Macron ou abstention ? Six personnalités engagées répondent

29 avril 2017 / Martin Cadoret (Reporterre)



Que faire au second tour de l’élection présidentielle entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ? Reporterre a demandé à Txetx Etcheverry, Claire Nouvian, Nnoman Cadoret, François Durpaire, Marine Tondelier, et Charlotte Marchandise ce qu’ils et elles comptaient faire.

Txetx Etcheverry : « Il faut combattre les politiques antisociales qui nourrissent le FN »

Txetx Etcheverry est co-fondateur de l’association Bizi et d’Alternatiba. Il appelle à un rassemblement le 1er mai à Bayonne.

Bizi ne donne jamais de consigne de vote. On est un mouvement apartisan et on appelle à se mobiliser à la fois contre le FN — que l’on appelle F Haine — et contre Macron, même si on ne les met pas sur le même plan. Le FN est l’ennemi absolu et on appelle à se mobiliser contre lui, comme toujours. Macron, c’est la promesse d’une offensive antisociale anti-écologique... Il ne faudrait pas qu’il bénéficie d’un chèque en blanc, qu’il se sente légitime pour détricoter les acquis sociaux et aggraver tous les problèmes sociaux et écologiques. Ce qui est sûr, c’est que le FN se nourrit des politiques antisociales qui se succèdent quinquennat après quinquennat. À court terme, l’enjeu est que le FN ne passe pas maintenant… mais ne passe pas non plus dans cinq ans avec beaucoup plus de hauts fonctionnaires, de députés, de capacités à gouverner. Il faut voir plus loin que la semaine prochaine. Le message est clair : il ne suffit pas de voter contre Le Pen, il faut aussi combattre de la manière la plus vigoureuse les politiques antisociales qui nourrissent le FN. Comme cela, on le combat à court, à long et à moyen terme.


Claire Nouvian : « Avec Marine Le Pen, on irait trop loin en arrière, les dommages seraient trop grands »

Claire Nouvian est directrice de l’association Bloom, qui lutte contre le chalutage profond.

Évidemment, je vais voter Emmanuel Macron et j’appelle tous ceux qui ont des doutes, qui contemplent l’abstentionnisme ou le vote blanc comme une solution, à reconsidérer leur choix. Avec mon association, je travaille au contact de la sphère politique et je vois ce qu’il est déjà possible de faire aux garde-fous de la démocratie. Avec Marine Le Pen, on irait trop loin en arrière, les dommages seraient trop grands. En même temps, je suis excessivement inquiète parce que j’ai vu qu’Emmanuel Macron n’avait ni culture ni souci de l’écologie. Je vois bien qu’autour de lui, les gens rassurent en disant : « Il est intelligent, il peut entendre. » S’il n’a pas été approchable et « convaincable » pendant une période électorale… j’ai de grands doutes pour la suite. Ma plus grosse crainte est un président favorable au Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada. Cela voudrait dire qu’il n’aurait rien compris aux enjeux économiques et sociaux du XXIe siècle.


NnoMan Cadoret : « Ce que le FN voulait, le PS l’a fait »

NnoMan Cadoret est photographe indépendant au sein du collectif Œil.

Je n’irai pas voter. Vue la configuration de ce second tour, je ne veux donner du poids ni à l’un ni à l’autre. Il n’est pas légitime d’avoir à choisir entre un ultralibéral et une ultraraciste. Donc je vais passer la journée en famille, ça sera très bien. Je ne pense pas que Marine Le Pen passera. Et j’assume le risque que, si elle passe, ce sera en partie à cause de mon non-vote. Le chantage au front républicain, on l’a tellement entendu que, pour moi, c’est mort. Si on avait eu le droit à une politique réellement de gauche de la part du gouvernement, c’est un discours qu’on aurait mieux accepté. Mais quand on voit un gouvernement PS faire une chasse aux réfugiés digne d’élus très à droite, quand on voit le nombre d’expulsions de sans-papiers… Ce que le FN voulait, le PS l’a fait. J’ai l’impression que le FN ne va rien changer. Pour moi, le barrage au FN ne se fait pas dans une élection. Si on ne veut pas que ça empire, il y a plein de champs possibles avant les urnes. Il ne fallait pas attendre le 23 avril pour se dire que le vivre ensemble est en péril.


