Les lecteurs défendent Nicolas Hulot : « Il est utile »

9 octobre 2015

L’article « À quoi Nicolas Hulot sert-il ? » a suscité de nombreuses réactions et discussions sur la page Facebook et le courriel de Reporterre. Le plus souvent critiques à l’encontre de notre article, et aussi constructives. En reproduisant une partie des commentaires, le quotidien de l’écologie inaugure une rubrique amenée à devenir régulière, la tribune de ses lecteurs.

Nathalie Delhommeau : Systématiquement critiquer les personnages charismatiques écolos, n’est-ce pas signe qu’on souhaite plus d’eux encore, et/ou qu’ils ne sont pas assez nombreux ? Ou bien qu’on est jaloux ? Rêver d’un leader parfait ? Qui aurait été « parfait » de sa naissance à sa mort ? Cristalliser dans son parcours les passages de sa vie qui, ma foi, n’ont rien de criminel. Alors quoi ? Rabhi, Yann Arthus-Bertrand, Hulot, Mamère, Bové ne sont pas parfaits (ouille ouille ouille) mais ils font un travail incroyable, énorme et nous avons besoin d’eux !

Cette critique systématique me pose deux problèmes :

1) La stratégie de la balle dans le pied : se massacrer nous-mêmes plutôt que de nous encourager ;

2) Ce besoin refoulé de trouver papa ou Dieu dans ces hommes et là, moi, je pense que si nous attendons à ce point trop d’eux, c’est que nous ne sommes pas assez !
Que dirait Illich ? Bien cordialement et vive M. Hulot qui mouille sa chemise, se prend des critiques de tous côtés et pourtant, qui continue le combat !

Emmanuel Michalon : Il ne s’agit en aucune façon, justement, de chercher un leader, mais de se bouger les fesses chacun devant chez soi. Pour cela, nul besoin de leader précis. Beaucoup ont déjà donné le signal d’actions à faire...

Comme les autres images de cet article, cette photo est tirée de la vidéo diffusée par Nicolas Hulot, « Osons »

Michel Camille Uzac : Il faut amener l’ensemble de la société à prendre en compte la problématique climatique. Alternatiba a commencé, Hulot et Yann Arthus-Bertrand, malgré les soutiens d’EDF et de la fondation Bettencourt, œuvrent aussi. Écolo-coaching by Loulou JEDI aussi, moi aussi. Et c’est tous ensemble et avec nos différences que nous gagnerons tous.

Isabelle Le Jeune : OK. Je ne doute pas une seule seconde de la sincérité personnelle de Nicolas Hulot et je reste persuadée qu’il est le seul à pouvoir réconcilier l’écologie et la politique mais je regrette quand même qu’il n’ait jamais prononcé un mot sur l’énergie nucléaire hier soir... Il aurait seulement suffi d’un mot (fissiles) après énergies fossiles et... mais rien, ce n’est pas venu. On sait tous pourquoi, non pas qu’il ne soit pas convaincu que les énergies renouvelables doivent remplacer à terme le nucléaire, mais vis-à-vis d’EDF, il ne peut pas... Et il n’a pas « osé » justement... N’était-ce pourtant pas le moment ? Dommage.

Ginny My  : Euh... Je ne comprends pas trop où vous voulez en venir... Il est étrange votre article... Critique ? Mais de qui : des politiques ou de Nicolas Hulot... ou on ne sait pas trop de qui ? Ou alors, pas critique ?... Enfin, pas clair tout ça. Bon, ça arrive parfois... de parler pour finalement ne rien dire.

Boris Gabriels : Critiquer les gouvernements mais être toujours conseiller du gouvernement ! Ces mêmes gouvernements qui peuvent donc dire : « Vous voyez, Hulot travaille avec nous »... Position très changeante sur le nucléaire (une requête « Hulot nucléaire » sur un moteur de recherche est sidérante) et sur le changement de modèle justement.

