Mobilisation dans la Loire contre une autoroute destructrice, l’A45

24 septembre 2018 / Fanny Dollberg (Reporterre)

C’est une bataille de longue date qui est engagée contre le projet d’A45, entre Lyon et Saint-Etienne, soutenu par Laurent Wauquiez. Samedi, plusieurs centaines d’opposants se sont retrouvés dans la Loire pour manifester leur désir d’alternatives au transport routier.

Actualisation jeudi 18 octobre 2018 : Le projet de l’autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne, et plus précisément entre La Fouillouse et Brignais, est définitivement abandonné. « L’Etat privilégie les alternatives routières et ferroviaires à l’A45 », a indiqué la ministre Élisabeth Borne au journal Le Progrès, mercredi 17 octobre.


  • La Talaudière (Loire), reportage

Samedi 22 septembre, plusieurs centaines de personnes se sont retrouvés à la Talaudière, dans la Loire, pour le rassemblement festif organisé par la coordination des opposants à l’A45.

L’A45, soutenue notamment par Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne–Rhône-Alpes, est le projet d’une autoroute entre Brignais (Rhône) et La Fouillouse (Loire), payante et parallèle à l’autoroute déjà existante.

Pour ses opposants, il s’agit d’un non sens économique et une aberration climatique incompatible avec les engagements pris lors de la COP21. Il détruirait de nombreuses terres agricoles et éroderait encore la biodiversité locale, sans pour autant résoudre les problèmes de mobilité dans la région.

Ramona Gonzalez, maire de la Talaudière est catégorique : « L’A45 est un projet inutile. Cela fait plus de quarante ans qu’on en entend parler, donc si ça avait été un bon projet ça fait longtemps qu’il aurait été fait. Nous, on se bat pour les alternatives. »

Car pour les opposants à l’A45, elle sont nombreuses : rénover l’autoroute existante (l’A 47) et améliorer les infrastructures, développer le réseau ferroviaire ou les pistes cyclables… Des études récentes montrent que la plupart de nos trajets quotidiens font moins de cinq kilomètres et qu’il serait donc tout à faisable d’adapter nos transports.

Huguette : « Ajouter des voies d’autoroute n’est pas une solution d’avenir. »

« Ce n’est pas une solution d’avenir de rajouter des voies d’autoroute », dit Huguette, qui est engagée dans cette lutte depuis 1995.

Bien que le projet ait considérablement reculé ces deux dernières années, il n’est toujours pas abandonné et les opposants restent donc sur le qui-vive.

« La mobilisation porte ses fruits mais rien n’est gagné. L’enjeu aujourd’hui est que la déclaration d’utilité publique (DUP) du projet, qui expirere en 2020, ne soit pas reconduite. Tant que ce n’est pas le cas, nous ne serons pas tranquilles », dit Huguette.

Si le rassemblement qui a eu lieu ce week-end dans cette commune (concernée par le tracé de ce projet autoroutier) s’inscrit dans la poursuite de cette mobilisation, il a également vocation à « semer les alternatives de demain » précise Maxime Combes, un animateur de la coordination des opposants à l’A45.

Maxime Combes et Ramona Gonzalez, maire de La Talaudière : « Nous, on se bat pour les alternatives. »

Selon lui, les promoteurs de l’A45 négligent les questions de fond : « Quel projet de territoire voulons-nous ? Comment réduire les besoins de mobilité et améliorer la qualité des transports ? Veut-on des services publics de proximité et relocaliser les activités et l’économie, ou faire en sorte que les gens aient toujours à se déplacer entre Lyon et Saint-Etienne ? Veut-on installer de nouveaux paysans et de nouvelles paysannes, et nous nourrir avec des produits de qualité et respectueux de l’environnement ou bitumer les terres agricoles ? Et comment procéder pour réduire les émissions de gaz polluants et protéger la biodiversité ? Ce débat là n’a pas lieu. »

Toutes ces questions devraient être abordés ensemble de façon transversale mais il n’en est rien. « Quand la préfecture discute d’un plan B, elle découpe et saucissonne touts les sujets. Elle fait un sujet train avec les spécialistes du train, un sujet autoroute avec les spécialistes de l’autoroute, et donc tout est traité de manière bureaucratique et disparate », dit Maxime Combes.

Il est 12h00. Je suis à peine arrivée sur le site du rassemblement que la vélorution (partie depuis la gare de Saint-Étienne) fait son entrée sous les applaudissements des autres opposants déjà présents.

Le grand champ sur lequel est organisé le rassemblement est symbolique de la lutte puisque il se trouve sur le tracé autoroutier et pourrait disparaître au profit de l’autoroute.

Plusieurs chapiteaux ont été installés pour l’occasion. Après un délicieux déjeuner végan ou végétarien avec la cantine militante Sasouille ou les pizzas du collectif de la Mutinerie, les militants rentrent dans le vif du sujet avec une première table ronde animée : « Territoires à défendre : quels retours d’expérience ? »

Le programme de la journée est riche de promesses, de débats et d’alternatives. Les spectacles, activités et ateliers en tout genre sont répartis un peu partout sur le site.

On y trouve par exemple un village associatif, un marché paysan, une zone de troc de graines ou encore une mini ferme qui fait la joie des plus petits. Il y a également les Caresses sonores, petites pièces radiophoniques sur le thème du sentiment que petits et grands peuvent écouter au calme sur un transat tout au long de la journée.

À l’écoute des caresses sonores...

Puis il y a les ballades organisées par le collectif des naturalistes contre l’A45 et des ateliers comme celui du collectif des géographes libertaires : ceux-ci décortiquent les problématiques d’environnement et de mobilité soulevées par le projet autoroutier, et montrent les manières dont les gens seraient affectés par le projet.

L’atelier des géographes libertaires.

Après le spectacle Sommes nous en démocratie de la compagnie Remue Méninges et la chorale Vulvet Underground qui anime le chapiteau de la buvette toute l’après-midi, c’est la deuxième table ronde qui démarre : « Au-delà de l’A45, quel territoire voulons nous ? »

La journée s’est clôturée avec un bilan de la journée en slam avant de laisser place aux concerts de la soirée.



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Lire aussi : Contre le projet autoroutier A45, les naturalistes entrent en jeu

Source : Fanny Dollberg pour Reporterre

Photos : © Fanny Dollberg/Reporterre

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