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Énergie

Le gouvernement mise sur la fée électricité dans un aveuglement total

Le Premier ministre Sébastien Lecornu à Matignon, le 10 avril 2026.

1 litre d’essence à plus de 2 euros, une guerre en toile de fond… La réponse du gouvernement tient en un mot : é-lec-tri-fier ! Fin des chaudières à gaz, plus de voitures électriques... Comme si changer de prise suffisait à éviter la décharge.

Vendredi 10 avril, Sébastien Lecornu présentait les mesures de son plan d’électrification. Annoncées en catimini à 18 heures, elles n’ont pas électrisé grand monde. Sans grand mystère, tout converge vers la fée électricité. Le bâtiment, les transports, l’industrie. Une stratégie transversale, pilotée depuis le sommet de l’État, où chaque secteur est sommé de « brancher » ses usages. Du pur « Plug, baby, plug ! » dans le texte.

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Pour cela, l’État sort les milliards. De 5,5 milliards d’euros par an aujourd’hui, l’effort financier pour électrifier nos usages doit doubler pour atteindre 10 milliards d’euros en 2030. Dans le logement, la promesse de bascule est nette : fin des chaudières à gaz dans le neuf dès la fin de l’année (!), déploiement accéléré des pompes à chaleur, avec l’objectif d’en installer jusqu’à 200 000 de plus par an d’ici à 2030 — soit seulement +20 % par rapport à 2025, puisqu’il s’en est vendu 1 million tous secteurs confondus.

Le Premier ministre a également mentionné la sortie du gaz pour 2 millions de logements sociaux d’ici à 2050. Et 100 premiers territoires qui seront accompagnés pour emprunter une trajectoire « zéro gaz » d’ici à 2030. « Au total, 85 térawattheures de gaz devraient être remplacés par de l’énergie produite en France à l’horizon 2030, soit l’équivalent de 20 % des importations françaises de gaz. »

Dans les transports, l’ambition affichée est tout aussi claire : 2 voitures neuves sur 3 feront leur plein en kilowattheures dans quatre ans. Pour cela, le gouvernement renforce le leasing social (paiement en mensualités pour acquérir un véhicule électrique), avec des aides ciblées pour les utilitaires et poids lourds. L’ensemble vise à réduire notre dépendance aux fossiles, mais surtout à injecter du jus français dans les veines du quotidien — sur ce point, la dernière publicité d’EDF joue sur la fibre de l’électron bien français.

Un plan qui marche sur une seule jambe

Sur le papier, la mécanique est cohérente. Sauf que, l’électrification est pensée comme une fin, et non comme un levier parmi d’autres. À aucun moment n’apparaît une réflexion structurée sur la sobriété. « C’est révélateur d’une espèce d’aveuglement, s’étrangle Yves Marignac, de l’association Négawatt. À court terme, la sobriété d’usage reste le seul levier activable pour faire baisser rapidement les consommations de pétrole, et plus largement d’énergie. L’électrification éblouit tellement le gouvernement qu’il ne voit plus rien d’autre. »

Les mesures annoncées le 10 avril feignent d’ignorer l’ensemble des usages non ou difficilement électrifiables. « Les transports de marchandises par exemple, une partie de l’industrie, certains procédés à très haute température... » liste Yves Marignac. Quand tout l’effort politique, financier, narratif converge vers l’électrification, ces secteurs restent dans un angle mort stratégique.

Même chose dans le bâtiment. La pompe à chaleur est devenue une sorte de totem technique, mais qui ne peut se généraliser sans discernement. L’habitat collectif est mal adapté et, surtout, sans rénovation thermique, elle devient un pis-aller coûteux : chauffer des passoires à l’électricité, c’est déplacer la dépense sans la réduire. « L’éradication des passoires énergétiques » est même l’une des revendications du réseau Cler qui, avec le Réseau Action Climat, le Secours catholique-Caritas France et Transport & Environment (T&E) France plaident pour une loi « garantissant un accès à l’énergie pour toutes et tous, dans le logement et dans la mobilité ». Au lieu d’un plan qui marche sur une seule jambe...

« Ce plan ne bouscule en rien nos usages tout en les branchant sur une autre prise »

Car ce qui est ignoré, avec ces mesures, c’est toute une palette de solutions. Les réseaux de chaleur, par exemple, qui sont une infrastructure lente, territoriale, moins spectaculaire politiquement mais redoutablement efficace. La rénovation thermique, qui ne produit pas de kilowattheures mais en efface, ce qui est encore plus subversif dans un récit fondé sur la production. Ce plan ne bouscule en rien nos usages tout en les branchant sur une autre prise. Or, la transition ne se résume pas à un basculement technique, elle suppose un tri, des choix, une réduction des besoins.

La sobriété, géante absente d’un plan censé répondre aux enjeux de dépendance énergétique. Le mot, quand il existe, flotte sans consistance, il est même pris avec d’extrêmes pincettes. « L’État doit montrer l’exemple », chaque ministère « mène des réflexions pour identifier des mesures sectorielles pertinentes [...] sans être excessivement contraignantes », peut-on lire sur le site du ministère. Quant au discours du 10 avril, lui, il ne mentionne jamais la sobriété. Elle est pourtant la clé qui ouvre toutes les portes : celle des économies d’énergie, d’argent, de la souveraineté et du bon sens — pourquoi produire ce qu’on ne consomme pas ?

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