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Les Verts allemands pourraient arriver deuxième de l’élection européenne

Durée de lecture : 5 minutes

16 mai 2019 / Violette Bonnebas et Sébastien Millard (Reporterre)

À une dizaine de jours des élections européennes, les Verts allemands ont le vent en poupe, portés par les préoccupations de leurs concitoyens sur l’avenir de la planète. Ils ont aussi rapproché leur ligne politique du centre afin de constituer des coalitions.

  • Brunswick et Berlin (Allemagne), correspondance

Ska Keller a l’habitude de l’exercice. À 37 ans, l’élue écologiste allemande se présente pour la deuxième fois comme tête de liste aux élections européennes. Ce soir-là à Brunswick, cité industrielle de Basse-Saxe, elle répond aux questions des habitants assis autour d’elle, dans un mélange de sérieux et de décontraction. La salle est comble, alors même que ce bastion social-démocrate accueille au même moment la candidate du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), actuelle ministre fédérale de la Justice, Katarina Barley.

Ska Keller incarne parfaitement l’image que veulent donner les Grünen (les Verts), celle d’un personnel politique jeune, mais compétent et expérimenté. La stratégie semble payer : d’après les derniers sondages, le parti écologiste est crédité de 19 % des voix outre-Rhin, ce qui en ferait la deuxième force politique du pays derrière les conservateurs (CDU/CSU) (32 %) et devant les sociaux-démocrates (16 %).

Tandis que les écologistes français, à 7 % dans les sondages, pâtissent de l’éparpillement des voix entre la multitude de listes à gauche et celle d’En marche !, les Verts allemands ont le vent dans le dos. Des conséquences du Dieselgate à la sécheresse qu’a connue le pays en 2018 ; de la forêt de Hambach, menacée par l’extension d’une mine de charbon, aux manifestations de jeunes pour le climat : les Allemands n’ont sans doute jamais autant débattu de l’avenir de la planète depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.

« Angela Merkel n’a pas de vision européenne, encore moins sur les questions écologiques » 

À tel point qu’en un an, l’écologie est devenue centrale dans l’opinion publique, dépassant même le thème de l’immigration qui dominait depuis l’arrivée massive de réfugiés en 2015. « Les Grünen sont les seuls en Allemagne à profiter de cette dynamique », constate Hubert Kleinert, sociologue et ancien membre fondateur du parti.

Si les prévisions se confirment, les écologistes allemands feraient plus que doubler leur score par rapport aux dernières élections législatives en 2017, où ils n’avaient atteint que 8,9 % des voix. « Les lignes sont en train de bouger, confirme le politologue Gero Neugebauer. On voit qu’une partie des électeurs des deux grands partis historiques, la CDU/CSU et le SPD, part chez les Verts parce qu’ils ne trouvent plus de réponses à leurs préoccupations dans leurs familles respectives. »  

Affiche de campagne des Grünen : « Seule une Europe sociale est une Europe forte. »

D’autant qu’au niveau européen, les dirigeants allemands n’ont pas brillé par leur engagement pro-environnemental ces dernières années. Au contraire, ce sont eux qui ont notamment permis la prolongation de l’autorisation du glyphosate et freiné le durcissement des normes antipollution dans l’automobile.

« Angela Merkel est discréditée auprès de ceux qui ont cru qu’elle était la Chancelière du climat. Elle n’a pas de vision européenne, encore moins sur les questions écologiques, poursuit Gero Neugebauer. Quant aux sociaux-démocrates, ils sont coincés parce qu’ils incarnent le parti qui protège les emplois industriels. » Originaire du Brandebourg, région minière gouvernée par les sociaux-démocrates et la gauche radicale, Ska Keller n’hésite d’ailleurs pas à souligner que son Land « émet plus de CO2 par habitant que les États-Unis ».

Parmi les spectateurs venus interroger la candidate à Brunswick, certains voteront vert pour la première fois. « Comme moi, beaucoup de gens ont dépassé le simple fait de savoir combien d’argent ils vont gagner, raconte Wildrich. Ils veulent une alimentation saine, une nature saine et laisser des conditions de vie raisonnables à leurs enfants. Avant je votais pour le SPD, mais ce parti n’a plus aucune crédibilité pour moi. »

Une politique plus centriste, notamment sur les questions sécuritaires et économiques 

Un peu plus loin, Gerald est un électeur déçu de la droite d’Angela Merkel, « de la façon de s’occuper des réfugiés mais aussi de gérer la pollution causée par le plastique ». Passer de la droite à l’écologie politique n’a rien d’exceptionnel en Allemagne. Prendre soin de la terre, surtout si c’est la sienne, est depuis longtemps un thème cher aux conservateurs, voire aux ultraconservateurs. La pétition pour sauver les abeilles, qui avait réuni 1,7 million de signatures en Bavière en février dernier, a d’ailleurs été lancée par le petit parti écologiste ÖVP, qui s’oppose à l’IVG au nom du « droit à la vie ».

Les Grünen l’ont bien compris. S’ils restent fidèles à leurs fondamentaux, ils ont aussi abandonné la gauche radicale pour s’unir autour d’une politique plus centriste, notamment sur les questions sécuritaires et économiques, compatible avec la formation de coalitions. La recette attire les militants : les Grünen enregistrent la plus forte augmentation du nombre d’adhérents, + 23 % en un an, quand tous les autres partis voient leur base s’éroder. « Cela ne veut pas forcément dire que les Allemands ont changé leurs comportements. Ils n’ont jamais autant pris l’avion ni possédé de voitures SUV par exemple, observe Herbert Kleinert. Mais les écologistes ont l’air sympathiques, ont bonne presse et incarnent de hautes valeurs morales, à savoir la protection du climat et l’ouverture sur le monde. »

Tolérants, multiculturels, féministes, les Grünen apparaissent aussi comme un rempart au parti Alternative pour l‘Allemagne (AfD), un an et demi après l’entrée fracassante de 94 députés d’extrême droite au Bundestag. L’AfD, eurosceptique, climatosceptique et xénophobe, est le seul autre parti allemand en progression par rapport à 2014. Il reste toutefois loin derrière les écologistes, avec 12 % d’intentions de vote.

Le 26 mai prochain, les écologistes allemands devraient envoyer une vingtaine de députés au Parlement européen. Petit, mais incontournable, le groupe pourrait peser sur la formation de la future majorité de l’Assemblée, voire sur celle de la nomination du futur président de la Commission européenne. « L’après-élections va être captivant, sourit Ska Keller. Cela va être difficile pour les autres partis de faire abstraction de nos thématiques. »


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Source : Violette Bonnebas et Sébastien Millard pour Reporterre

Photos : © Violette Bonnebas et Sébastien Millard/Reporterre
. chapô : affiche de campagne des Grünen : « L’Europe. La meilleure idée que l’Europe n’ait jamais eue. »

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