Le temps suspendu

Durée de lecture : 3 minutes

14 novembre 2015 / par kempf

Vendredi 13 novembre, au soir, la vie normale s’est interrompue. Tous, à un moment, nous avons vu le téléphone scintiller, un ami nous donner une nouvelle incroyable, un silence s’établir. Interrogations, incrédulité, éberluement. Puis l’information a pénétré nos esprits : une série d’attentats meurtriers venait de se produire, le drame continuait de se produire dans une salle de spectacle, des dizaines de personnes innocentes étaient mortes.

Dans la soirée, dans la nuit, les faits ont cristallisé : des attaques en plusieurs points différents de Paris, des explosions au Stade de France, des hommes armés mitraillant la foule au Bataclan. 128 morts, plus de 180 blessés, huit des terroristes tués dont sept par leur propre ceinture d’explosifs. L’état d’urgence. Le pays choqué.

Les uns les autres, nous nous sommes appelés. Ca va ? As-tu des nouvelles de... ? Les enfants ? Les amis ? Prends soin de toi... Et nous avons pensé à celles et à ceux que le tonnerre mortel a frappé. Pensé à leurs proches, à leur peine, à la douleur. Certains d’entre nous ont prié.

Mais il nous faut penser, tâcher de comprendre, commencer à poser les mots sur les plaies, pour éviter qu’elles ne s’infectent, pour tenter d’enrayer d’autres mots qui seront de l’acide. Il nous faut penser du point de vue qui est le nôtre : la crise écologique est le phénomène politique et historique majeur de ce début de siècle. Tout en reconnaissant que le mouvement écologiste et ses intellectuels sont pour l’heure impuissants à analyser la situation au Moyen-Orient au regard de la crise écologique.

Ce qui s’est passé vendredi 13 novembre est un acte de guerre. Comme l’a été à Beyrouth, jeudi 12 novembre, l’attentat qui a tué quarante personnes.

Une guerre ne se mène jamais avec un seul acteur : les Français doivent se rappeler qu’il font la guerre, que leur armée est engagée dans plusieurs points du globe, et notamment en Syrie. Et que la France est un des Etats du monde dont l’armée est la plus active. Je ne porte aucun jugement en écrivant cela, mais je le rappelle. Quand on fait la guerre, il faut s’attendre à ce que l’ennemi cherche aussi à vous détruire.

Le drame d’hier, après celui du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, nous enfonce encore dans la voie sécuritaire et autoritaire qui s’est amorcée depuis plusieurs années en France et dans les pays occidentaux. La démocratie et les libertés sont en danger. Et nous savons que derrière la lutte légitime contre les terroristes qui nous font la guerre - mais peut-être faudrait-il les appeler « les guerriers »  -, la tentation sera grande pour le pouvoir - celui d’aujourd’hui et celui qui lui succèdera - de faire la chasse aux mouvements sociaux, et à tous ceux qui enfreignent des règles. Exemple ahurissant de cette dérive, une proposition de loi examinée en ce moment associant dans son intitulé le terrorisme et la fraude dans les transports publics...

Une autre conséquence des événements : la question de la sécurité va s’imposer lourdement dans les semaines qui viennent à la conscience publique et au débat public. Dans moins de trois semaines doit se dérouler la Conférence des Nations unies sur le climat, la COP 21. C’est un rendez-vous crucial, celui où l’humanité cherche les moyens de s’accorder pour répondre à la gravité de la menace climatique. Il est à craindre que l’importance de cet événement et les mobilisations citoyennes soient effacées ou affaiblies par les retombées du 13 novembre. Ce serait, là, une sinistre victoire pour Daech.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : tweet de @LolaPalmier

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