) et du Mozambique (27) figurent également dans la catégorie « risque extrême ».

L’agriculture traditionnelle pointée du doigt

Une des caractéristiques communes à ces économies, identifiée par l’Atlas, est une forte dépendance à l’agriculture, avec 65 % de la population active combinée employée dans le secteur, et 28 % de la production économique globale basée sur les revenus agricoles.

Maplecroft indique que « les conditions météorologiques changeantes ont déjà un impact sur la production alimentaire, la pauvreté, la migration et la stabilité sociale, autant de facteurs qui augmentent considérablement le risque de conflits et d’instabilité dans des États émergents fragiles. »

Il conviendrait ici d’interroger la notion d’« émergent » ! Dans les années 1980 ce terme désignait des « terres d’opportunités », où les entreprises multinationales pouvaient envisager d’investir. Lors du forum de Davos 2013, un nouveau groupe de pays émergents est apparu : les BENIVM (Bangladesh, Éthiopie, Nigeria, Indonésie, Vietnam, Mexique), d’où l’intérêt, pour les investisseurs, d’y avoir une visibilité sur les risques.

En 2013, à Davos, le Nigeria, traditionnellement critiqué pour son instabilité, sa corruption et ses conflits ethniques violents, était apparu comme le prochain Eldorado de la mondialisation, mais le Nigeria est classé quatrième pays le plus à risque dans l’Atlas, à cause de la sécheresse généralisée et de l’insécurité alimentaire qui ont contribué à créer les conditions socio-économiques ayant conduit à l’émergence de Boko Haram et à l’insurrection violente dans le Nord-Est du pays.

L’insécurité alimentaire et la volatilité des prix des denrées alimentaires ont également été identifiés comme des déclencheurs du Printemps arabe - en particulier en Égypte et dans le conflit syrien actuel. Avec une personne sur quatre encore sous-alimentée en Afrique sub-saharienne, les impacts du changement climatique rendront encore plus difficile pour les gouvernements de la région d’améliorer la sécurité alimentaire et de réduire les tensions.




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Source : Elisabeth Schneiter pour Reporterre à partir de Maplecroft

Photo : Pixabay (CC0 Public Domain/Marion)

Lire aussi : Au Bangladesh, « Nous nous adapterons au réchauffement climatique, au prix de notre humanité »

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