Le saumon norvégien que vous mangez est contaminé, mais ce n’est pas une fatalité

Durée de lecture : 4 minutes

26 juillet 2014 / Jean-Philippe Magnen

La France est le premier importateur mondial de saumon norvégien élevé aux pesticides. Derrière le « scandale du saumon contaminé », symbole des limites du modèle, existent pourtant des solutions pour réduire les risques sanitaires et environnementaux actuels.


Je me suis rendu en Norvège suite à l’invitation des Verts Norvégiens lanceurs d’alerte, avec des ONG écologistes scandinaves, sur les risques sanitaires et environnementaux de l’élevage industriel du saumon norvégien.

Depuis un an, nous travaillons sur ce dossier « sulfureux » avec nos collègues norvégiens pour agir politiquement, ensemble, contre ces excès de l’agro-business, il était donc très important d’aller se rendre compte directement sur place et de rencontrer les parties prenantes de ce dossier (ONG, chercheurs, représentants de l’industrie, élus).

La France, premier importateur mondial de saumon norvégien

La production mondiale de saumons d’élevage a dépassé en 2013 la barre des deux millions de tonnes. La Norvège détient près de 60 % de cette production. Elle est le premier producteur mondial de saumons d’élevage : le pays compte 900 « fermes » à saumons et la production norvégienne a triplé de volume en dix ans (1,2 millions de tonnes en 2012).

La salmoniculture constitue une ressource importante pour la Norvège avec 6,6 milliards d’euros. C’est la deuxième ressource après le pétrole. Malheureusement cette intensification de la production s’accompagne de conséquences catastrophiques qui menacent la santé des consommateurs, les écosystèmes sauvages et l’élevage lui-même. La France, premier importateur mondial de saumon norvégien (plus de 100 000 tonnes en 2012), est particulièrement concernée.

Le « scandale du saumon contaminé »

À mon retour, j’ai parlé de « scandale du saumon contaminé ». En effet, à l’heure actuelle, plutôt que de diminuer la concentration de poissons dans les fermes, les éleveurs luttent contre le pou de mer en aspergeant les saumons de diflubenzuron, un pesticide interdit en France pour l’agriculture et l’élevage. Ces traitements détériorent et polluent les écosystèmes, et notamment les Fjords.

Ils ont également introduit dans l’alimentation du saumon, pourtant carnivore, une part croissante d’aliments végétaux (soja, maïs…), l’exposant ainsi à des pesticides issus de l’agriculture intensive tels que l’endosulfane ou les polluants organiques persistants (POP), pourtant prohibés en Europe depuis 1986.

Ces substances peuvent perturber le système hormonal et immunitaire et s’avérer cancérigènes. Elles comportent surtout un risque avéré pour les enfants et les diabétiques, ou encore les femmes enceintes.

Les autorités françaises, via l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), ont même alerté l’opinion, en expliquant que la surconsommation de saumon (plus de deux fois par semaine), réputée « prévenir des risques cardiovasculaires », « ne compense pas les incertitudes sur les risques toxicologiques ». Il y a donc indéniablement des risques sanitaires et environnementaux avérés liés à ce type de production industrielle. Il y a urgence à agir.

Des solutions existent

Suite à ces révélations et au tollé médiatique qui s’en est suivi, y compris en France, avec des conséquences directes sur la consommation de saumon (moins 20 % en France depuis l’automne 2013), Marine Harvest, premier producteur norvégien et mondial de saumon d’élevage, a annoncé jeudi 3 avril, qu’il nourrirait désormais ses poissons avec des huiles de poissons préalablement nettoyées de certains contaminants environnementaux. C’est un premier pas !

Mais l’industrie peut aller encore plus loin. Il existe des méthodes d’aquaculture en circuit-fermé, expérimentées actuellement au Danemark, qui établissent une barrière entre le saumon d’élevage et l’environnement marin. Dans ces fermes, il y a moins de parasites car l’eau y est recyclée et les poissons ne peuvent pas s’enfuir pour contaminer les fjords.

Il faudrait donc exiger la construction de fermes étanches sur toutes les nouvelles concessions et transformer toutes les autres d’ici 2020. Diminuer la concentration des poissons dans les fermes est aussi un moyen de réduire les maladies et donc la nécessité d’user de traitements chimiques.

Pour cela, il est impératif de fixer de nouvelles normes qui ne soient pas en kg/m³ mais en poissons/m³, qui, de facto, limiteraient fortement le nombre de saumons autorisé dans les cages.

Un symbole des limites du modèle productiviste

Plus qu’un risque sanitaire, la crise du saumon d’élevage norvégien est un symbole de plus des limites inhérentes au modèle productiviste que nos dirigeants persistent à vouloir « chouchouter ». Pour gagner quelques points de compétitivité et soi-disant nourrir la planète, ils semblent prêts à sacrifier la santé des consommateurs et la durabilité de nos territoires.

C’est pour cela que les écologistes défendent un modèle qui garantisse la souveraineté alimentaire de l’Europe et des autres régions du monde, la qualité des produits, la protection des travailleurs de la terre comme de la mer, ainsi que le renouvellement des ressources naturelles. Pour sortir enfin du XXe siècle…



Source et photos : EELV (Europe Ecologie les Verts)

Jean-Philippe Magnen est vice-président du Conseil Régional des Pays de La Loire.

Lire aussi : Le saumon norvégien est un désastre écologique

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