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Le pari de l’intelligence collective

21 novembre 2016 / Pierre-Alain Prevost (Reporterre)



Avec Reinventing organizations, Frédéric Laloux rend compte de l’émergence d’un nouveau type d’organisation, fondée sur la coopération et l’intelligence collective et mue par la recherche de l’épanouissement de chacun. Ce modèle, tout sauf utopique, ouvre une perspective vertigineuse pour une transition écologique à grande échelle.

Le meilleur gouvernement est celui qui nous enseigne à nous gouverner nous même. »
Goethe

Imaginez des communautés de travail autogérées, sans rapport hiérarchique, sans budget centralisé, ou tous les salariés décident de leurs méthodes de travail, de leurs horaires, de leur rémunération et même de leur fiche de poste. Imaginez des structures où les dirigeants sont choisis pour leur humilité et leurs qualités humaines et dont le rôle est d’accroître l’autonomie des groupes de travail et des individus, de développer les espaces de dialogue et d’émulation, de révéler les talents qui résident en chacun de nous. Imaginez des entreprises qui n’ont que faire des parts de marché, pour qui un « concurrent » potentiel ne peut être qu’un partenaire avec qui il faut absolument coopérer pour faire avancer leur projet commun, où les projets sont lancés parce que les salariés ont simplement envie de travailler dessus, sans aucune étude marketing, juste parce que, d’après eux, c’est ce qu’il faut faire, maintenant. Et imaginez qu’en plus de tout cela, elles ont d’excellents résultats économiques, à tel point qu’elles en arrivent, pour certaines, à bousculer complètement les normes de leur secteur d’activité tout en faisant faire de précieuses économies à la collectivité.

Trop beau pour être vrai, pensez-vous, pourtant ces organisations existent bel et bien. Frédéric Laloux a étudié douze d’entre elles pendant trois ans, issues de pays et de cultures variés, composées de quelques dizaines de personnes à des milliers de collaborateurs sur plusieurs continents et aux secteurs d’activités les plus divers : de l’éducation à la production d’électricité en passant par la santé, l’édition ou encore la fabrication de pièces automobiles. Leur point commun ? Elles révolutionnent le rapport au travail par une (auto)gouvernance inédite. En analysant leurs histoires et leurs modes de fonctionnement, il a trouvé des lignes de forces communes, de leur philosophie initiale jusqu’à son application concrète dans des processus organisationnels. D’après lui nous assistons à l’émergence d’un nouveau type d’organisation dont les résultats humains, sociaux, environnementaux et économiques sont époustouflants.

Réussir à faire travailler de concert les individus et leur ego 

La richesse de ces organisations réside dans le soin apporté à l’apprentissage par chaque personne des comportements coopératifs qui permettent l’intelligence collective. Par ailleurs, tout y est fait pour décentraliser le pouvoir et la prise de décision à ceux qui font et qui sont au contact des réalités de terrain. Les métiers supports et la direction (très restreints) deviennent alors des centres de ressources pour fournir aux entités tout ce dont elles ont besoin (compétences, formations, outils de gestion, méthodes, etc.) et faciliter leur imbrication avec les autres entités. Les conflits sont traités avec méthode, avant que les humains ne s’entre-déchirent et sont pensés comme un renforcement de la cohésion du groupe. Découle de tout cela beaucoup de confiance et d’énergie, qui se propagent dans toutes les ramifications de l’organisation. Chaque personne et chaque groupe, impliqués dans le bon fonctionnement de l’ensemble, mus par la grande richesse humaine ambiante et, visiblement, très épanouis dans leur quotidien, sont beaucoup plus efficaces, créatifs et investis.

Quiconque a travaillé dans une organisation à but non lucratif, que ce soit une association, une ONG, un syndicat, a connu les affres de l’horizontalité posée comme un dogme un peu rigide. Malgré leurs très hautes ambitions sociétales, elles peuvent rapidement devenir des machines à broyer les hommes, les idées et les espoirs. Bien que parées des meilleures intentions, les individualités s’y affrontent avec autant de violence que partout ailleurs. Si vous voulez (enfin) réussir à faire travailler de concert les individus et leur ego (à commencer par vous-même), stimuler l’intelligence et l’énergie collective et faire de l’épanouissement de chacun dans le projet de tous l’unique moteur de la performance, alors il vous faut lire ce livre particulièrement éclairant.

Il y a des livres qui, une fois la dernière page refermée, semblent vous avoir transformé de fond en comble. Votre propre paradigme a changé, vous n’êtes plus le même et le monde autour de vous non plus. L’éditeur de Frédéric Laloux décrit son travail comme « un saut dans la pensée du management ». Il semblerait que ce soit un saut dans la pensée tout court, un document essentiel pour enclencher une transition écologique à plus grande échelle.


- Reinventing organizations. Vers des communautés de travail inspirées, par Frédéric Laloux, éditions Diateino, 483 p., 28 €.




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Source : Pierre-Alain Prevost pour Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

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