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Le mouvement international contre les énergies fossiles est lancé

4 mai 2016 / Juliette Rousseau



Six mois après la COP21, les gouvernants font comme si aucun engagement n’avait été pris. Les militants sont, eux, de plus en plus nombreux à assumer leur responsabilité, explique l’auteur de cette tribune. En multipliant notamment les actions contre les industries extractivistes.

Juliette Rousseau était la porte-parole de la Coalition climat 21, un collectif de plus de 130 organisations de la société civile créé début 2014 pour préparer les mobilisations citoyennes avant et pendant la COP21.


Six mois après la COP21 et alors que l’accord de Paris vient d’être adopté à New-York, qu’en est-il de la lutte contre le réchauffement climatique ? Côté institutionnel, pas grand chose, de la volonté affichée de mener à son terme le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à la réattribution du permis d’exploration des gaz de schistes de Montélimar à Total, en passant par la poursuite des négociations du Tafta : comme on pouvait s’y attendre, passé les grandes embrassades et le verdissement momentané des attitudes et des discours lors du Sommet de Paris, le business as usual a repris sa cadence. En attendant, Paris et les grandes villes de France continuent de suffoquer en raison de la pollution de l’air, 2016 s’annonce déjà comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, et la classe politique ne semble pas s’en émouvoir.

Mais plutôt que de déplorer inlassablement l’irresponsabilité de celles et ceux au pouvoir, nombre d’entre nous choisirons cette année de prendre nos responsabilités. Au-delà du succès des mouvements en faveur des alternatives écologiques et sociales, du renforcement des luttes de terrains telles que celles de Notre-Dame-des-Landes, Roybon ou Sivens, on voit se multiplier les actions visant les institutions et industries responsables du changement climatique. « La Terre ne meurt pas, on la tue, et ceux qui la tuent ont des noms et des adresses » : en Allemagne, les mouvements l’ont bien compris, l’année dernière, ils organisaient déjà une action de masse pour bloquer les mines de charbon de Rhénanie, amenant plus de 1.500 personnes à forcer des barrages policiers pour pénétrer dans la mine à ciel ouvert de Garzweiler.

Plutôt qu’une action coup de poing pratiquée par un petit groupe d’experts, les Allemand-e-s ont choisi d’ouvrir leur action au plus grand nombre en la rendant publique et en conviant nombre de réseaux et collectifs à s’y joindre. Les jours précédant l’action s’était tenu un camp au cours duquel chacun.e avait été amené.e à se former, à constituer un groupe affinitaire et à définir le format de sa participation à l’action selon son expérience et ses envies. La présence de plusieurs centaines de personnes dans la mine ce jour-là avait eu raison de ses activités : peu de temps après l’arrivée des militants, les machines s’arrêtaient, un petit groupe parvenant même à atteindre une des excavatrices et à l’occuper. Se saisir de l’angoisse que génère la perspective du chaos climatique pour la transformer en force collective, aller à la source de la pollution pour la bloquer soi-même, se retrouver en masse et instaurer par là nos propres règles du jeu : avec Ende Gelände, le nom de ce mouvement lancé en Allemagne, nous devenions notre propre source d’inspiration.

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Des activistes ont escaladé les installations de la mine de lignite géante de Garzweiler, le 15 août 2015, en Allemagne, lors de l’opération « Ende Gelände », que l’on peut traduire par « Stop ! On n’ira pas plus loin ».

« Nous voulons tout, et surtout la fin du capitalisme fossile ! » Cette année, plusieurs actions se préparent qui prennent pour cible les industries fossiles. En France, l’une d’entre elle a déjà eu lieu au début du mois d’avril : plus de cinq cents personnes ont sérieusement perturbé le Mcedd, le sommet du pétrole offshore à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Dans le cadre de la semaine « Breakfree », plusieurs actions se tiendront en Europe : parmi celles-ci, le blocage de Ffos-y-Fran, la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du Royaume-Uni. Le réseau Reclaim the Power y lancera Groundswell, une année d’actions pour la justice climatique. Et en Allemagne, du 13 au 16 mai, une nouvelle action Ende Gelände est prévue. Cette fois-ci, ce sera en Lusace, dans l’est du pays, où la compagnie publique suédoise Vattenfall cherche à vendre les mines qu’elle possède et exploite. En tout, ce sont quatre mines, quatre centrales thermiques et dix centrales hydro-électriques dont la compagnie cherche à se débarrasser sans avoir encore trouvé d’acheteur. L’objectif de l’action ? Faire capoter la vente et décourager les potentiels investisseurs en leur signifiant que nous ne les lâcherons pas : nous sommes le risque d’investissement.

L’information est désormais connue : si nous voulons échapper au chaos climatique, nous devons laisser 80 % des ressources fossiles dans le sol. Il y a donc un enjeu immédiat à se mettre littéralement en travers de la route des industries qui les extraient. Mais il s’en trouve un autre également nécessaire : impulser, dès aujourd’hui, une culture de résistance, en partager l’envie et les outils. En France, avec l’émergence du mouvement contre la loi travail, qui s’est depuis élargi à d’autres revendications plus systémiques, celle du mouvement Nuit debout et sa volonté de faire exister un espace de débats, se réactualisent les questions qui sous-tendent l’action collective. Changer de système, qu’il s’agisse de s’opposer aux inégalités environnementales ou sociales, implique d’assumer une forme de conflictualité. Il s’agit dès lors de trouver le moyen de faire masse, non pas en dictant un mode d’action de façon directive, mais en créant des espaces et modes d’actions inclusifs, vecteurs d’autonomie et respectueux de l’implication de chacun.e. Ende Gelände est une façon, parmi mille autres, d’y répondre : créer les conditions pour que s’expérimente, tant dans l’organisation de l’action qu’au moment où elle a lieu, d’autres façons d’être ensemble, de se renforcer collectivement dans l’affirmation d’un rapport de force vis à vis de ce(ux) qui nous menace(nt).

- Pour plus d’informations pour participer ou savoir comment s’y rendre, voir le site internet d’Ende Gelände ou la page Facebook Ende Gelände France.




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Lire aussi : « Défendre notre droit inaliénable à définir une réponse aux enjeux de notre époque »

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Red ! /Reporterre

Photo : © Paul Wagner / 350.org - CC BY-NC-SA 2.0 via Flickr

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