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Le changement d’heure ne fait pas économiser l’énergie

26 mars 2016 / Marc Sautelet (Reporterre)



Depuis 40 ans, les Français changent d’heure deux fois par an. La raison officielle : réduire la consommation énergétique. Pourtant, aucune étude ne vient confirmer l’efficacité d’une mesure de plus en plus impopulaire. Et Mme Royal, qui promettait en 2015 un débat public, est aux abonnées absentes.

Deux fois par an, c’est la même rengaine. On avance ou on recule les aiguilles de nos horloges ? Dans la nuit de samedi 26 mars à dimanche, il faudra donc passer à l’heure d’été, un changement d’heure dont l’objectif originel est d’économiser l’énergie. Mais la question de l’efficacité de cette mesure n’a toujours pas été déterminée avec certitude, alors que nous changeons nos heures deux fois par an depuis 40 ans.

- Voir la video de 1973, dans laquelle, à 2’40’’, Valéry Giscard d’Estaing annonce le changement d’heure :

Le 28 mars 2015, la ministre de l’Écologie (aujourd’hui de l’Environnement), Ségolène Royal, s’épanchait sur Twitter pour attaquer de manière frontale ce réflexe horloger dont « les Français doutent de l’impact sur les économies d’énergie qui en était la raison d’être ».

Et de commanditer une étude à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour remettre la question de la pertinence de l‘heure d’été sur la place publique dès 2016. Elle annonce même... un débat public.

Pas de consensus sur les gains ou les surcoûts de la mesure 

Un an plus tard, les résultats de cette étude se font attendre et lorsque nous posons la question aux premiers intéressés, personne ne semble pressé de répondre. Chez Mme la ministre de l’Environnement, le service de communication est démuni :

« Le Cabinet - La ministre est en conférence de presse pour la commune avec Emmanuelle Cosse. On n’a pas eu de retour, on a bien relancé ce matin également.
-
Reporterre - D’accord.
- Je peux pas vous donner de retour, la ministre n’en a pas fait pour l’instant.
- Mais comme je vous disais, ce ne doit pas nécessairement être la ministre.
- Oui je sais très bien, mais tout passe par la ministre, donc... ».

Quant à l’Agence de l’environnement et pour la maîtrise de l’énergie (Ademe), qui devrait être fort intéressée à l’affaire et réactive à la veille du changement d’heure, on n’y trouve personne pour répondre à la question.

On nous renvoie laconiquement vers la dernière étude réalisée par l’Ademe, en 2010.

Économie d’éclairage : moins d’un millième !

Soit. Relisons-la. Elle est incomplète, mais ses chiffres permettent d’évaluer les économies d’énergies réalisées sur l’éclairage, raison principale avancée en 1973 pour changer l’heure deux fois par an. Avancer d’une heure nos horloges d’avril à octobre permettrait de faire concorder au mieux les heures d’activité avec les heures d’ensoleillement et donc de limiter le recours à l’éclairage artificiel.

« En matière d’éclairage, les gains étaient de l’ordre de 440 GWh [gigawatt-heure] en 2009 », selon les estimations de l’Ademe, ils s’établissent ces dernières années « autour de 351 Gwh, soit 0,07 % de la consommation d’électricité totale. »

Entrons ici dans le détail. Un gigawatt-heure, c’est un millième d’un terawatt-heure (voir le rappel des unités). Or, la consommation électrique en France était, en 2014, de 465 terawatt-heure, ou de 465.000 gigawatt-heure, selon la synthèse annuelle établie par RTE.

L’économie d’énergie alléguée est donc, à 0,07 %, de moins de un millième : c’est négligeable, et même non significatif, compte tenu de la marge d’erreur de toute étude de ce type. De surcroît, cette économie supposée est amenée à diminuer dans les années à venir avec l‘amélioration des performances des éclairages (généralisation des lampes LED et interdiction des ampoules à incandescence).

Plus encore, ces chiffres sont à relativiser puisqu’ils ne prennent pas en compte l’ensemble des besoins énergétiques touchés par le passage à l’heure d’été : chauffage, déplacements, climatisation…

Mais alors, qui reste-t-il pour défendre une mesure instaurée en France en 1976, et particulièrement impopulaire auprès de nos concitoyens ? Moins d’une personne interrogée sur cinq est favorable au changement d’heure, selon un sondage réalisé en 2014 par OpinionWay.

« Conscientiser les enjeux énergétiques par une action symbolique » 

Pas grand monde, et sûrement pas Éléonore Gabarain, dont l’association Ached (Association contre l’heure d’été double) se bat depuis des années pour le retour à une heure légale fixée sur l’horaire de Greenwich. Selon elle, il faut prendre en compte l’ensemble des effets, et à ce titre, « le bilan est certainement négatif depuis le début, et avec l’arrivée des lampes efficaces, il le sera encore plus. » La petite organisation semble pourtant bien seule face une décision qui, aujourd’hui, devra être prise au niveau européen.

Et si, finalement, la portée de cette mesure était plus symbolique qu’autre chose ? Pour Jean-Pierre Riche, PDG d’Okavango Energy, un cabinet de conseil en performance énergétique pour les industries, « au-delà de l’économie d’énergie, cela peut faire conscientiser les enjeux énergétiques par une action symbolique ». Changer d’heure nous rappellerait donc deux fois par an de faire des économies d’énergie. Mais encore faut-il que la population soit au courant des raisons du changement d’heure. « Or, 54 % des gens ne le savent pas » et ne se posent donc pas la question.

Mais, alors qu’il semble n’y avoir personne pour défendre le dérèglement de nos horloges et qu’il ne génère pas d’économie d’énergie, le changement d’heure continue à s’imposer. Et, dimanche matin, une fois de plus, à 3 h, il sera 4 h.




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Lire aussi : Le changement d’heure ne sert à rien

Source : Marc Sautelet pour Reporterre

Photos :
. chapô : Robert Couse Baker
. immeubles : Pixabay (domaine public/CC0)

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