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Tribune — Covid-19

Manger végé, c’est bon contre le Covid !

Une étude sur des soignants ayant contracté le Covid-19 montre que celles et ceux qui consommaient le moins de viande ont été moins touchés par les formes les plus graves de la maladie. Pour les auteures de cette tribune, il s’agit d’une preuve supplémentaire des bénéfices d’une alimentation végétarienne.

Catherine Devillers est docteure en médecine (certificat interuniversitaire en nutrition clinique), Astrid Prévost, nutritionniste, Lamprini Risos, docteure en médecine spécialisée en cardiologie générale (certificat interuniversitaire en nutrition clinique), Élodie Vieille-Blanchard, docteure en sciences sociales et présidente de l’Association végétarienne de France.




Alors que le champion de tennis Novak Djokovic a prouvé une fois de plus qu’une alimentation végétalienne était tout à fait compatible avec les performances sportives de haut niveau, une étude publiée le 7 juin pointe un atout de l’alimentation végétale : par rapport aux autres régimes alimentaires, cette alimentation diviserait quasiment par quatre les risques de développer des symptômes modérés ou sévères en cas d’infection au SARS-CoV-2 (ou Covid-19).

Les infections respiratoires, comme celles liées aux épidémies de grippe saisonnière ou à la pandémie en cours depuis mars 2020, sont responsables de millions de morts chaque année dans le monde. Bien que la vaccination avance, l’émergence de nouveaux variants et les difficultés d’accès aux vaccins dans certains pays font de la compréhension des facteurs de risque un enjeu crucial. De nombreuses études, répertoriées dans cette revue récente de littérature scientifique, indiquent un lien étroit entre la susceptibilité aux maladies virales et l’alimentation, en particulier à travers des comorbidités favorisées par une mauvaise alimentation et l’inactivité physique : obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires et hypertension. [1] 

Peu ou pas de viande dans l’assiette sauverait des milliers de vies

Une précédente étude, publiée en 2020 dans le British Medical Journal, l’une des revues médicales scientifiques les plus réputées au monde, avait montré les risques liés à la surconsommation de viande grâce à l’analyse de données sur l’alimentation et la santé de centaines de milliers de personnes [2]. Les huit chercheurs issus d’universités anglo-saxonnes avaient étudié des maladies non transmissibles responsables de pratiquement la moitié des morts humaines chaque année (maladies coronariennes, AVC, diabète de type 2, cancers colorectaux et maladies respiratoires liées au surpoids). Leurs données suggéraient qu’en France l’adoption d’un régime limité à 300 grammes de viande par semaine permettrait d’éviter 18,9 % des morts prématurées dues aux maladies non transmissibles, là où un régime végétalien bien équilibré en éviterait 22 %.
 
Dans cette nouvelle étude analysant l’impact de l’alimentation sur les symptômes liés au Covid-19, les huit chercheurs issus de sept instituts de recherche américains ont interrogé 2 884 soignants de première ligne en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cette cohorte est particulièrement intéressante en raison de la fiabilité des soignants lorsqu’il s’agit de rapporter leur alimentation et leurs symptômes. La gravité de ces derniers a été répartie en deux catégories : légers d’une part (de l’absence de symptômes à une faible fièvre associée à de la toux) et modérés à sévères d’autre part (d’une fièvre supérieure à 38 degrés aux symptômes nécessitant l’admission en soins intensifs). Après avoir neutralisé d’autres facteurs tels que l’âge, l’activité physique et les comorbidités précédemment citées, les chercheurs ont observé l’influence des habitudes alimentaires déclarées des soignants sur les symptômes du Covid-19 signalés [3].

Des études suggèrent que les nutriments apportés par les régimes végétariens soutiennent le système immunitaire et réduisent la gravité de plusieurs maladies. Unsplash/Chantal Garnier

Alors que le régime alimentaire n’a pas d’influence apparente sur la probabilité d’attraper le Covid-19, cette analyse a montré qu’au sein de cette cohorte une plus faible consommation de produits animaux (viande, poisson et produits laitiers) était associée à une diminution de 72 % de la probabilité de développer des symptômes modérés à sévères. Au contraire, une alimentation riche en protéines animales a été associée à 48 % de risques supplémentaires de présenter ces symptômes, par rapport aux soignants ne suivant pas ces régimes.

Jusqu’ici, quelques études avaient émis l’hypothèse qu’une alimentation saine pouvait jouer un rôle sur l’évolution du Covid-19 en améliorant la réponse immunitaire. Les régimes à base de plantes sont riches en nutriments, en particulier en polyphénols, caroténoïdes, fibres, et vitamines A, C et E. Des études ont rapporté que la supplémentation en certains de ces nutriments pouvait réduire le risque d’infections respiratoires, telles que les rhumes et les pneumonies, et raccourcissait la durée de ces maladies. Les chercheurs supposent que ces nutriments soutiennent le système immunitaire, car ils jouent un rôle important dans la production d’anticorps, la prolifération des lymphocytes et la réduction du stress oxydatif. Par ailleurs, de nombreuses données de la littérature scientifique indiquent qu’une alimentation riche en sucres raffinés, viandes rouges et viandes transformées pourrait amener à un état pro-inflammatoire et à des conséquences négatives sur la santé. 

Les données scientifiques solides s’accumulent donc en faveur des bienfaits pour la santé d’un régime à prédominance de végétaux, mais ces bénéfices demeurent encore largement ignorés de la population. Au moment où le Sénat débat encore sur l’opportunité de laisser aux enfants le choix d’une option végétarienne à la cantine, nous appelons le gouvernement à considérer ce choix alimentaire comme un moyen efficace, parmi d’autres, de renforcer la santé collective. Il serait très pertinent aujourd’hui de favoriser une stratégie sanitaire globale qui agirait sur la prévention en prenant au sérieux les effets du mode de vie sur la santé.

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