Les plantes aussi souffrent de la pollution de l’air

28 janvier 2017 / Christine Laurent (Reporterre)



La concentration de particules fines dans l’air a rendu malsain le voyage jusqu’au Jardin sans pétrole. Elle a, en revanche, fait émerger une interrogation : comment les plantes réagissent-elles à la pollution de l’air ?

À quoi bon prendre le vélo pour aller au jardin ? Cette fin de semaine (les 21 et 22 janvier), les particules sont partout en Ile-de-France. La vallée de la Juine n’est pas épargnée. Sur la carte d’Airparif, du rouge partout, qui par endroit vire au cramoisi, pointant les territoires au-dessus desquels l’air concentre plus de 100 ppm (parties par million). Cette concentration concerne les PM10, à savoir des particules de poussières dues à la combustion des énergies fossiles, mais aussi du bois. Leur taille est de l’ordre de la cellule, voire beaucoup moins. Elles sont malvenues dans les poumons, où elles pénètrent d’autant plus profondément qu’elles sont fines. Elles contiennent un cocktail de molécules chimiques dans la composition desquelles les métaux lourds ne sont pas les moindres.

En ces jours de pics de pollution, nous ne sommes pas les seuls à avoir du mal à respirer. Les effets de ces particules sur la santé humaine commencent a être connus, mais les études de leurs conséquences sur les animaux — autres que les mammifères — et sur les végétaux, notamment les plantes potagères, sont plutôt rares.

En effet, les études ont porté sur la protection que l’on pouvait attendre de la végétation, notamment la capacité plus ou moins grande du feuillage à piéger les particules. Ainsi, il est apparu que les arbres et arbustes sont plus efficaces pour attraper les particules fines quand leur frondaison est importante. Les conifères sont particulièrement intéressants, car ils gardent leurs feuilles toute l’année et leurs aiguilles sont plus adhésives que les feuillus, retenant mieux lesdites particules.

Les échanges gazeux et les introductions malignes de particules

Cependant, celles-ci ne restent pas seulement en surface attendant la pluie pour glisser au sol et rejoindre les rivières. Elles pénètrent aussi dans les tissus. Les plantes respirent via les stomates, des petits orifices présents dans l’épiderme des feuilles, le plus souvent sur la face inférieure. C’est par elles que se font les échanges gazeux et les introductions malignes de particules. Les plantes potagères avalent ainsi des particules toxiques en absorbant le dioxyde de carbone.

En 2014, des chercheurs de l’université de Lille ont étudié des choux poussant dans un milieu ambiant plombé (lien vers l’étude). D’abord en analysant le contenu moléculaire des particules présentes dans l’environnement d’une usine de recyclage de batteries de la région de Toulouse, puis en exposant des choux dans l’enceinte de l’usine pendant six semaines.

Leurs résultats ont montré une accumulation assez importante de plomb à la surface des feuilles, mais aussi dans les feuilles elles-mêmes avec la présence de nécroses. Les expériences qu’ils ont ensuite menées en milieu confiné pour comprendre comment les feuilles absorbent et accumulent les particules métalliques n’ont pas duré assez longtemps (moins de 15 jours) pour tirer des conclusions sur la manière dont le transfert des particules chimiques opèrent et affecte les plantes. Affaire à suivre, donc.

Moi qui pensais naïvement que le danger venait de la pollution des sols, mes recherches sur les PM10 ne m’ont pas rassurée. Pour manger local, il va falloir pédaler local !
 




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Lire aussi : Le pic de pollution cache la permanence de la pollution de l’air

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photo :
. chapô : Un stomate d’une feuille de plant de tomate. Wikipedia (domaine public)

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