Les zadistes et opposants de Notre-Dame-des-Landes attendent 2016 de pied ferme

22 décembre 2015 / Nicolas de la Casinière (Reporterre)



La ZAD de Notre-Dame-des-Landes sera-t-elle évacuée ? Alors que les signaux se multiplient sur la scène politique, les anti-aéroport s’organisent et mobilisent. Et convient à une journée d’action le 9 janvier. Avant un chantier solidaire à la fin du mois.

- Nantes, correspondance

Il affirme sa volonté d’en finir. Bruno Retailleau, nouveau président de la région des Pays de la Loire, en avait fait un engagement de campagne. La première sortie publique du nouveau président de droite prévoyait une entrevue avec Manuel Valls pour demander l’expulsion sans délai des zadistes. Bruno Retailleau voit cette persistance des occupations comme un « symbole de l’impuissance de l’État, de l’affaissement de l’autorité de l’État ».

La rencontre avec Valls a eu lieu au Sénat le 15 décembre. La région ne pilotant pas le dossier du maintien de l’ordre, l’ancien lieutenant de Philippe de Villiers passé à l’UMP et désormais étiqueté Les Républicains ne peut que faire une requête insistante. Mais les échanges entre le président de la région et le Premier ministre laissent place au flou et cachent un éventuel calendrier confidentiel. Travaux, évacuation, les deux ? « Depuis les déclarations de Ségolène Royal [exprimant fin octobre sa grande réserve sur la pertinence du projet d’aéroport nantais], le Premier ministre n’avait pas repris la parole. Ce n’est pas anodin, cette annonce à un président de région nouvellement élu. Mais évidemment, il faut que les travaux suivent immédiatement l’évacuation, sinon ce n’est pas la peine. Oui, c’est vrai, pour une question d’espèces protégée, la porte se referme en mars. Bien évidemment, le Premier ministre n’a pas donné de date », explique à Reporterre Louis-Marie Leroy, le nouveau directeur de cabinet de Bruno Retailleau.

« Assurer la sécurité et la compétitivité des Pays de la Loire »

L’évacuation en question concernerait une soixantaine de sites d’habitation, sans compter les fermes des paysans historiques, déclenchant forcément un soutien de tout le mouvement antiaéroport, paysans de la région inclus. « Manuel Valls est favorable aux travaux et il sait parfaitement que pour pouvoir commencer les travaux, il faudra évacuer, c’est tout ce que je peux dire », a expliqué Retailleau à la chaîne Public Sénat.

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Bruno Retailleau en 2010.

« Le Premier ministre m’a confirmé sa volonté d’engager les travaux. Je lui ai dit que je serai très attentif au calendrier, qui témoignera de la volonté et de la capacité du gouvernement à assurer la sécurité et la compétitivité des Pays de la Loire », avait fait savoir Bruno Retailleau. Aucun commentaire côté Matignon.

La posture du nouveau président de région est dans la droite ligne de son prédécesseur socialiste, Jacques Auxiette, qui, sans en avoir le pouvoir, a maintes fois réclamé l’évacuation musclée de la ZAD, avec recours à l’armée « comme au Mali », oubliant que l’Opération Serval a causé officiellement de 200 à 300 morts, casques bleus, soldats maliens, français, tchadiens, et djihadistes.

De la place dans les hôtels...

« Différentes sources proches du dossier affirment qu’une dizaine d’hôtels de l’agglomération nantaise et du pays de Retz ont été réservés par la gendarmerie pour janvier », affirme le quotidien nantais Presse-Océan le 15 décembre.

Renseignement pris auprès de deux hôtels du nord de Nantes de 300 et 81 chambres, qui ont dans le passé accueilli les forces de l’ordre, les chambres n’ont pas l’air indisponibles. Des amis de Reporterre ont pu y réserver pour un groupe d’une vingtaine de personnes pendant une semaine, première ou deuxième semaine de janvier, il y a de la place. Westotel, qui dispose de 300 chambres, propose une douzaine de chambre à prix préférentiel pour la première semaine, tarif plein la seconde semaine, « la demande étant plus forte à cette date ».

