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Les deux droites et l’écologie

23 novembre 2016 / Noël Mamère



Le deuxième tour de la primaire de Les Républicains oppose le candidat de la droite des villes à celui de la droite des champs, explique notre chroniqueur, qui en appelle à une alliance entre les aspirations portées par le film Demain et celles du film Merci patron !

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Noël Mamère.

Noël Mamère est député écologiste.


Sarkozy est éliminé. Ses promesses contradictoires et sa trumpisation assumée l’ont perdu face à une mobilisation massive des secteurs les plus politisés de la droite, aisés et âgés ; la droite des villes et la droite des champs, mais aussi le centre droit et le centre gauche, se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les primaires pour prendre leur revanche sur celui qui incarnait le bling-bling, l’arrivisme et l’arrogance. Les classes populaires, quant à elles, n’ont pas participé à cette course de chevaux de retour qui n’intéresse que le club restreint des addicts aux joutes politiciennes. Loin de représenter un élargissement social, les primaires sont un rétrécissement à caractère censitaire.

La droite bonapartiste, dont les archétypes sont de Gaulle, Chirac et leur ersatz Sarkozy, savait fédérer autour d’un chef et d’un clan, cette fois nous ne sommes plus dans le même registre. Le débat qui se fait jour entre les deux droites, celle des villes et celle des champs, aura des conséquences, notamment dans leur rapport à l’écologie. Si nous avons échappé au climatoscepticisme de Nicolas Sarkozy, la probable victoire de François Fillon n’a pas de quoi nous réjouir.

Une droite patrimoniale et profondément anti-écolo 

La première droite, incarnée par Alain Juppé, est un peu modérée, un peu étatiste, un peu clientéliste, mais assez ouverte sur les questions sociétales et environnementales. Tout autant que la deuxième droite de Fillon, elle veut la suppression des 35 h, de l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune-NDLR], de centaines de milliers de fonctionnaires, mais se cale sur un calendrier et des méthodes plus souples. En fait, il s’agit de continuer et d’amplifier le travail entrepris par François Hollande et Manuel Valls. Cette première droite s’appuie d’ailleurs en partie sur les cadres aisés des centres-villes, comme Bordeaux, où Juppé a construit en partie sa vision du monde ; elle est urbaine, plus jeune et plus centriste, elle vante les mérites d’une ubérisation régulée de la société et d’une économie qui s’appuie sur la croissance verte ; Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet représentent son aile environnementale. Juppé lui-même, converti depuis son exil forcé au Canada aux bienfaits de la croissance verte, a transformé sa ville de Bordeaux en une vitrine des green cities.

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Alain Juppé (alors ministre français des Affaires étrangères) et Hillary Clinton (secrétaire d’État états-unienne) lors d’une conférence de presse, le 6 juin 2011, à Washington D.C..

La deuxième droite, dont le champion est François Fillon, se définit comme ultralibérale, thatchérienne au niveau économique, conservatrice au niveau sociétal et productiviste en diable sur le plan environnemental. La vieille droite catholique, retraitée, provinciale, qui a animé la Manif pour tous et créé Sens commun, s’est muée en une droite dure, probusiness et antifiscaliste ; ses références sont celles de la révolution conservatrice de Reagan dans les années 1980. C’est une droite patrimoniale et profondément antiécolo. Jean-Louis Borloo voulait que le Grenelle de l’environnement et sa méthode deviennent l’alpha et l’oméga de la politique française, mais ce n’était pas la tasse de thé de François Fillon, farouche partisan des éléphants blancs chers à De Gaulle, ces grands projets inutiles et imposés, à commencer par l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Sur ce dossier, comme nombre de ses partisans, dont le patron de la Vendée et des Pays de Loire, Bruno Retailleau, l’ancien numéro deux de Philippe de Villiers, il voudra montrer sa force et sa détermination à son électorat et sera donc enclin à évacuer la Zad par la force… s’il n’est pas pris de vitesse par Manuel Valls !

Le député de Paris est un défenseur acharné de la filière nucléaire, qu’il considère comme le navire amiral de l’énergie et comme un symbole de la « grandeur » de la France auquel il ne faut surtout pas toucher… Tout en affirmant vouloir développer les énergies renouvelables !

En bon paysan sarthois, proche de la FNSEA, c’est au chapitre agriculture qu’il veut sévir contre l’écologie « punitive ». Pour lui, le principe de précaution est « dévoyé et arbitraire » et il est décidé à abolir cet acquis dans la Constitution, institué par Jacques Chirac et imposé par NKM. Il justifie cette position en arguant que la France a pris du retard dans la recherche en génétique et sur les biotechnologies, qu’il appelle à relancer au plus vite pour « que dans chaque exploitation, il y ait la possibilité de faire de la recherche et du développement ». Dans le même sens, il entend « libérer l’agriculture du carcan normatif », qui résulte selon lui d’une surtransposition française des normes européennes, notamment en matière d’usage des pesticides, critique la position de la France dans le dossier glyphosate et l’interdiction de l’insecticide diméthoate sur les cultures de cerises… Pas étonnant, dès lors, que les chasseurs, qui avaient soutenu Nicolas Sarkozy au premier tour de la primaire de la droite, aient appelé à voter François Fillon au second tour, contre Alain Juppé allié à NKM, incarnation de « l’écologie bobo », justifiant leur soutien à M. Fillon par « la cohérence de son programme sur la ruralité, l’agriculture et la chasse ».

Faire le choix de l’insoumission et de la résistance 

L’affrontement entre les deux droites cristallise en France une situation qui évolue de manière inquiétante depuis la fin de la COP21. L’axe Poutine-Trump n’est pas une bonne nouvelle pour le climat. Si d’aventure François Fillon participait à ce nouvel axe, les conséquences ne seraient pas seulement visibles au Moyen-Orient ou en Ukraine, mais aussi dans la course à l’exploitation la plus large possible des forêts, du pétrole, du gaz naturel, du charbon, du gaz de schiste ou de l’exportation du nucléaire.

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Rencontre entre François Fillon et Vladimir Poutine en marge du 19e Forum économique international de Saint-Pétersbourg, en Russie, en juin 2015.

Fillon s’est affirmé en se fondant sur l’alliance entre deux mouvements sociaux, celui des pigeons [mouvement d’entrepreneurs de start-up protestant contre la fiscalité en 2012-NDLR] et autres volatiles et celui de la Manif pour tous. Comparaison ne vaut pas raison, mais si l’écologie politique veut compter dans les années qui viennent, et qui seront rudes pour toute la gauche, elle doit réaliser l’alliance entre les aspirations portées par le film Demain et celles du film Merci patron !. Autrement dit, lier la question sociale à celle de l’urgence écologique.

Vu les circonstances, l’heure n’est plus aux candidatures de témoignage, mais au rassemblement et au combat, entre les zadistes et le mouvement contre la loi Travail, entre les lanceurs d’alerte et ceux qui veulent en finir avec la précarité. Faire le choix de l’insoumission et de la résistance est devenu urgent face à cette montée des eaux conservatrices qui risque de submerger notre pays pour longtemps.




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Lire aussi : Il est temps de refonder l’écologie politique

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Photos :
. chapô : Juppé : Wikimedia (Florencecassisi/CC BY 4.0) et Fillon : Wikimedia (Rama/CC BY-SA 2.0 FR)
. Juppé/Clinton : Wikimedia (U.S. Department of State : Bureau of Public Affairs/domaine public)
. Fillon/Poutine : Le Kremlin

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