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La surprise de la primaire d’EELV sort l’écologie politique du bourbier

20 octobre 2016 / par Hervé Kempf (Reporterre)



Le vote en faveur de Yannick Jadot et Michèle Rivasi à la primaire écologiste manifeste le désir d’un retour à une écologie de terrain et de combat.

Comme la vie, la politique recèle souvent des surprises. Elles manifestent les fractures préparées par des mouvements tectoniques peu visibles. C’est ce qui s’est passé mercredi 19 octobre, avec le résultat des « primaires de l’écologie » organisées par EELV (Europe Ecologie Les Verts) : alors que Cécile Duflot était donnée finaliste, elle a été sèchement éliminée par les quelque 12.000 personnes qui ont participé au vote par correspondance. Et c’est Yannick Jadot qui sort en tête du scrutin, suivi de près par Michèle Rivasi.

- Les résultats :

  • Yannick Jadot à 35,61 %,
  • Michèle Rivasi à 30,16 %,
  • Cécile Duflot à 24,41 %
  • Karima Delli à 9,82 %.

Trop sûre d’elle, Cécile Duflot a fait la même erreur qu’avait commise Nicolas Hulot en 2012 : penser que sa notoriété la protégeait de ses concurrents, ne pas faire suffisamment campagne auprès du corps électoral restreint d’une primaire (les membres du parti et les sympathisants engagés), se positionner d’entrée de jeu sur le coup suivant, l’élection présidentielle elle-même.

Mais surtout, l’échec de Mme Duflot signe un double basculement :

  • le désir profond de revenir aux fondamentaux de l’écologie, aux luttes, aux batailles, aux projets, aux solutions qu’elle porte. En tant que députés européens, Yannick Jadot et Michèle Rivasi peuvent arguer de leur travail très assidu - avec les autres députés européens écologistes - au sein du Parlement de Strasbourg. Pendant que l’appareil parisien se chamaillait pour des postes à la Cour d’Hollande, pensaient-ils très fort, nous, on travaille ! Et l’un et l’autre ont su par ailleurs s’identifier à des batailles fortes, TAFTA et Notre-Dame-des-Landes pour l’un, nucléaire et santé pour l’autre, alors qu’on est en peine de voir quelle cause portait Mme Duflot.
  • le rejet d’un monde politique dévalué par les mensonges et les trahisons qui l’animent. A tort ou à raison, Cécile Duflot paye le délitement d’EELV (participation à un gouvernement méprisant l’écologie, sortie brusque et non concertée, départ en série pour quelques plats de lentilles de MM. de Rugy et Placé, trahison stupéfiante d’Emmanuelle Cosse, frasques de Denis Baupin). En ce sens, le séisme vécu par EELV devrait être analysé attentivement par les autres « grandes » formations politiques : il est fort possible que les candidats attachés à une structure vont être sanctionnés au profit de celles et ceux qui apparaitront comme sincères et indépendants.

Pour les jours prochains - la fin du vote du deuxième tour est fixé au 4 novembre -, le duel, qu’on espère courtois et, en quelque sorte, coopératif, entre Yannick Jadot et Michèle Rivasi, devrait poser des jalons forts pour l’avenir.

L’enjeu premier est d’assurer durant la campagne présidentielle une présence visible de l’écologie, de la faire entendre, ce qui ne sera pas facile alors que le système privilégie les enjeux de sécurité et la vision néo-libérale de l’économie.

Mais surtout de préparer la suite, la recomposition d’une grande force inspirée par l’urgence écologique et le souci de justice sociale. En termes politiques, il s’agit de savoir si le parti écologiste doit reconduire l’alliance de fond avec le Parti socialiste ou si, quoique autonome, elle établit des liens avec ce qui sortira de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, dont le programme est étonnamment écologiste.

Yannick Jadot reste ouvert sur cette alliance avec le PS, et critique vivement M. Mélenchon. Michèle Rivasi affiche fermement une volonté d’autonomie de l’écologie à l’égard du PS. C’est largement ce choix que les électeurs du second tour ont à arbitrer.




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Lire aussi : Ce que disent les candidats à la primaire de l’écologie

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : © Emmanuel Brossier/Reporterre

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