Pêche industrielle : les 3/4 des bateaux opèrent sans être localisables
De 72 à 76 % des bateaux de pêche coupent leur AIS afin de pêcher sans être localisables – probablement parce que leurs activités sont illégales. - Pexels / CC / mali maeder
De 72 à 76 % des bateaux de pêche coupent leur AIS afin de pêcher sans être localisables – probablement parce que leurs activités sont illégales. - Pexels / CC / mali maeder
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Les trois quarts des bateaux de pêche du monde opèrent en catimini, révèle une étude menée par l’ONG Global Fishing Watch en partenariat avec des chercheurs des universités de Duke et du Wisconsin, et publiée le 3 janvier dans la revue scientifique Nature.
Grâce à l’exploitation de données satellites, les chercheurs ont réussi à dresser un panorama réaliste du trafic maritime sur l’ensemble des eaux côtières du monde entre 2017 et 2021. Les zones étudiées ne représentent que 15 % de la surface des océans, mais 75 % des activités industrielles maritimes.
Une intelligence artificielle leur a permis de distinguer les structures immobiles (par exemple les éoliennes) et les différents types de bateau (cargos, navires de pêche…). Ils ont ensuite comparé leurs données à celles du système officiel de surveillance du trafic maritime, le système automatique d’identification (AIS). Cela leur a permis d’établir que 72 à 76 % des bateaux de pêche coupaient leur AIS afin de pêcher sans être localisables – probablement parce que leurs activités sont illégales, ou parce qu’ils ne veulent pas que leurs zones d’opération soient connues. À titre de comparaison, seuls 21 à 30 % des cargos naviguent sans leur AIS allumé.
Des « vaisseaux muets » nombreux en Asie
Les « dark vessels » – ou « vaisseaux muets » – sont particulièrement nombreux en Asie. L’étude montre que 96 % de la pêche industrielle est indétectable dans les eaux indiennes, vietnamiennes et malaisiennes, 98 % dans les eaux thaïlandaises, et 99 % dans les eaux philippines et nord-coréennes. Globalement, l’Amérique du Nord est en capacité de suivre seulement 17 % de ses bateaux, contre 22 % pour l’Asie et l’Afrique, et 61 % pour l’Europe.
Ces données montrent également que l’Asie domine la pêche industrielle. Alors que les données fournies par les systèmes automatiques d’identifications des navires suggéraient que l’Europe et l’Asie avaient une activité de pêche comparable, cette nouvelle étude montre que l’Asie concentre, à elle seule, 70 % de toutes les détections de navires de pêche. « Près de 30 % de tous les navires de pêche cartographiés étaient concentrés dans la seule zone économique exclusive (ZEE) de la Chine », écrivent les auteurs.
Ils espèrent que leurs outils permettront d’améliorer notre compréhension des activités humaines en mer, de mettre au jour les « points chauds de la pêche illégale », et de mieux suivre les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités maritimes.