Jean-Marc Ferrier : Je suis toujours sidéré de voir la bêtise (c’est un autre mot qui me venait, mais pas politiquement correct...) de certains, une partie d’entre eux, se revendiquant d’ailleurs écologistes... Plutôt que de taper sur Nicolas Hulot (sérieusement, il y en a encore qui pensent qu’il n’est pas sincère ???), ils feraient bien de soutenir ses actions. C’est marrant cette propension qu’ont les Français à systématiquement détruire, à tirer sur tout ce qui a un peu de succès et tout ce qui attire la lumière. L’énergie, c’est pas là qu’il faut la mettre, c’est pas sur les querelles de personnes, les jugements hâtifs et les critiques non constructives qui ne servent à rien, c’est plutôt dans la transition vers un monde plus équilibré.

Anne Kereveur : Il est la seule personnalité à se bouger pour l’écologie en France.

Emmanuel Michalon : Faux. C’est le seul que les pouvoirs et les me(r)dias utilisent parce que ce sont les gens qui l’ont lancé. Ils ont trouvé le médiatique idoine. Il y a des gens, méconnus et qui le resteront volontairement pour échapper au big circus, qui bossent sur le sujet mais comme, à nous les moutons, on nous dit qu’il FAUT une figure...

Florent Camille Gravouil : À faire croire que ça va changer si... il est là, aux commandes. Non, nous n’avons pas besoin de lui et de ses lobbies préférés.

Jack Szabo : En quoi cet article serait-il polémique ? Parce qu’il dit des vérités qui déplaisent ? Qui que nous soyons, un peu sensible à la problématique de l’environnement, sommes-nous toujours irréprochables ? Nicolas Hulot comme Yann Arthus-Bertrand peuvent-ils nous présenter sans gêne leur bilan carbone personnel ?

Nicolas Casaux : Cet article ne fait qu’énumérer, lister, chiffrer, sans vraiment qu’on comprenne si au final tout cela a servi. Enfin je n’ai pas l’impression qu’il réponde à la question « à quoi sert Nicolas Hulot ? »

Hassan Youssef : Eh bien moi je dirais plutôt : à quoi ont servi Duflot, Placé, Pompili, Cosse, de Rugy... ?

Ophélie Blagovanoa : En gros, comment être crédible en écologie quand on se fait financer par des groupes dont les actions ne sont pas écologiques mais capitalistes.

Gyanamata Noël : Restons positifs, Reporterre, nous sommes si peu nombreux.


Mél de Lucas W. :

Cher Reporterre,

Je me permets de t’écrire en tant que lecteur régulier de Reporterre car pour une fois, quelque chose me froisse. Je parle de l’article sur Nicolas Hulot intitulé "À quoi Nicolas Hulot sert-il ?" Sans vouloir faire dans la polémique, et au-delà du ton que je trouve franchement dur et du titre sensationnaliste qui ne trouve pas de réponse, cet article manque d’honnêteté, et c’est je trouve le plus grave.

Plusieurs exemples d’approximations, ou d’informations fausses que contient l’article, que je ne développe pas par souci de faire court :

- L’article dit que "pour cet appel, Nicolas Hulot fait cavalier seul". Ceci est faux. Il suffit de se rendre sur le site de l’appel pour voir que plusieurs réseaux associatifs ainsi que des personnalités diverses soutiennent l’appel. D’ailleurs un lancement de pétition pour rassembler des milliers de personnes, on fait mieux comme "Hulot en Solo".
​​
- Vous pointez du doigt les clients de l’entreprise de com’ par laquelle il est passé. L’article la juge non pas sur ses pratiques sociales et environnementales (que je ne connais pas, et qui aurait pu à la limite être pertinent), mais sur ses clients... Ça me parait un peu mince pour épingler Nicolas Hulot : en quoi les clients de cette boîte l’engage​nt​-ils, lui, ​​en​ quoi que ce soit ? Et dans le même temps, vous ne faites que mentionner la maison d’édition du livre, Les Liens qui libèrent, sans préciser qu’elle est notamment celle du Diplo, d’Attac, ou des Économistes Atterrés, bref "des entités qui respirent l’écologie", pour reprendre les termes de l’article.

