« Les poissons ressentent la douleur » : à Paris, une compétition de pêche a été interdite
L'épreuve devait se dérouler le 15 novembre 2025 sur les canaux du 19e arrondissement de Paris. (Photo d'illustration) - © Monica Dalmasso / hemis.fr / Hemis via AFP
L'épreuve devait se dérouler le 15 novembre 2025 sur les canaux du 19e arrondissement de Paris. (Photo d'illustration) - © Monica Dalmasso / hemis.fr / Hemis via AFP
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La mairie du 19e arrondissement de Paris a interdit une épreuve du Junior Fishing Tour, une compétition de pêche pour les jeunes. Une décision prise par « respect de la condition animale ».
Pas de pêche. La mairie du 19e arrondissement de Paris a décidé d’interdire la tenue, sur son territoire, de l’étape parisienne du Junior Fishing Tour, une épreuve du Championnat de France des jeunes, qui devait se dérouler le 15 novembre sur les canaux parisiens. La décision, prise selon la mairie par « respect de la condition animale », a suscité une vive réaction du monde de la pêche de loisir.
« Il y a de l’énervement, explique Adrien Aries, chargé de mission à la Fédération de pêche de Paris, la section locale de la Fédération nationale (FNPF), qui organise le Junior Fishing Tour avec la Fédération française des pêches sportives (FFPS). On n’est pas tellement surpris, on savait que ça arriverait un jour ou l’autre. Mais le fait que ce soit [une compétition] pour des enfants, on trouve ça encore plus inadmissible. Les enfants, ils ne comprennent pas ce qu’ils font de mal, ils ont envie d’aller au bord de l’eau parce que c’est le seul bout de nature qu’ils ont à côté de chez eux. »
L’étape annulée, qui a finalement été déplacée dans une commune du Val-de-Marne, devait en effet réunir des adolescents de moins de 18 ans majoritairement issus de Paris et de la petite couronne, presque tous inscrits dans des écoles de pêche.
Une manipulation des poissons
« dans ce cas-ci violente et traumatisante »
Un arrêté préfectoral interdit toutefois, pour des raisons sanitaires, la consommation des poissons pêchés dans les eaux parisiennes. À ce cadre réglementaire s’ajoute la lecture des élus écologistes du 19e arrondissement, qui mettent en avant la dimension éthique de la manipulation d’animaux pour le loisir.
« Le respect de la condition animale et la protection de notre faune locale sont les premières raisons [de l’annulation], explique Andreas Pilartz, adjoint de la mairie (socialiste) du 19e chargé de la transition écologique. Nous considérons aussi que, d’un point de vue éducatif, la manipulation des animaux, dans ce cas-ci violente et traumatisante, à des fins de loisir n’est pas un projet à encourager chez les jeunes. »
Il s’agit d’une « décision brutale, incompréhensible, dont les conséquences touchent directement des dizaines d’enfants investis, encadrés, licenciés et passionnés », a dénoncé de son côté le Collectif des pêcheurs récréatifs (Copere) dans un communiqué du 17 novembre.
Pour l’association Projet Animaux Zoopolis (PAZ), engagée contre la pêche de loisir à Paris, l’interdiction de la mairie représente un tournant. « Pour nous, c’est une bonne nouvelle, témoigne Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ. Il n’y a rien de pire que d’apprendre à des jeunes à blesser des animaux sous couvert du loisir et du divertissement. » L’association réclame toutefois une mesure plus large et appelle la Ville de Paris à interdire totalement la pêche de loisir, sans condition ni dérogation.
En 2023, des élus du groupe écologiste avaient déjà fait le vœu d’interdire la pêche de loisir dans la capitale — une demande qui avait été refusée par le Conseil de Paris.
Le « no-kill » dans le viseur
Le cœur du débat repose sur une question scientifique et morale : déterminer si la pêche « no-kill » (« pas de mise à mort ») peut réellement être considérée comme compatible avec le bien-être animal. « Aujourd’hui, il y a un consensus scientifique sur le fait que les poissons ressentent la douleur », explique Amandine Sanvisens. L’association s’appuie sur la Déclaration de New York sur la conscience animale, signée par plus de 200 chercheurs en 2024, qui reconnaît une subjectivité chez les poissons.
Cette position est renforcée par l’existence de comportements non réflexes, de stratégies d’apprentissage liées à la douleur, et d’états émotionnels tels que le stress ou l’anxiété chez de nombreuses espèces de poissons, explique l’association.
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À l’opposé, nombre de pêcheurs invoquent des travaux critiques, dont l’étude Diggles et al (2024), mettant en cause certaines publications sur la sentience des poissons et accusant une partie de la littérature scientifique de confondre douleur et nociception, soit la douleur déclenchée par une agression de l’organisme.
La Fédération de pêche insiste également sur la pratique du « no-kill ». Lors des compétitions, les poissons sont « remis à l’eau immédiatement », dit Adrien Aries. Il précise : « Le poisson est pêché et l’hameçon, il est tout de suite retiré. Il est posé sur une toise préalablement mouillée pour préserver le mucus du poisson. Il est mesuré rapidement. Une petite photo et il repart à l’eau. Le poisson va passer trente secondes ou une minute en dehors de l’eau, il n’y a aucun problème pour lui. »
Une version que rejette l’association PAZ. Pour elle, sortir des poissons de l’eau — même brièvement — revient à provoquer une forme d’asphyxie, puis à les remettre à l’eau « comme des jouets », selon les mots d’Amandine Sanvisens. L’association estime ainsi que, même pratiquée sans tuer, la pêche de loisir demeure incompatible avec la protection animale qu’elle défend.
La bataille autour de la pêche à Paris est loin d’être terminée. La mairie du 19ᵉ assume une orientation politique durable : « À l’avenir, nous continuerons à ne pas encourager la pêche de loisir dans la capitale et une interdiction reste bien sûr envisageable. »