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ReportagePolitique

Écologistes, malades du cancer, scientifiques... Ils se rebellent contre la loi Duplomb

Rassemblement contre la loi Duplomb à Paris, le 27 mai 2025.

Malgré la motion de rejet votée à l’Assemblée, la gauche écologiste n’abandonne pas le combat contre la loi Duplomb. Indignée, elle s’est rassemblée pour faire valoir ses alternatives pour l’agriculture.

Paris, reportage

Le passage en force à l’Assemblée nationale n’a pas étouffé la colère des opposants à la loi Duplomb. Associations écologistes, scientifiques, malades du cancer… De nombreuses voix de la société civile se sont élevées pour dire leur indignation après le vote, le 26 mai, par les députés du centre et de la droite, d’une résolution de rejet « tactique » contre leur propre texte, pour éviter un débat en séance plénière et envoyer le texte décrié directement en commission mixte paritaire.

« Depuis plus de vingt ans, des études alarmantes pointent un déclin de 20 à 40 % des insectes pollinisateurs. Oui, les pesticides sont dangereux, et oui, ils sont remplaçables. De nombreuses alternatives durables sont déjà mises en œuvre par des agriculteurs courageux et visionnaires », dit Alexandre Barraud, scientifique et militant à l’association Pollinis, au cours d’un rassemblement organisé, le 27 mai, à quelques dizaines de mètres de l’Assemblée nationale, réunissant notamment les organisations réunies au sein du collectif Nourrir.

«  Oui, les pesticides sont dangereux, et oui, ils sont remplaçables  », explique le scientifique Alexandre Barraud. © NnoMan Cadoret / Reporterre

La loi Duplomb prévoit de réintroduire des pesticides dangereux, d’encourager l’épandage par drones, de favoriser la construction de mégabassines et de fermes-usines, de détruire les zones humides et d’affaiblir l’indépendance de l’Anses, l’agence nationale chargée d’évaluer et d’autoriser la mise sur le marché des pesticides.

La bataille politique autour de ce texte, néanmoins, n’est pas terminée. La commission mixte paritaire doit se réunir d’ici une dizaine de jours, avec sept députés et sept sénateurs, que les associations environnementales espèrent convaincre de voter contre, profitant des hésitations au sein du bloc centriste.

« Il y a une majorité sociétale sur ces sujets »

Le texte issu de la commission mixte paritaire devra ensuite être voté en plénière. Et il pourra être contesté devant le Conseil constitutionnel. « Que ce soit sur le fond ou sur la méthode, nous ne manquons pas d’arguments », indique un attaché parlementaire Les Écologistes.

Ce temps politique doit offrir une fenêtre à la mobilisation militante, espère Marie Pochon, députée écologiste. « Il faut faire des tractages, des meetings et des mobilisations. Il y a une majorité sociétale sur ces sujets. Nous le savons », dit-elle.

Fleur Breteau, du collectif Cancer colère. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Devant une enfilade bigarrée de drapeaux et banderoles, Fleur Breteau s’empare du micro pour s’adresser, à distance, aux députés favorables au texte. Elle-même malade de son deuxième cancer, en cours de chimiothérapie, elle vient de fonder le collectif Cancer colère, pour « politiser la question du cancer » : « Allez-vous voter pour que le cancer devienne un rituel inévitable dans nos vies ? » lance-t-elle.

