Nettoyage de la « route des chicanes » à Notre-Dame-des-Landes : « Il y avait de l’émotion »

23 janvier 2018 / Françoise Verchère / Pascale Chiron

Le nettoyage de la route dite « des chicanes », sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, a commencé hier lundi 22 janvier. Les journalistes n’étaient pas admis sur place. Reporterre a recueilli, en fin de journée, deux témoignages de militantes anti-aéroport revenant de ce chantier.

Françoise Verchère est membre du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CéDpa).

Françoise Verchère.

Reporterre — Comment s’est passée cette première journée de nettoyage de la « route des chicanes », ou D281 ?

Je suis arrivée au moment du pique-nique de midi. La D281 traverse la Zad du nord au sud. Toute la première partie de la route a été dégagée sans soucis. Les pneus, les barrières, les obstacles potentiels ont été enlevés. Ensuite, le nettoyage de la deuxième partie, après le lieu-dit le Lama faché, a repris dans l’après-midi. Il y avait plus d’émotions à nettoyer cette partie-là. C’est plus facile pour nous, membres des associations d’opposants, qui n’habitons pas là. Mais il y a des discussions, car certains zadistes — attention à ne pas généraliser — disent qu’il ne faut pas tout enlever. On est dans un moment de rupture, les choses ont changé, on n’est plus dans le risque d’une éventuelle destruction massive du bocage. Si certains comprennent très bien qu’on est dans une nouvelle phase, d’autres sont dans une forme de deuil, cela prend du temps.


À quoi ressemblait cette route avant que le nettoyage ne commence ?

Il y avait beaucoup de pneus, de carcasses de voitures, des trous, mais aussi de mini-constructions et des choses poétiques : des panneaux, des jardinières punk, etc. L’idée était de freiner l’intervention policière de 2012, puis après son échec, que cette route reste lente au passage. Sur tout un tronçon on faisait du 5 km/h. Les gens qui habitent au bord de cette route ont d’ailleurs des demandes pour qu’on continue d’y circuler moins vite que sur une route de campagne, disons, ordinaire.

Cette route est devenue symbolique, l’image défensive de la Zad. La fin de son blocage montre qu’on n’est plus dans le défensif. Nous pensons que si nous voulons pouvoir discuter demain de l’avenir de tous ceux qui veulent rester, à vivre là sur la Zad, le dégagement de la route est un préalable.

L’Assemblée générale du mouvement a acté que la circulation était libre sur la Zad pour tout le monde, piétons, cyclistes, tracteurs, voitures.


Qui était présent ce lundi pour participer au nettoyage de la route ?

Environ 250 personnes sont venues, de partout et même de loin, pour aider. Dans ma voiture, j’avais trois personnes de Rezé, la ville survolée par les avions de l’aéroport de Nantes-Atlantique. Le fait que cela se passe un lundi a amené une sur-représentation de retraités, mais la diversité des gens était très révélatrice de ce qu’est le mouvement anti-aéroport. Il y avait à la fois des paysans avec leurs tracteurs, des agriculteurs et des habitants dits « historiques », des zadistes, des gens venus des comités de soutien, de tous les âges. C’est très loin de l’image colportée par les médias — là aussi ne généralisons pas — mais beaucoup ont caricaturé les zadistes et les opposants…


Pascale Chiron est adjointe EELV à la Mairie de Nantes, et 14e vice-présidente de la Métropole.

Pascale Chiron

J’y étais ce lundi matin. Il y avait beaucoup de monde, j’étais étonnée. Ce qui m’a le plus marquée, c’est qu’il y avait une vraie volonté de bien faire. On s’est séparés en deux groupes, pour aller de chaque côté de la route. On a fait des tas. Il y avait un tri sélectif parfait, avec séparation du bois, du plastique, du verre, de la ferraille. Puis trois bennes, sur les tracteurs, passaient et on les remplissait. Le but était vraiment de nettoyer la route, il y avait même des gens avec des balais.

Ce qui était très bien, aussi, c’est qu’ils ont demandé dès le début à ce que tout le monde se mélange. C’était très positif, serein, et très bien organisé. »


Voici un extrait du communiqué du mouvement anti-aéroport invitant au chantier collectif sur la D281 :

Fermée par les autorités dans le cadre du projet d’aéroport en 2013, cette route a été rouverte par le mouvement dans la foulée. Elle a été pour de nombreuses personnes un lieu de rencontres, de lutte, de vie et de créativité.

Aujourd’hui, l’ensemble du mouvement fait le choix de la rendre plus ouverte et accessible à nos voisin-e-s et aux riverain-e-s des bourgs alentour. Prendre cette décision, c’est sûr, n’a pas été facile et ce n’est pas seulement de gaîté de cœur que nous voulons transformer cette route. Mais c’est parce que nous pensons un futur commun et avons confiance dans notre force collective que nous vous appelons à faire ce chantier entre « nous », sans la presse.

On vous invite donc à venir lundi 22 janvier, dès 10h au Lama faché autour d’un café, pour reboucher les trous et enlever les chicanes. Si nous avons besoin d’être nombreux-ses, c’est pour que ce bout d’histoire soit écrit vraiment collectivement.

Pour que tou-te-s puissent y circuler tranquillement, il y a aura immédiatement des ralentisseurs provisoires, puis par la suite des ralentisseurs pérennes, et des voies de passage seront créées pour nos ami-e-s tritons, salamandres et autres habitant-e-s du bocage.

Nous portons ceci collectivement, et collectivement nous pourrions revenir sur cette décision si des menaces d’expulsion venaient à se concrétiser, en refermant cette route et les autres traversant la zad. C’est un engagement fort que nous renouvelons, à défendre la zad si besoin, et à la défendre ensemble. »




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Lire aussi : Le mouvement de Notre-Dame-des-Landes discute de l’ouverture de la route des chicanes

Source : Propos recueillis par Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. voiture « Sabot » : © Hervé Kempf/Reporterre
. portrait Françoise Verchère : DR
. portrait Pascale Chiron : Elus Nantes-EELV
. sur la route : LCP, « Ca vous regarde »

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