Marine Tondelier : « À Hénin-Beaumont, le FN, ce sont des pratiques très violentes »

Marine Tondelier est auteure de Des nouvelles du Front et opposante EELV à la mairie d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).

Aux totems éculés de « front républicain », de « barrage au FN », et de « vote utile », je préfère raconter ce que je vis ici, et je fais confiance aux gens pour prendre la bonne décision. À Hénin-Beaumont, le FN, ce sont des pratiques très violentes contre l’opposition municipale, le harcèlement des journalistes locaux… Quant aux associatifs, soit ils vont dans le sens de la marche, soit ils doivent descendre du train.

On ne s’est pas levé le lendemain des élections dans une ville qui aurait complètement changé en une nuit. C’est un processus progressif, pernicieux, conçu pour que les gens ne se réveillent pas. Cela me fait penser à la fable de la grenouille : si on la plonge dans l’eau bouillante, elle en sort d’un bond. C’est ce qu’il s’est passé à l’élection présidentielle de 2002 avec un sursaut collectif au deuxième tour. Mais si on la plonge dans l’eau froide et qu’on fait monter la température progressivement, la grenouille ne se rend compte de rien et meurt ébouillantée. C’est ce qui nous arrive. Mais le Front national dédiabolisé n’en est pas le seul responsable : la reprise de son fonds de commerce par les partis dits « républicains », du débat sur l’identité nationale à la déchéance de nationalité, fait que l’on s’est habitué à la température ambiante nauséabonde. Et on l’avait tellement vu venir…


François Durpaire : « Entre Macron et Le Pen, l’écart en pourcentage a l’air considérable, mais... »

François Durpaire est scénariste de la bande dessinée La Présidente, qui imagine une arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. François Durpaire est également universitaire spécialiste des États-Unis.

Personnellement, je voterai Emmanuel Macron. Dans la BD, on alerte depuis deux ans sur la possibilité que Le Pen l’emporte. Et c’est en train de se confirmer. Pour le moment, je dirais qu’elle a toutes les chances. J’ai commenté l’élection américaine et à 5 h 30 du matin, CNN disait : « We were so wrong », nous nous sommes tellement plantés ! Est-ce qu’on dira la même chose dimanche 7 mai à 20 h 30 ? Entre Macron et Le Pen, l’écart en pourcentage a l’air considérable, mais il est de la même nature que le nombre d’États à remporter pour Trump. Et il l’a fait quand même. Ce n’est pas être moralisateur de dire que les conséquences d’une élection de Marine Le Pen peuvent être durables. Je ne dis pas « faites comme moi », mais je dis « regardez le programme ». Je ne veux pas voter pour quelqu’un qui exclut les étrangers de l’école publique.


Charlotte Marchandise : « Passée l’émotion, je ne pense pas une seconde que l’on puisse voter blanc »

Charlotte Marchandise est la candidate élue par la Primaire.org, la primaire citoyenne.

Je vais voter pour faire barrage au FN parce que ce n’est pas un parti comme les autres. Sa présence au second tour s’est normalisée… au point que l’on peut penser à voter blanc. Il y a ce ras-le-bol sur le moment des politiques austéritaires et je peux comprendre qu’on se dise : « Non, j’en ai marre. » Mais passée l’émotion, je ne pense pas une seconde que l’on puisse se permettre de voter blanc. On ne peut pas comparer le projet d’Emmanuel Macron, certes austéritaire, certes violent pour les plus vulnérables et lié au capital, à une politique de haine. J’ai des amis en transition qui se sont encore fait insulter cette semaine : « Tu vas voir si Marine Le Pen arrive au pouvoir ! » Parce ce que c’est ça le FN ! Dans le même temps, avec plusieurs mouvements, nous allons écrire une lettre à Emmanuel Macron pour lui dire de faire au moins un signe en direction du changement des institutions.




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Source : Martin Cadoret pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photos :
. François Durpaire : © Bruno Fert
. Noman Cadoret : © Émilie Massemin/Reporterre
. Marine Tondelier : DR
. Claire Nouvian : © Hélène Harder/Reporterre
. Txetx Etcheverry : © Lucas Mascarello/Reporterre
. Charlotte Marchandise : © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

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