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Les candidats s’intéressent peu à l’énergie citoyenne

6 avril 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Conviés par le Collectif pour l’énergie citoyenne, les représentants de Jean-Luc Mélenchon, d’Emmanuel Macron, de Benoît Hamon et de François Fillon ont débattu, mercredi 5 avril, du rôle des citoyens dans la transition énergétique. Sans passion excessive...

« Ce débat présidentiel nous tire vers le bas, car il semble impossible de parler de projets de fond. La maladie politique de notre temps, c’est bien cette incapacité à se projeter dans l’avenir », lance en préambule Pierre Radanne, mercredi 5 avril. L’expert moustachu des questions climatiques, président de l’association 4D, donne le ton de cette matinée d’échange organisée par le Collectif pour l’énergie citoyenne. Le but : interpeller les principaux candidats à l’élection présidentielle sur la question de l’énergie renouvelable citoyenne.

Sur le banc des interrogés, Julien Armijo, de l’équipe de la planification écologique de Jean-Luc Mélenchon, relit ses documents et gribouille des notes. À ses côtés, l’avocate Corinne Lepage, qui a rejoint Emmanuel Macron, consulte régulièrement son smartphone, échangeant quelques boutades à mi-voix avec Ronan Dantec, sénateur EELV, qui représente Benoît Hamon. Arrivé en retard, le député UDI Bertrand Pancher parlera pour François Fillon.

Pour les ONG organisatrices, le constat est simple : « La loi de transition énergétique fixe des objectifs clairs comme l’augmentation de la part des renouvelables à 32 % de notre mix énergétique en 2030, rappelle Michel Dubromel, de France nature environnement. Or, vu le retard pris, nous n’atteindrons jamais les objectifs sans une volonté politique forte. » La solution, d’après lui, passe par ces projets dits « citoyens », car portés par la participation et l’investissement des habitants et des collectivités locales, comme raconté par Reporterre en février dernier. « Ils sont des accélérateurs de la transition énergétique et du développement des territoires. » En Allemagne, où la part des énergies renouvelables électriques a atteint 33 % en 2015, plus de la moitié de cette capacité de production appartient aux habitants.

Corinne Lepage n’a pas la même position que son candidat, Emmanuel Macron

« Les énergies renouvelables sont en train de gagner la bataille, insiste Anne Bringault, du Cler (le réseau pour la transition énergétique), mettant en avant leur coût compétitif — le solaire est deux fois moins cher en moyenne que nucléaire. Mais il faut que les décideurs politiques s’emparent du sujet afin d’accélérer ce développement. » Le collectif a donc établi des pistes concrètes en faveur de l’énergie citoyenne, avec un cap : en 2030, 15 % des énergies renouvelables doivent être entre les mains des citoyens et des collectivités.

Le détail des propositions est à retrouver ici. Anne Bringault présente ces demandes, à écouter ici :

« La planification écologique que nous souhaitons mettre en place doit être faite par les citoyens », commence Julien Armijo, rappelant que Jean-Luc Mélenchon a repris dans son programme l’intégralité du scénario Négawatt. Un poil hésitant, l’insoumis explique que « la renationalisation d’EDF et la création d’un pôle public de l’énergie se fera en articulation avec des antennes locales, sans aucun jacobinisme ». « La logique citoyenne est centrale dans toute la démarche de la France insoumise, et elle sera soutenue dans tous les domaines, de la production d’énergie à la rédaction d’une nouvelle Constitution », souligne-t-il avant de passer le micro à l’ancienne ministre de l’Environnement.

De gauche à droite, Julien Armijo (Jean-Luc Mélenchon), Corinne Lepage (Emmanuel Macron), Ronan Dantec (Benoît Hamon) et Bertrand Pancher (François Fillon).

En guise d’introduction, Corinne Lepage rappelle qu’elle est ici « pour exposer la position d’Emmanuel Macron, et non pour exprimer son point de vue personnel ». Sous-entendu capté par l’assemblée dans un murmure rieur : elle n’a pas forcément la même vision que son candidat. « Le programme d’Emmanuel Macron est très pragmatique, attaque-t-elle. Il n’innove pas, mais reprend les objectifs de la loi de transition énergétique. » Puis, elle ajoute : « Mais la démarche d’En marche a toujours été bottom up, [du bas vers le haut] et c’est dans la philosophie d’Emmanuel Macron de permettre aux gens de faire par eux-mêmes, via l’autoconsommation et la décentralisation de la production électrique. » Pour elle comme pour M. Armijo, l’objectif de 15 % d’énergie citoyenne fixé par le collectif semble donc « réalisable ».

« Ayatollah de l’atome » 

Ronan Dantec estime quant à lui que le cap donné par les ONG n’est pas assez ambitieux : avec Benoît Hamon, il entend notamment augmenter la dotation additionnelle climat pour les collectivités locales et mettre en place « un système de garantie pour renforcer l’épargne citoyenne ». « Mais le prérequis à toute transition énergétique réussie, c’est la sortie du nucléaire, pointe le sénateur écologiste. Sinon nous continuerons dans le monde de l’affrontement avec le lobby nucléaire… et on y arrivera pas. » Et le sénateur de rappeler à Corinne Lepage que son candidat « a beaucoup poussé » pour que l’EPR d’Hinkley Point, en Grande-Bretagne, voit le jour.

« La majorité des Français n’est pas tout à fait convaincue d’une sortie du nucléaire. Emmanuel Macron est en phase avec cette opinion », avance Corine Lepage. L’avocate espère que les audits et rapports que souhaite lancer son candidat sur le coût réel du nucléaire (démantèlement et gestion des déchets compris) permettront de montrer que cette énergie n’est pas compétitive. « Ainsi, le développement des énergies renouvelables deviendra inéluctable. »

Décidément d’humeur piquante, Ronan Dantec profite de l’arrivée du député filloniste pour le lancer sur l’atome. Costard cravate et assise désinvolte, Bertrand Pancher explique que « la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % à l’horizon 2030 est un défi énorme, sans doute inatteignable », et surtout incompatible avec une sortie du nucléaire. À l’opposé des « ayatollahs de l’atome », lui se fait le héraut de l’énergie décarbonée, et craint un remplacement du nucléaire par le charbon en cas de sortie « précipitée ». « Ce n’est pas en arrivant et en disant qu’on va tout casser qu’on y arrivera ! »

Pressés par d’autres rendez-vous, Ronan Dantec et Corinne Lepage s’éclipsent, laissant un plateau dégarni et des questions en suspens : quelle place pour EDF ? Quels investissements et quels engagements sur le quinquennat pour l’énergie renouvelable citoyenne ? Comment assurer l’égalité entre les territoires et prendre en compte la précarité énergétique ? Chacun assure que la feuille de route établie par le collectif est « tout à fait acceptable ». Mais si cette matinée d’échange a permis de rappeler les divergences fondamentales entre les candidats sur la question énergétique, elle a laissé l’auditoire sur sa faim.




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Lire aussi : Ils s’associent pour produire de l’énergie renouvelable - et ça marche !

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Lorène Lavocat/Reporterre sauf :
. chapô : Ma propre énergie (Énergie partagée / Marc Mossalgue – Audrey Collomb/CC-BY-NC-ND)



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