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Forêts tropicales

Montagne d’or en Guyane : l’hypocrite opposition du gouvernement

L’État vient d’affirmer, à nouveau, son opposition au projet minier Montagne d’or en Guyane. Mais en décembre 2020, il n’était pas là pour défendre sa position devant le juge administratif... Déclarer son opposition « sans se défendre concrètement devant les tribunaux, c’est donner son accord tacite », taclent les écologistes locaux.

La position du gouvernement à l’égard du projet minier de la Montagne d’or en Guyane est de plus en plus contradictoire. Mercredi 3 février, trois ministres — Barbara Pompili à la Transition écologique, Sébastien Lecornu pour les Outre-mer et Agnès Pannier-Runacher en tant que ministre déléguée à l’Industrie — se sont réunis pour signer un communiqué de presse annonçant « un recours contre la décision du tribunal administratif de Cayenne ». Celle-ci enjoignait l’État à renouveler les concessions de la compagnie minière.

Hasard du calendrier ou maigre tentative de contre-feu ? Leur communiqué a été publié le jour de la condamnation de l’État pour inaction climatique dans le cadre de l’Affaire du siècle, alors même que leur recours a été déposé auprès de la cour administrative d’appel de Bordeaux dix jours plus tôt, lundi 25 janvier. Ce délai laisse planer un sérieux doute quant à la réelle volonté du gouvernement de mettre un terme à ce projet minier — et non de s’en servir comme d’un faire-valoir environnemental.

En 2019, la compagnie de la Montagne d’or saisissait le tribunal administratif de Guyane pour contester le rejet implicite opposé par le ministère de l’Économie, en charge des mines, à ses demandes de renouvellement de deux concessions minières. Sans titre minier, le consortium russo-canadien Nordgold-Columbus Gold ne pourrait mener à bien son projet d’exploitation d’un gisement d’or primaire, situé entre deux réserves biologiques dans l’ouest de la Guyane. L’absence de réponse du ministère dans un délai de deux ans équivalait alors à un rejet, implicite.

Le rapporteur public a noté l’absence de « pertinence » des arguments développés par l’État

Mais devant le juge administratif le 3 décembre 2020, aucun représentant du ministère n’était présent pour défendre cette position. Le rapporteur public notait alors la « faiblesse » et l’absence de « pertinence » des arguments développés par l’État dans son rapport censé justifier de son refus de renouveler les concessions.

Dans sa décision du 24 décembre 2020, le juge administratif soulignait le « défaut de contestation sérieuse » de l’État et considérait la compagnie minière comme ayant « suffisamment d’éléments justifiant de ses capacités techniques et financières pour exploiter les concessions ». Le tribunal administratif de Guyane enjoignait l’État à renouveler les concessions dans un délai de six mois, soit d’ici mi-2021. C’est de cette décision que les trois ministres viennent de faire appel, une manière selon eux de « réaffirme[r] l’opposition du gouvernement au projet Montagne d’or ».

« Réaffirmer son opposition par des déclarations sans se défendre concrètement devant les tribunaux, c’est donner son accord tacite », a réagi Guyane Écologie sur Twitter. « Maintenir et argumenter le non renouvellement de la concession, refuser l’utilisation du cyanure dans les mines seraient plus concret », développe le parti politique, membre de la première heure du collectif Or de question mobilisé depuis 2016 contre l’exploitation de la Montagne d’or.

D’après la compagnie minière, la cyanuration est le seul procédé économiquement rentable pour extraire les 85 tonnes d’or escomptées de la roche broyée où le métal se trouve à une teneur moyenne de 1,5 gramme par tonne. Proposition de loi et proposition de résolution visant à interdire le recours au cyanure ont été déposées au Sénat et à l’Assemblée nationale. En vain.

Les prises de parole du président de la République et des ministres réaffirment régulièrement l’incompatibilité du projet minier avec les exigences environnementales du gouvernement, selon la formule adoptée par l’ancien ministre de la Transition écologique François de Rugy le 23 mai 2019. Le gouvernement exprimait alors pour la première fois son rejet du projet, trois jours avant les élections européennes. Depuis, les dites exigences n’ont toujours pas été clairement définies et aucun gage donné en ce sens.

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