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Agriculture

Les agriculteurs allemands vent debout contre la taxe sur le diesel

Manifestation d'agriculteurs allemands contre l'arrêt des subventions au diesel agricole, à Berlin le 13 janvier 2024.

Une semaine de protestations paysannes sans précédent s’achève en Allemagne. L’étincelle qui a mis les agriculteurs dans la rue est, comme en France, la fin de l’aide au diesel des véhicules agricoles.

Berlin (Allemagne), correspondance

Après les manifestations, les négociations ! Alors que les dizaines de milliers de tracteurs qui ont bloqué les rues d’Allemagne pendant une semaine entière sont rentrés dans la soirée du 15 janvier dans leurs fermes, les négociations entre responsables paysans et chefs des groupes parlementaires de la majorité vont se poursuivre jusqu’au 18 janvier, jour de la dernière séance sur le correctif budgétaire 2024 au Bundestag, le Parlement allemand.

« Il s’agit d’obtenir le rétablissement intégral de l’aide au diesel. Sinon, nous consommerons le diesel agricole le plus cher de toute l’Europe, à côté des Néerlandais — un désavantage concurrentiel massif », a expliqué le 15 janvier Joachim Rukwied, président de la Fédération des paysans allemands. Les négociations portent aussi sur des « allègements bureaucratiques », comme un calcul d’impôts étalé sur trois ans. La taxe sur les véhicules agricoles décidée le 12 décembre dernier a, quant à elle, déjà été annulée.

Le mouvement paysan (on compte en Allemagne environ 1 million d’agriculteurs pour 260 000 exploitations) a été déclenché par les décisions prises en décembre par la coalition dite « tricolore » du social-démocrate Olaf Scholz. Plongé dans une crise budgétaire inattendue et obligé de faire 17 milliards d’euros d’économies, le gouvernement a décidé de demander un effort d’environ 1 milliard d’euros par an aux paysans. L’aide au diesel utilisé par les véhicules agricoles a ainsi été remise en cause. Ce qu’ils refusent tout net.

« Les paysans allemands ne sont pas seulement descendus dans la rue à cause de la suppression d’une aide au diesel. La colère est plus profonde. Elle se dirige contre l’ensemble de la politique agricole et environnementale de nos gouvernements », explique pour sa part l’éleveur de porcs de Basse-Saxe Tobias Göckeritz, qui a passé sa semaine à coordonner les déplacements des tracteurs de sa région.

Son collègue Christian Lohmeyer, qui fait de l’élevage et des céréales, est lui aussi à bout : « Je n’en peux plus de passer le plus clair de mon temps à remplir des demandes de subventions, de dispenses ou à devoir documenter la moindre procédure dans ma ferme. » Il évoque le ras-le-bol de ces collègues pris en tenaille entre des géants de la distribution qui dictent leurs prix, une réglementation environnementale croissante, ou encore un boom des énergies renouvelables qui dévore les surfaces agricoles.

« La frustration est grande »

L’attente paysanne est ancienne, explique le professeur Christian Henning, titulaire d’une chaire d’économie agricole à l’université de Kiel : « Le gouvernement fédéral actuel et les gouvernements précédents ont échoué à créer des conditions-cadres adéquates, qui permettent une transformation efficace vers une agriculture durable. »

Les agriculteurs vivent aussi très mal ce que d’aucuns considèrent comme une « idéologisation » de la politique agricole et environnementale et qui, pour beaucoup, s’apparente à une dépossession : « Personne n’explique à mon dentiste comment il doit travailler, à nous, si », affirme Christian Lohmeyer, ingénieur agronome de formation.

« La frustration est grande. L’agriculture et les défenseurs de l’environnement critiquent depuis des années le manque d’orientation à long terme de la politique agricole et l’excès de bureaucratie », commente pour sa part le président de l’ONG environnementale Nabu, Jörg-Andreas Krüger.

« Les gouvernements fédéral et régionaux doivent désormais avoir le courage d’amorcer un changement à long terme dans l’agriculture », exige-t-il, en précisant que l’objectif pourrait être en autres de récompenser les agriculteurs pour leurs prestations en faveur du bien-être animal, du climat, de l’environnement et de la nature, là où le marché ne le fait pas.

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