- Vous soulignez le fait que sa Fondation est financée par des entreprises privées, et concluez "il ne faudra pas attendre de Hulot qu’il dénonce les déclarations hypocrites et les obstacles à la transition énergétique mis en place par les grands groupes industriels". Or cela est faux, et il suffit de se rendre sur la première page du site de sa fondation pour voir un communiqué où il dénonce explicitement Volkswagen et demande plus de contrôle et de vraies réformes systémiques pour encadrer les entreprises.

- Vous désignez son "apolitisme délibéré", pour sa stratégie d’influence des "sphères de pouvoir". Je ne partage pas la stratégie de Hulot, mais le faire passer pour un doux rêveur apolitique, c’est franchement malhonnête : c’est passer sous silence sa prise de conscience du caractère systémique de la crise, et non pas uniquement individuelle. C’est passer sous silence qu’il partage des critiques à propos de la la croissance verte et pointe la responsabilité des pays riches. C’est passer sous silence les mesures qu’il préconise : taxe sur les transactions financières, démocratie participative, fiscalité carbone, sortie du nucléaire, opposition au TAFTA... Si celles-ci ne sont pas parfaites, elles sont assez ambitieuses et vont plus loin que le statu quo ! Il reste cohérent vis-à-vis de ses positions et critique sur les politiques et le système économique. C’est également passer sous silence son vote pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2012, pas franchement représentant du statu quo sur les questions écologiques...

Qu’Hulot soit redevenu "apartisan", suite à sa mauvaise expérience de la primaire d’EELV, d’accord. Mais dire qu’il n’a pas de vision politique qu’il est uniquement "caution, alibi tardif et bien-pensant", c’est simplement faux.
​​
- Mettre simplement le lien de la vidéo, sans aucune analyse ni même souligner le fait qu’il utilise des éléments très partagés de la "culture jeune" pour essayer de toucher un public délaissé par cette question et sortant des discours hyper-techniques et hyper-fermés, tout en faisant preuve d’autodérision (ce qu’on reproche souvent aux écolos) c’est également dommage. Or, cette vidéo n’est pas creuse, au delà de la forme il y a un vrai message d’action individuelle et collective. Il suffit de faire un petit tour sur les réseaux sociaux (que l’on peut critiquer par ailleurs) pour voir que cette vidéo fonctionne et touche un public que d’autres n’auraient jamais touché (à l’heure où j’écris, plus de 200.000 vues !)

Pour conclure, je comprends parfaitement que l’auteur de l’article ne partage pas la vision ou la stratégie de Nicolas Hulot, c’est son droit, et c’est en partie mon cas. Cependant, utiliser des approximations, c’est dommage. En outre, je pense que ​cela​ nuit à la cause que Reporterre et Nicolas Hulot partage​nt​ au fond, dans des mesures différentes.

Nicolas Hulot n’est pas Yann Arthus Bertrand, il sait que mobiliser l’échelle individuelle est nécessaire mais pas suffisant. Il sait qu’il faut enclencher un changement de modèle et il lutte à sa manière en ce sens.

Nos approches ne sont pas si opposées que ​cela​ :
. Il utilise son rôle médiatique pour mettre en avant des propositions, des solutions, d’ailleurs souvent les mêmes que le mouvement écologiste. ​Il touche des cercles que nous ne touchons pas, nous ne pouvons pas lui enlever ​cela​.
. Il est une porte d’entrée vers les problématiques climatiques et écologiques. Ensuite, à nous de montrer qui porte réellement ces solutions au​​ niveau politique et économique. À nous de montrer la différence entre le projet Hollandiste et celui porté par le mouvement de l’écologie, les Alternatiba ou les ZADs.

Amitiés écologistes d’un vieux jeune (ou l’inverse) compagnon de route,

Lucas



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Lire aussi : À quoi Nicolas Hulot sert-il ?

Source : Commentaires postés sur la page Facebook de Reporterre et reçus sur l’adresse de la rédaction planete (arobase) reporterre.net

Photos : Captures d’écran de la vidéo de Break The Internet de Nicolas Hulot.

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