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Les plantes comestibles colonisent les jardins publics de Londres

6 juillet 2015 / Mathilde Gracia (Reporterre)

Planter des arbres et des légumes près de chez soi pour occuper l’espace intelligemment, c’est l’activité de quelques habitants de Londres. Dans le parc de leur quartier, ils viennent se détendre et prendre en main leur alimentation, encouragés par l’entreprise sociale Social Landscape.


- Londres, correspondance

« J’ai apporté des vers », annonce Heather un sac de papier marron à la main. Sous le soleil brûlant de Londres, Mich la regarde un sourire aux lèvres. Ils ouvrent le sac : ce sont bien des vers couleur rougeâtre qui grouillent dans la terre humide. « Je vais quand même prendre des gants », prévient Mich en riant avant de les placer dans le bac de plantes, sous l’œil amusé d’Heather, ravie de voir que les habitants de ses deux bennes à compost « vont enfin servir ».

Dans ce jardin du sud de la capitale, le Streatham Hillside Garden situé dans l’arrondissement de Lambeth, une dizaine de riverains se sont approprié les lopins de terre pour y faire pousser des plantes comestibles, grâce à l’entreprise Social Landscape. Au milieu des terrains de jeu, de basket, de tennis ce samedi, le parc vit au rythme des cris d’enfants.

Dev, Heather et Mich

« C’est tellement agréable de sortir en plein air, se délecte Heather, qui vit à quelques pas de la verdure, Mon propriétaire ne veut pas faire de jardins, donc je viens ici pour donner un coup de main. » En ce mois de juin, il leur reste des épinards de la saison dernière, quelques feuilles de salade et de la roquette.

Un jardinage cosmopolite

A l’image de Londres, ici les habitants viennent des quatre coins du monde. Heather est originaire du Zimbabwe : « Là-bas tout le monde pense qu’en Angleterre on a juste à jeter les graines dans la terre et que ça pousse tout seul, mais en réalité c’est difficile et ça demande beaucoup de temps ! » Sur une parcelle surélevée, dans le fond du parc, Dev saupoudre des graines de brocoli et de haricots de toutes sortes sur son carré de plantation. Ce quadragénaire a travaillé sur une ferme biologique en Australie et vécu en communauté en Nouvelle Zélande en pratiquant le woofing, une forme de tourisme où les voyageurs sont hébergés chez des agriculteurs qu’ils aident en échange du logis.

Dev

Autant d’expériences qui l’ont convaincu de changer de vie. Depuis environ un an, il a quitté son travail d’ingénieur civil pour « gagner moins mais avoir plus de temps libre ». Résultat, il passe près de la moitié de la semaine les mains dans la terre. « Au moins je m’assure que ma nourriture n’est pas toxique et je sais d’où elle vient, dit-il. Si les gens faisaient pousser plus on aurait moins besoin de l’agriculture intensive. » A terme, il aimerait pouvoir se nourrir presqu’exclusivement grâce à son potager.

Des arbres fruitiers pour les générations futures

Envahir les espaces verts de variétés comestibles, c’est l’objectif de Mich Thill, à la tête de Social Landscape. Arrivé à Londres il y a environ trois ans, ce Luxembourgeois a d’abord travaillé pour une entreprise en tant que jardinier. « Puis j’ai voulu me consacrer à ce que j’aime vraiment. » Il y a deux ans, il lance alors Social Landscape, aujourd’hui devenue une petite entreprise sociale qui aménage les jardins de particuliers notamment sur les toits, propose de l’éducation à l’environnement dans les écoles et offre des formations en permaculture.

« Les gens pensent qu’ils vont apprendre des choses sur le jardinage lorsqu’ils prennent un cours de permaculture, mais ils apprennent tellement d’autres choses sur la communauté », dit-il enthousiaste. Parmi ses salariés, Mich recrute principalement des personnes en réinsertion ou au chômage. Aujourd’hui la structure compte environ cinq employés dont quelques indépendants.

En plus du travail rémunéré, Mich intervient dans les parcs et jardins publics. Les récentes coupes dans les budgets des espaces verts dans les arondissements de Londres signifient moins de fonds pour ceux qui entretiennent les parcs, mais aussi une prise de pouvoir sous forme de coopérative qui permet aux associations et aux riverains de décider de l’avenir de ces lieux.

La fierté de Mich à Streatham, ce sont les deux-cents arbres fruitiers plantés sur le périmètre du parc le long des grillages. Mich les cherche dans la végétation, « et en voici encore un ! ». Des arbustes de différentes variétés de petites pommes comestibles qui, il espère, donneront des fruits dans quelques années pour les habitants du quartier. « Je veux que ça devienne normal pour les gens de se balader et de cueillir des fruits qui appartiennent à tout le monde », explique-t-il.

Mich

Dans l’avenir, il imagine de grandes fêtes locales où tout le monde viendrait partager ses fruits et légumes. « La nourriture que nous plantons dans les parcelles demande beaucoup de temps et pour l’instant les gens s’en occupent mais je ne sais pas ce qu’il en sera dans dix ans, dit Mich. Avec les arbres fruitiers c’est différent, en les mettant en terre on a vraiment l’impression de faire quelque chose pour les générations futures. »



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Lire aussi : A Lisbonne, les parcs deviennent des potagers urbains

Source et photos : Mathilde Gracia pour Reporterre

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