14 %
Objectif 30 000 €

Michèle Rivasi : « Il ne faut pas faire d’alliance avec le Parti socialiste »

27 octobre 2016 / Entretien avec Michèle Rivasi



Michèle Rivasi est députée européenne et candidate à la « primaire de l’écologie ». Elle participe au second tour de cette primaire face à Yannick Jadot. Le dépouillement des votes est prévu le 10 novembre.

Nous avons posé les mêmes questions à Yannick Jadot.


Reporterre - Quelle est votre position par rapport au Parti socialiste ?

Michèle Rivasi - Il ne faut pas faire d’alliance avec le Parti socialiste, dans la mesure où il a déçu le peuple de gauche, où il n’a pas fait une politique de gauche. Je ne vois pas l’intérêt de s’allier avec quelqu’un qui n’a pas respecté ses engagements. Donc, il n’est pas question de faire cette alliance.

Les gens sont déçus du gouvernement, sont déçus de partis qui ne représentent plus ce qu’attendent les gens. Les partis sont indispensables pour les élections, pour trouver les candidats, mais ils ne jouent plus de rôle d’innovation, de proposition. C’est à nous d’aller au-delà, en rassemblant des gens pour qu’on fasse un projet porteur.

Au niveau des législatives, le but n’est plus de mettre un candidat étiqueté Europe Ecologie dans chaque circonscription, mais de dire aux gens, « tous ceux qui sont intéressés par un squelette de propositions, venez faire le projet, et les personnes le plus volontaires et surtout qui auront l’aval de tout ce groupe se présenteront ». Parfois, ça pourra être quelqu’un d’Europe Ecologie, parfois quelqu’un d’autre.


Ce n’est pas un accord avec le PS pour les législatives ?

Ah, pas du tout. Ce sera sous l’égide de notre cadre de référence, mais porté par d’autres gens, amélioré, et circonscription par circonscription.


Après le premier tour de la présidentielle, appellerez-vous à voter pour un candidat PS, s’il y en a un ?

Non, parce qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de candidat PS. J’étais déjà contre l’appel de primaires de la gauche et des écologistes, parce que c’était un casting de personnalités. Ce n’était absolument pas ce qu’attendent les gens. Ce qu’attendent les gens, c’était un projet. Avant même les primaires de l’écologie, mon idée était qu’on rassemble le peuple de l’écologie pour qu’on fabrique le projet ensemble.


Mais s’il y avait Mme Le Pen au deuxième tour ?

On verra, l’histoire n’est pas écrite. Si nous, on crée cette dynamique… Je veux essaimer partout sur le territoire, pour écrire ce projet qui sera enrichi par plein d’associations, plein de gens volontaires, pour que ce soit un vrai projet fédérateur et de gauche. Parce que je ne sais plus ce que c’est que la gauche, à l’heure actuelle. Quand Manuel Valls dit, « Le PS, c’est la gauche », non, ce n’est pas la gauche. Je ne sais plus où sont leurs valeurs. Regardez ce qu’ils ont fait : ils n’ont pas lutté contre la finance, ils n’ont pas séparé les banques, ils n’ont pas lutté contre les lobbies, tout ce qui touche aux taxes sur les poids lourds a été abandonné, la taxe carbone, qui devait réduire les centrales au charbon, a été abandonnée, aucune centrale nucléaire n’a été fermée et ne sera fermée d’ici 2017. Je n’ai plus confiance. Plein de gens n’ont plus confiance dans le Parti socialiste.


Autre idée d’alliance, avec Jean-Luc Mélenchon et avec les gens et les électeurs qui seront derrière lui ?

Jean-Luc Mélenchon n’est pas un ennemi. Il a pris conscience de l’écologie, mais sa façon de gouverner l’écologie par la planification écologique relève d’une espèce d’Etat jacobin qui va dire aux gens ce qu’il faut faire. Au contraire, je suis pour la décentralisation, je pense qu’au niveau des collectivités territoriales, il y a plein de choses à faire si on leur donne les compétences et les moyens, et que le comportement, ça passe aussi au niveau des gens. Ce n’est pas quelque chose que l’on va imposer, sinon on est dans de l’écologie punitive. L’écologie doit aller du local au global. L’Etat doit donner des orientations, mais il ne doit pas dire aux gens ce qu’ils ont à faire.


Vous avez effectivement des optiques différentes, sinon, vous seriez dans le même mouvement. Mais au niveau des alliances, cela peut-il s’envisager, plus par exemple qu’avec le PS ?

C’est quelque chose qui peut s’envisager à partir du moment où c’est le projet qui est fédérateur. Le problème avec Mélenchon, c’est « Moi, je ». Il est très difficile de discuter avec Mélenchon, c’est lui qui décide, qui fait sa campagne, il est toujours sur des vieux schémas, tout le monde tourne autour de lui. Alors que mon approche, ce n’est pas « Moi, président », c’est « Nous, président », et le « Nous » étant les électeurs, les citoyens.


On se projette après ces élections de 2017, comment envisagez-vous les choses, notamment du point de vue de l’écologie ?

J’ai fait énormément de terrain, je me suis aperçu que les dix mille personnes qui se sont inscrites aux primaires de l’écologie, qui ont payé cinq euros, sont en-dehors d’Europe Ecologie les Verts. Cela veut dire qu’il y a une mouvance sensible à nos discours, à nos combats, et qu’il va falloir élargir.

Regardez le gaz de schiste, on a gagné. Pourtant c’était un gouvernement de droite. Pourquoi a-t-on gagné ? Parce qu’il y a eu une mobilisation citoyenne extraordinaire, qui est allée des écologistes aux agriculteurs, en passant par les chasseurs, les habitants, ils ont défendu leur patrimoine contre des lobbies. Si c’est un gouvernement Les Républicains, il faut qu’on élargisse notre assiette, qu’on soit beaucoup plus crédible par rapport à nos propositions, et on constituera le contre-pouvoir pour gagner par la suite. Mais je vois mal comment on pourrait faire une alliance avec Les Républicains. On sera très présent sur le terrain et on montrera que ça ne pourra pas passer s’il n’y a pas l’accord des gens.

- Propos recueillis par Hervé Kempf




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : La surprise de la primaire d’EELV sort l’écologie politique du bourbier

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : © Emmanuel Brossier/Reporterre

THEMATIQUE    Politique
2 décembre 2016
Une soupe chez BNP Paribas pour mettre l’évasion fiscale sur la table
Reportage
3 décembre 2016
Stress, anxiété, dépression ? Cultivez la verveine
Chronique
2 décembre 2016
Mort de Rémi Fraisse : le Défenseur des droits constate la responsabilité de la hiérarchie et des autorités civiles
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Politique





Du même auteur       Entretien avec Michèle Rivasi