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Étape de la tracto-vélo reliant Notre-Dame-des-Landes à Paris, fin novembre.

Du côté du mouvement anti-aéroport, habitants et paysans sur le terrain, la menace est cependant prise au sérieux. Le mois de janvier voit se multiplier les déplacements dans les comités locaux de toute la France et replace l’objectif : l’abrogation de la DUP, la déclaration d’utilité publique, condition sine qua non de l’abandon du projet. Objectif stratégique qui peut se retrouver totalement bousculé par une tentative d’évacuation militaire, ré-édition de l’opération César qui avait échoué en novembre 2012. Mais depuis des mois sont échafaudés des plans de blocage et d’interventions militantes en riposte à une intervention policière, tant sur place et aux abords de Nantes que dans le reste de la France. Depuis l’été dernier, des affiches ont été publiés et collées : « En cas de démarrage des travaux et d’expulsion de la ZAD, mobilisations, occupations blocages. »

Journée d’action le 9 janvier

Les appels à la remobilisation passent aussi par les rendez-vous déjà programmés. Une journée d’action est prévue le 9 janvier dans toute la France. Depuis plusieurs mois, des liens sont renoués pour raviver le réseau des comités de soutiens à la lutte de Notre-Dame-des-Landes. Il comptait deux centaines de groupes dans tout l’Hexagone aux lendemains de l’Opération César, fin 2012. Cortège alliant tracteurs et vélocipèdes, une tracto-vélo, comme celle qui a relié la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à Versailles pendant la COP 21, est prévue ce 9 janvier, ainsi qu’une marche dans la région.

Fin octobre, la préfecture de Loire-Atlantique a rendu public un appel d’offres pour les travaux de débroussaillage de la zone et le rétablissement des accès. Pied de nez à cette annonce, les zadistes ont lancé un grand programme de travaux solidaires avec des « lots à pourvoir » pour autant de chantiers sur divers sites de la ZAD : clôtures à installer, douches à rénover, débroussaillage des ronces, coupes de haies, construction d’un mur d’escalade collectif ou aménagement intérieur de l’Auberge des Q de plomb, qui réunit tous les mois les paysans voisins et militants du mouvement. Candidature éligible à « toutes celles et ceux qui participent à la lutte dans la région et bien au-delà, qu’ils soient organisés en comités ou en groupe d’amis ».

Selon l’appel d’offre officiel du « comité de pilotage pour un avenir sans aéroport », le marché est voué « à renforcer les structures collectives, matérielles, agricoles, défensives et festives existantes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il s’agit de travaux divers, adaptés à tous les goûts et à tous les corps de métier. Les chantiers mentionnés devront être effectués, ou tout au moins sérieusement démarrés, les 30 et 31 janvier 2016 ». Fourches, marteaux, pinceaux et bonnes volontés sont invitées à poursuivre tout au long de l’année. Chaque lieu-dit, chemin, lieu de vie ou d’activité concerné sera jumelé avec un lieu choisi par le groupe concessionnaire « dans sa bourgade ou son quartier, pour que les échanges se prolongent bien au-delà du week-end ». La liste complète des chantiers proposés est disponible sur zad.nadir.org. Toutes les candidatures seront retenues. Dossiers à envoyer avant le 10 janvier : appeldoffreszad@riseup.net




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Lire aussi : Monsieur Retailleau, avec Notre-Dame-des-Landes, ne trahissez pas la jeune génération

Source : Nicolas de la Casinière/Reporterre

Photos : © Isabelle Rimbert/Reporterre
. Chapô : Sur la ZAD de NDDL, « Respectez l’existence ou attendez-vous à la résistance ».
. Retailleau : Wikimedia (Olivier Ezratty/CC BY-SA 3.0)

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