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Mme Royal ne veut pas, mais vraiment pas, parler à Reporterre

17 mars 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Ce jeudi 17 mars, le quotidien de l’écologie devait interviewer la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. Las, celle-ci a finalement annulé sans raison, la veille. Non pas repoussé, mais annulé. Reporterre vous raconte son parcours du combattant pour tenter d’obtenir une interview de la ministre depuis… plus d’un an.

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a décidé de ne pas répondre à nos questions. Cela fait pourtant plus d’un an que Reporterre tente d’obtenir une interview auprès d’une actrice importante des sujets que traite le quotidien de l’écologie.

Une première demande avait été faite le 24 février 2015. Par courriel, Hervé Kempf, le rédacteur en chef de Reporterre, demandait à s’« entretenir avec Mme Ségolène Royal dans la perspective de l’anniversaire de son arrivée au ministère de l’Écologie. » Sans réponse. Après quelques vaines relances téléphoniques, nous nous étions alors résolus à souffler la bougie sans elle : le 3 avril, Reporterre publiait son bilan, un an jour pour jour après sa prise de fonction.

Dans la perspective de la COP 21, les occasions n’ont pas manqué de relancer la ministre : la diminution du budget d’Airparif, le projet de décret sur l’affichage publicitaire, les permis de recherche d’hydrocarbures, etc. Pas plus couronnées de succès.

« Je relance mon collègue qui s’en occupe »

Alors, en janvier, lorsque nous l’interpellons directement au sujet de Notre-Dame-des-Landes lors de ses vœux à la presse, on saisit l’opportunité : au milieu des petits fours, nous reformulons directement la demande. Dans les yeux, la ministre nous donne son accord verbal. À côté d’elle, un de ses collaborateurs prend bonne note : il s’agira juste de trouver un créneau dans son agenda.

La suite ?

Nous envoyons un courriel, le 15 janvier, pour prendre date. Il trouve réponse, après une première relance, quatre jours plus tard : « Je ne vous oublie pas mais pense avoir une proposition de date en fin de semaine (tunnel PJL biodiversité au Sénat). Je vous tiens au courant », nous écrit Raphaël Sart, chargé de mission auprès de la ministre.

Dix jours plus tard, nous sommes renvoyés vers Maryline Simoné, désignée comme l’attachée presse de la ministre. Après un premier texto le 29 janvier, Mme Simoné nous rappelle quelques jours plus tard : le message est transmis directement à la ministre et des dates devraient nous être proposées à la fin de la semaine. Vendredi 5 février, 16 h 30, toujours rien. Nous renvoyons un texto. « J’espère pouvoir vous dire ce qu’il en est début de semaine prochaine », nous répond-on dans la minute.

La relance du mardi 9 février restera sans réponse, remaniement ministériel oblige. Mais ouf, seul le nom du ministère change ! Une fois les secousses politiques calmées, nous remettons le couvert : le 25 février, nous renouvelons par texto « la demande d’interview de Reporterre ». En fin de journée, le portable vibre : « Oui, je relance la ministre dès son retour d’Afrique. J’espère sincèrement que nous aboutirons. Bien à vous. »

Rappel la semaine suivante ; pas de réponse. Nous renvoyons un message le mardi 8 mars. Retour immédiat : « Je relance mon collègue Raphaël Sart, qui s’en occupe. » Deux mois plus tard, nous voilà revenus à la case départ, mis en relation avec notre premier interlocuteur. Nous décrochons le combiné pour le contacter et manifestons une pointe d’agacement : à quoi joue-t-on ?

« On m’a demandé d’annuler »

En moins de 48 h, la situation semble se débloquer : rendez-vous est pris et l’interview finalement calée pour la semaine suivante, ce jeudi 17 mars, à 17 h.

Las, nous recevons un coup de fil mercredi vers 10 h, la veille. « J’ai une très mauvaise nouvelle, l’interview ne pourra pas se faire demain et je n’ai aucune nouvelle date à vous proposer », s’excuse Raphaël Sart. Qu’est-ce que cela veut dire ? « Je ne peux rien vous dire de plus, ma hiérarchie est au courant de votre demande mais on m’a demandé d’annuler. » Quid de la semaine prochaine ? « Je n’ai pas de nouvelles dates à vous proposer », répète Raphaël Sart, manifestement désolé.

Une urgence pourrait-elle justifier ce coup de dernière minute ? Pour en avoir le cœur net, nous consultons l’agenda de la ministre sur le site officiel du ministère : il est vide les journées à venir…

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L’agenda de la ministre de l’Environnement.

Pourtant, ses deux secrétaires d’État, Alain Vidalies et Barbara Pompili, annoncent des entretiens avec Mme la ministre Royal mercredi 16 mars, respectivement à 9 h et à 16 h 15 (voir ici).

Pour en être certains, nous nous rendons mercredi 16 mars à la sortie du Conseil des ministres, sur le perron de l’Élysée. On y retrouve la ministre de l’Environnement, souriante, qui descend les marches accompagnée de Jean-Vincent Placé.

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Jean-Vincent Placé et Ségolène Royal à l’Élysée, mercredi 16 mars 2016.

Et, ô surprise ! Ségolène Royal est même la seule responsable à s’arrêter devant les caméras et les micros des journalistes qui font traditionnellement le pied de grue… Pour y insister sur son « attachement à la démocratie participative et à la consultation des citoyens ». Ben tiens.

Ségolène Royal pratiquerait-elle une salutaire diète médiatique, où Reporterre serait aussi souverainement ignoré que tout autre média ? Pas vraiment : ces dernières semaines, elle a fait le JT de 20 h de TF1, le 7/9 de Patrick Cohen sur France Inter, le Grand Rendez-vous d’Europe 1, l’émission C Politique sur France 5, des entretiens pour Le Figaro et Libération, etc.

Médias publics ou privés, télé, radios ou journaux, elle les a tous faits. Mais elle ne veut pas parler aux plus de trente mille personnes qui lisent chaque jour le quotidien de l’écologie. Lectrices et lecteurs apprécieront.

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Mercredi 16 mars.



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Lire aussi : Dis Ségolène, et si on changeait vraiment pour une fois ?

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : © Barnabé Binctin/Reporterre
. chapô : Ségolène Royal dans la cour de l’Élysée, mercredi 16 mars 2016.

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