Le sceau de Salomon, fleur des bois et plante médicinale quoique toxique

13 mai 2017 / Christine Laurent (Reporterre)



Lancée dans le but de trouver des fougères pour en pailler les fraisiers du Jardin sans pétrole, la promenade dans les bois s’est transformée en reconnaissance de plantes médicinales indigènes.

Le mois de mai est bien installé, la terre s’est réchauffée et de minuscules plantules de carotte, de coriandre, de cressonnette marocaine, d’arroche rouge, de roquette, de tagète, de pimprenelle, d’amarante bravent le vent froid et la pluie. Nous réalisons que notre lopin est en fait venteux, que les arbres et les haies de thuyas alentour créent peut-être des appels d’air froid, comme on peut en ressentir sur le parvis de la Bibliothèque François-Mitterrand, à Paris.

Seuls les radis affichent une vigueur insolente, à l’abri sous le châssis et protégé d’un film plastique.

Les fraisiers sont en fleurs et les fraises commencent à se former. Une pensée reconnaissante à l’égard des bourdons me traverse, car nous les avons vus plus souvent à l’œuvre pour assurer la pollinisation que les frileuses abeilles.

Nous partons dans les bois couper des fougères aigle pour pailler les fraisiers. Mais c’est encore trop tôt. Nous les trouvons petites, les feuilles pour la plupart encore enroulées sur elles-mêmes. Il nous faudra attendre.

« Muguet anguleux », « grenouillet », « signet », « herbe au panaris » 

La promenade est jolie et sur le bord du chemin nous croisons toutes sortes de fleurs parmi lesquelles nous reconnaissons la benoite, l’alliaire, la stellaire, la véronique et, surprise, un tapis de sceaux de Salomon. Cette plante vivace qui se disperse par ces rhizomes — une forme particulière de racine — est très commune dans les bois, les lieux ombragés, le long des haies, mais nous ne l’avions encore jamais vue dans la forêt de Janville-sur-Juine. Celles qui y poussent, pour être précise, sont des Polygonatum odoratum, espèce qui se distingue des autres du même genre par leur tige anguleuse et leurs fleurs solitaires ou parfois en couple. Cette plante a le sexe discret, dissimulant ses fleurs odorantes sous les feuilles, la corolle tournée vers la terre.

Son nom commun — « sceau de Salomon » — vient de la forme des cicatrices laissées sur le rhizome par les tiges aériennes portant les fleurs, lesquelles ressemblent à l’anneau magique qui aurait donné ses pouvoirs au roi Salomon… Mais on l’appelle aussi « muguet anguleux », « grenouillet », « signet », « herbe au panaris ». Dans son Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes publié en 1868, François-Joseph Cazin, un médecin généreux, défenseur de remèdes accessibles à tous sans intermédiaire, donne une recette pour soigner les inflammations des doigts à partir de ses rhizomes. « Dans quelques campagnes, on vante beaucoup contre les panaris le cataplasme suivant : racine de sceau de Salomon 60 g, saindoux 60 g, eau commune, un verre. On fait cuire jusqu’à ce que la racine puisse s’écraser facilement ; puis on fait prendre au doigt malade un bain d’un quart d’heure dans ce mélange, et on applique ensuite la racine en cataplasme. On renouvelle chaque jour le remède. » Ce traité, dont la préface de Pierre Lieutaghi annonce « la médecine du partage », est en accès libre sur Pl@ntUse.




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Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre

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