Le mur de Trump : panneaux solaires ou pas, une grave atteinte à la biodiversité

22 juin 2017 / Yona Helaoua (Reporterre)



Les associations environnementales s’inquiètent des dégâts causés aux animaux et à la nature par un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. De son côté, le président climatosceptique Donald Trump a proposé d’y adosser… des panneaux solaires.

  • Washington (États-Unis), correspondance

Alors que des dizaines d’associations dénoncent les conséquences pour la vie sauvage de la construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le président états-unien Donald Trump tient à mener son projet à bien. Pire, il a mercredi 21 juin, dans un meeting en Iowa, saupoudré d’une touche écolo sa promesse de campagne. Sa proposition : quitte à ériger un mur, autant le couvrir de panneaux solaires ! Cette idée, venant de celui qui a décidé de quitter l’accord de Paris sur le climat, a fait enrager tous ceux qui se battent pour la protection de l’environnement. « Cela ressemble à une tentative désespérée de la part du président pour trouver des soutiens pour son mur », juge Bryan Bird, de l’ONG états-unienne de protection animale Defenders of Wildlife, interrogé par Reporterre.

Car ce mur — dont le coût et le financement restent toujours flous — pose des problèmes bien sûr humains, mais aussi écologiques. S’il a pour but d’empêcher les hommes et les femmes de franchir la frontière longue de 3.000 kilomètres, il en fera de même avec les animaux, les insectes et les cours d’eau. C’est déjà le cas avec les plus de 1.000 km de mur déjà existant : « Les murs à la frontière bloquent les migrations d’animaux sauvages, fragmentent leurs habitats et bloquent le flux naturel des cours d’eau, ce qui peut provoquer des inondations et des dommages causés par l’érosion », résume pour Reporterre Dan Millis, qui s’occupe de la zone frontalière pour le Sierra Club’s Grand Canyon Chapter. 

Certains spécialistes chiffrent à 800 au total le nombre d’espèces concernées 

La frontière traverse en effet de riches zones de biodiversité. Rien que dans la vallée du Rio Grande vivent quelque 700 espèces de vertébrés. Dans les montagnes du sud de l’Arizona, les cactus Chiricahua sont endémiques. On trouve également des zones protégées : le refuge pour animaux sauvages de Cabeza Prieta côté états-unien, et la réserve de Pinacate et du désert d’Altar côté mexicain, classé au patrimoine mondial de l’humanité. Le long de ces deux sanctuaires, sur environ 90 km, la frontière est constituée d’une simple clôture, « conçue spécialement pour ne pas blesser la faune, pour qu’elle n’ait pas de problèmes pour traverser », a expliqué à l’AFP Miguel Angel Grageda, responsable des ressources naturelles à la réserve de Pinacate. Les espèces déjà en danger d’extinction, comme l’antilope de Sonora et le mouflon, seraient les premières à souffrir d’un mur, selon lui. Leurs mouvements étant empêchés, les animaux auraient plus de difficultés à trouver de la nourriture ou des abris dans cette zone de fortes chaleurs où les pluies sont rares.

« Au moins 93 espèces menacées, en danger ou protégées pourraient être touchées, incluant les jaguars, les loups gris mexicains et les ocelots, compte Bryan Bird. Et il y a beaucoup d’autres espèces non protégées qui pourraient être touchées. » Certains spécialistes chiffrent à 800 au total le nombre d’espèces concernées. Quant aux oiseaux, gênés par les lumières des travaux, ils pourraient revoir leur route migratoire. Il faut dire que l’expérience actuelle ne laisse rien présager de bon : « Il existe déjà une quantité d’études, réalisées sur les portions existantes du mur, qui démontrent que celui-ci empêche les mouvements des êtres sauvages. C’est le cas de la chevêchette brune, une petite chouette qui ne vole que très près du sol », illustre Bryan Bird.

L’isolement des animaux d’un côté et de l’autre de la frontière aura des conséquences désastreuses. « Cela interrompt la reproduction et l’échange d’un important matériel génétique », explique Bryan Bird. Ainsi, les loups gris du Mexique, dont la population est réduite à une centaine côté nord et 35 côté sud, risquent de devenir consanguins. De même, la population de jaguars aux États-Unis — proche de zéro — dépend de l’arrivée de ses voisins mexicains pour se maintenir.

« Les gens restent déterminés à traverser la frontière » 

Mais il n’y a pas que les animaux qui sont menacés. Les plantes, coupées de leurs réserves d’eau par le mur, auront plus de mal à survivre, d’autant plus que les herbivores permettant de disperser leurs graines seraient eux-mêmes immobilisés. « Les plantes, comme les animaux, ont besoin d’échanger du matériel génétique, mais elles auront aussi besoin de migrer à cause du changement climatique. Or, un mur pourrait couper leur trajectoire vers des habitats plus appropriés », estime Bryan Bird.

Pour Dan Millis, de Sierra Club, le plus triste dans cette histoire, c’est que le mur de Trump ne changera rien au fond du problème. Les portions de mur déjà existantes ne font « rien pour s’attaquer aux causes des migrations de sans-papiers, donc les gens restent déterminés à traverser la frontière », affirme-t-il. Selon lui, les bouts de murs supplémentaires que Donald Trump souhaite construire seront « les mêmes que ceux que nous avons aujourd’hui : les murs qui bloquent la nature, mais pas les gens, les murs qui s’appuient sur la haine et la peur, et les murs qui sont profondément non Américains ».




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Source : Yona Helaoua pour Reporterre

Photos : Sierra Club Borderlands via Twitter

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