Les Jeux olympiques sont le prétexte à la bétonisation de l’Île-de-France

22 juin 2018 / Jacques Boutault, Annie Lahmer, Danielle Simonnet et Frédéric Viale

En 2024, Paris accueillera les Jeux olympiques d’été. Les auteurs de cette tribune s’indignent des mensonges de la communication officielle autour de cet événement, qui tait notamment le déni de démocratie à l’œuvre et l’intention, au-delà des Jeux, d’accélérer l’urbanisation et la métropolisation de l’Île-de-France.

Jacques Boutault est maire du 2e arrondissement de Paris et conseiller de Paris ; Annie Lahmer est conseillère régionale d’Ile-de-France ; Danielle Simonnet est conseillère du 20e arrondissement et conseillère de Paris ; Frédéric Viale est membre du collectif Non aux JO 2024.


Le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO) se présente désormais comme le bon élève de la classe : dépassements budgétaires, promesses inconsidérées, projets aventureux, tout cela est oublié. Désormais, le COJO se veut vertueux. Il vient de trancher dans le vif et de décider, en accord avec le Comité international olympique (CIO), ce qui sera fait ou pas pour les JO de 2024, et ce dans le cadre d’une enveloppe qui, jure-t-il, ne sera pas dépassée.

Hélas, nous sommes loin du compte. Le meilleur moyen de ne pas dépasser un budget consiste pour le COJO à ne pas inclure certaines dépenses pourtant nécessaires : celles relatives à la sécurité sont toujours très fortement sous-évaluées, comme celles relatives à l’accélération du métro automatique Grand Paris Express. Comment peut-on parler de « sobriété » alors que les dépenses publiques programmées atteignent déjà un milliard et demi d’euros ?

L’organisation des JO souffre d’une tare originelle qui est le déni de démocratie : alors que nul ne pouvait croire que la candidature sur papier glacé était crédible, aucun débat sérieux n’a eu lieu, aucune concertation digne de ce nom et le référendum que nous demandions a été refusé. Ce déni se poursuit : la pseudo concertation qui a lieu en Seine-Saint-Denis n’est qu’une façade, et d’ailleurs, le COJO a pris ses décisions le jour où une séance de concertation était prévue, démontrant le peu de cas qu’il fait de ce type d’exercice purement formel. On apprend au passage que le parc Georges-Valbon, poumon vert de Seine-Saint-Denis, sera amputé de l’Aire des vents, bétonnée pour y installer le Village des médias alors que le rapport de la commission d’évaluation du CIO de juillet 2017 indiquait que cela n’était pas nécessaire !

Un décret déclare « opération d’intérêt national » toute opération liée aux JO 

Le COJO persiste à parler de « Jeux inclusifs », d’« héritage » et de « transparence ». Quelle inclusion, quelle transparence alors que la loi Olympique récemment votée suspend les règles d’urbanisme relatives aux expropriations mais aussi aux accrochages des panneaux publicitaires sur les monuments historiques. En complément, un décret déclare « opération d’intérêt national » toute opération liée aux JO, ce qui achève d’écarter les élus et les populations locales des décisions d’aménagement les concernant. Pire : l’argent des Offices publics de HLM est mobilisé pour la construction du Village olympique et du Village médias (art. 12 de la Loi). Alors que le mal-logement est criant, cet usage de l’argent destiné au logement social ne peut susciter que l’indignation.

Le parc Georges-Valbon.

La promesse de l’héritage a été la carotte destinée à faire accepter le projet. En attendant, les dotations destinées à la pratique du sport baissent, le département ayant voté une amputation de moitié des subventions aux clubs sportifs pour dégager cinq millions d’euros destinés aux « Grands partenaires du sport », les sponsors. La région francilienne a diminué de 9 % la dotation destinée au sport scolaire. Les JO constituent en réalité un obstacle à la pratique du sport.

Le Champ-de-Mars va être occupé plus de 4 ans (51 mois) par une infrastructure dite « éphémère » alors que le Grand Palais fait des travaux de rénovation destinés à ce qu’il reçoive les Jeux olympiques en 2024. Cet espace vert, situé en zone particulièrement protégée sur le plan patrimonial et fréquenté par 21 millions de personnes, qu’elles soient riveraines ou touristes, sera dès lors en grande partie inaccessible au public, et particulièrement les 14 juillet, jour de la Fête nationale où des centaines de milliers de Franciliens viennent voir le feu d’artifice. Cet espace fragile a déjà subi des dégradations importantes lors de l’implantation de la « fan zone » de l’Euro 2016, qui n’ont à ce jour pas toutes été réparées.

Un prétexte pour artificialiser à grande échelle des espaces naturels d’Île-de-France 

Par ailleurs, le beau discours écologique tenu par la Ville de Paris fait long feu quand on connaît certains détails : il est question que des remblais des travaux de la ligne 17 Nord, Saint-Denis - Le Bourget, soient déversés sur les très fertiles terres agricoles du triangle de Gonesse, stérilisant celles-ci de manière irréversible. Il est clair que les JO 2024 sont un prétexte pour artificialiser à grande échelle des espaces naturels d’Île-de-France, comme l’illustre le sort réservé au parc Georges-Valbon et au triangle de Gonesse.

La réalité est que l’opération JO est mise au service d’un projet plus vaste, celui d’une métropolisation de Paris : l’idée est de profiter des JO pour faire de Paris et de l’Île-de-France une vaste métropole « connectée » organisée en « pôles d’excellence ». La nomination de l’architecte Roland Castro confirme cette vision à courte-vue et de peu d’intérêt d’un aménagement du territoire en zones spécialisées, où les problèmes de l’accès au logement ne sont traités que par l’éloignement des populations les plus modestes, par la gentrification des zones centrales et où le renchérissement du foncier est porté par une spéculation sans fin. En somme, les JO sont l’occasion d’une fuite en avant dictée par une logique libérale qui voit s’intensifier des zones urbaines alors que des portions entières du territoire français se désertifient.

Il est temps que la question des JO devienne une question politique et ne soit plus traitée à grand renfort d’artifice de communication.




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Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Anne Hidalgo, la maire de Paris, Édouard Philippe, le Premier ministre, et Tony Estanguet, président du Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO), le 14 juin, à Paris. @Paris2024 sur Twitter
. parc : © Julie Rochereau/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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