Émue et révoltée par les témoignages des malades qu’elle croise durant son propre parcours de soins, Fleur Breteau s’est décidée à passer à l’action en prenant connaissance de la loi Duplomb : « Malades, ex-malades et futurs malades, unissons nos énergies et nos colères pour visibiliser les causes structurelles du cancer : les pesticides et les inégalités sociales. Le cancer est la deuxième cause de mortalité chez les enfants et on dénombre 450 000 nouveaux malades chaque année. Or, ni les pratiques individuelles, le tabac et l’alcool, en forte baisse depuis des décennies, ni le vieillissement de la population n’expliquent cette explosion systémique de la maladie. »

La loi de la FNSEA

La loi Duplomb, en passe de devenir un symbole pour la gauche et le mouvement écologiste, a été rédigée et portée par la FNSEA. Le syndicat agricole, partisan d’un modèle productiviste, focalise donc les critiques. « La FNSEA n’a jamais été aussi faible aux élections professionnelles, mais elle n’a jamais eu autant de pouvoir sur le gouvernement », accuse Aurélie Trouvé, députée La France insoumise et ancienne ingénieure agronome.

« Elle sait parfaitement que la discussion sur les pesticides, les maladies infantiles ou professionnelles, lui est défavorable dans l’opinion publique, poursuit l’élue. Il a donc été choisi d’éviter le débat, en poussant à une nouvelle forme de 49.3 ».

Lire aussi : Loi Duplomb : un texte écocidaire rédigé par la FNSEA

Le débat oppose deux modèles de société et deux conceptions de l’agriculture. « Il y a une large mobilisation des citoyens et des agriculteurs contre cette loi », dit Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne. « Nous n’avons pas besoin d’usines de 400 à 500 bovins, de mégabassines, de pesticides tueurs d’abeilles, toxiques pour notre santé. Des alternatives existent. L’agriculture biologique et l’agroécologie paysanne se vit dans nos fermes, au quotidien. Et ça marche. »

Selon un sondage du collectif Nourrir, seuls 4 % des agriculteurs répondants se disent préoccupés par « l’interdiction et la réduction de l’usage des phytosanitaires », quand ils sont 21 % à s’inquiéter du dérèglement climatique.

Harmoniser ? Oui, mais « par le haut »

Plusieurs voix tiennent néanmoins à répondre à un des principaux arguments des défenseurs de cette loi, selon qui l’interdiction des néonicotinoïdes entraîne une concurrence déloyale entre les agriculteurs français et leurs concurrents étrangers, qui ne sont pas soumis aux mêmes règles.

« C’est vrai qu’il y a un besoin d’harmonisation, mais elle doit être faite par le haut. Nous demandons des prix minimum d’entrée, au-dessous desquels les produits importés ne pourront pas être vendus », dit Nina Lejeune, de la Confédération paysanne.

83 % des Français sont contre la réautorisation des néonicotinoïdes. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Député de Picardie, affilié au groupe écologiste et social, François Ruffin revendique son engagement contre les néonicotinoïdes, mais souligne la nécessité de répondre à ce problème de concurrence déloyale. « Ce qui a fait du mal à la betterave, c’est Bruxelles, plus que le puceron, dit-il. La Commission européenne a dérégulé le marché et précipité la crise. »

La manière avec laquelle passe la loi Duplomb doit être vue comme « un symptôme » d’une impasse de l’écologie politique, prévient cette figure de la gauche, qui poursuit : « Une telle loi ne passerait pas sans point d’appui populaire. C’est une alerte qui devrait nous inciter à retrouver une écologie populaire, qui rime avec authenticité de la vie. »

Lire aussi : Agriculteurs, ils disent non à la loi Duplomb

Générations futures s’attaque de son côté aux « mensonges » de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, distillés dans et en dehors de l’hémicycle sur l’acétamipride, néonicotinoïde qui doit être réintroduit par cette loi, sous pression, notamment, des betteraviers.

« Elle prétend qu’il serait moins dangereux. C’est faux. Il y a plus d’une vingtaine d’études qui montrent que ce produit a des effets sur les abeilles. Elle prétend qu’on en retrouve “dans tous les insecticides domestiques, dans les colliers des animaux domestiques”. Nous avons vérifié et c’est faux également », dit Nadine Lauverjat, de Générations Futures.

L’association rappelle également que 83 % des Français sont contre la réautorisation des néonicotinoïdes, selon un sondage Ifop qu’elle a commandé en avril.


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