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Incendies

Comment les villes pourraient limiter les feux de forêt

L'incendie aux portes de Marseille, le 8 juillet 2025.

Création de lisières, réseaux d’eau accessibles pour les pompiers... Alors que les incendies se rapprochent des villes, des solutions existent. Le hic : l’État n’a pas de « culture du feu », dénoncent des urbanistes.

L’alerte rouge danger feux a été déclenchée par Météo-France le 16 juillet dans trois départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur : le Var, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône. La semaine du 8 juillet, de violents incendies ont touché Narbonne et Marseille. Les villes sont-elles prêtes à affronter cet été à haut risque, et ceux à venir ?

L’urbanisation croissante a rapproché les habitats des forêts. « Les villes construites à proximité de massifs forestiers ne sont pas prêtes, et la périphérie est vulnérable, dit Clément Gaillard, docteur en urbanisme spécialisé sur l’adaptation au réchauffement climatique. On est face à un rythme de feu qui va s’intensifier et on ne peut pas l’arrêter. Le feu va se rapprocher des villes mais ce sujet n’a pas encore émergé en tant que sujet majeur, ce qui fait que nous ne sommes pas préparés. »

« Il est urgent d’investir »

Pour Jordan Szcrupak, paysagiste-concepteur et enseignant à l’Ensa Marseille IMVT (Institut méditerranéen de la ville et des territoires), les villes doivent apprendre à construire avec la question du risque incendie — comme cela se fait pour les inondations. « On devrait être prêt depuis dix ans, mais la récurrence des catastrophes montre qu’on ne l’est pas, dit ce spécialiste des feux. Il est urgent d’investir pour aménager les espaces périurbains avec une planification stratégique, des documents d’urbanisme qui intègrent la science du feu. »

Selon lui, les voiries doivent être rénovées pour pouvoir évacuer les habitants plus facilement et des réseaux d’eau sous pression déployés en périphérie des villes pour alimenter les fourgons des pompiers. « Tout cela doit se faire avec la rénovation des bâtiments pour assurer la sécurité des personnes, notamment en soutenant les filières de l’écoconstruction. Cela permet de produire des bâtiments exemplaires et résilients au feu avec des matériaux bio et géosourcés, qui, en fonction des systèmes constructifs, sont bien plus résistants aux flammes que les matériaux standardisés », explique-t-il à Reporterre.

Le débroussaillage ? Difficile pour les plus âgés

Des mesures existent cependant. Les obligations légales de débroussaillement (OLD) imposent par exemple aux habitants vivant à proximité de zones forestières à risque de débroussailler sur un périmètre de 50 mètres autour des habitations. Une mesure de prévention efficace pour limiter la propagation des feux vers les maisons, selon l’Office national des forêts.

Pourtant, ces OLD sont rarement appliquées : « La mesure repose sur la bonne conscience du citoyen, et concrètement tout le monde ne peut pas le faire. C’est très difficile pour les personnes âgées par exemple. Il faut que l’État intervienne pour ne pas laisser la sécurité aux seuls individus », explique Arthur Guerin-Turcq, doctorant en géographie sur la gestion de la forêt périurbaine française.

Pour que tous les citoyens périurbains soient protégés des feux, le chercheur insiste sur la nécessité de repenser l’aménagement de notre territoire. La création de zones tampons — espaces nus dans lequel il n’y a pas de combustibles et où le feu ne peut pas se propager en créant des zones avec des pâturages ou des vignes — apparaît indispensable pour mettre une distance entre les forêts et les constructions.

L’État devrait imposer la création de zones tampons

La configuration de l’airial landais a une particularité : c’est un espace naturel ouvert, comme une clairière au cœur d’une forêt, sur lequel est construit une maison. De fait, cette dernière est à l’abri du feu. Mais ce n’est pas un cas commun.

« Les propriétaires de forêt ne créent pas beaucoup d’espaces nus pour ne perdre ni arbres, ni argent. L’État doit intervenir et imposer la création de ces zones tampons, tout en aidant les propriétaires avec des aménagements fiscaux, dit-il. Certaines réflexions sont en cours au niveau du gouvernement mais le sujet n’avance pas. »

Bien que le ministère de l’Intérieur recommande l’adoption de réflexes, comme ne pas jeter son mégot dans la nature et ne pas organiser de feu d’artifice dans son jardin, aucune annonce concrète n’a été faite. Dans son Plan national d’adaptation au changement climatique présenté en mars, le ministère de la Transition écologique explique seulement qu’il faut « se préparer à l’augmentation attendue des incendies de forêt et de végétation ».

Jordan Szcrupak, paysagiste-concepteur, souligne également l’importance de l’aménagement des lisières entre la forêt et les habitations. « Il est nécessaire de développer une pédagogie autour du feu pour retrouver une dynamique collective qui transforme la lisière en bien commun où chacun intervient avec ses moyens, et encourager une gestion coopérative de celle-ci. »

Réactions politiques inexistantes

Face aux risques de propagation du feu vers la ville, la fragmentation des forêts est aussi une voie envisageable. « Il y a trop de continuité forestière dans nos massifs et cela accélère les feux. Il faut fragmenter nos massifs forestiers pour les ralentir. Si on n’agit pas sur l’espace même, les feux vont être de plus en plus graves pour les populations », ajoute Jordan Szcrupak. Fragmenter les habitats naturels a cependant des effets négatifs à long terme sur les écosystèmes, prévient tout de même l’architecte.

Les réponses politiques sont à l’heure actuelle encore insuffisantes, selon le chercheur : « Il n’y a pas de culture du feu, c’est-à-dire une pédagogie sur ce qu’il représente, avec une approche complémentaire à la réponse sécuritaire. Le feu est encore du régime de l’exceptionnel. Toutes les années marquées par de grands incendies survient une amnésie collective. La seule réponse politique repose sur le fait d’assurer les habitations, mais c’est ni suffisant, ni appréciable. »

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