Notre Dame des Landes : Lettre ouverte à la DGAC

4 mars 2013 / Cédpa



Les élus opposés à l’aéroport demandent à la Direction générale de l’aviation civile de faire preuve de transparence : qu’elle publie les données statistiques sur lesquelles sont fondées les hypothèses d’évolution du trafic aérien futur à Nantes.


Monsieur le Directeur
Direction Générale de l’Aviation Civile
50, rue Henry-Farman, 75 720 PARIS CEDEX 15

Et copies à :
M Frédéric Cuvillier, Ministre des transports,
M Claude Chéreau, président de la Commission de dialogue

Monsieur le Directeur,

Suite à l’article de Presse Océan du 8 décembre dernier, nous vous avons écrit le 18 décembre, demandant à être destinataire du rapport émis par vos services, rapport qui, d’après le journal, contestaitles conclusions de l’étude du cabinet CE Delft, expertisant l’analyse coûts-bénéfices de 2006 du projet d’aéroport de Notre
Dame des Landes.

A ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse de votre part. La DGAC a par contre communiqué la semaine dernière trois notes à Hervé Kempf, journaliste au Monde, en lui donnant l’autorisation de nous les communiquer.

Passant sur la démarche que nous trouvons fort curieuse (une association de plus de 1000 élus, dont la plupart dans l’Ouest, n’est pas considérée comme un interlocuteur possible par votre direction ?), nous avons pris connaissance de ces notes et tout
particulièrement de celles traitant d’un aspect de l’analyse coûts-bénéfices de 2006, datées des 4 novembre et 4 décembre 2012.

Par ailleurs, sur le seul sujet de la valorisation des gains de temps
de trajet.

En effet, les calculs présentés ne concernent que les deux années 2012 et 2025 et ne renseignent donc pas sur les valeurs obtenues pour chacune des trente années de calcul, de façon à aboutir à un gain extrêmement important sur cette période : 911 millions d’euros, 80 % des avantages escomptés du projet. Ces notes font émerger de nouvelles interrogations :

- Il est annoncé 30,6 millions d’euros par an de gain de temps de trajet (note du 4 décembre, 1er paragraphe page 1,) or 30,6 millions d’euros est la valeur de 2025 (en 2012, c’est 0,7 million d’euros) ; dans les hypothèses de la DGAC, les gains augmentent fortement à partir de l’année de contrainte de Nantes Atlantique, estimée à 2019 dans le scénario 2. Il est en outre logique que ces gains soient
proportionnels au nombre de passagers qui évolue.

- C’est très surprenant que pour expliquer le calcul des gains de temps de trajet, la pièce F de l’analyse de 2006 (pages 96-97) présente les temps par transport routier et transport ferroviaire… mais pas en transport aérien, alors que d’après ces deux notes, le transport aérien apparait être un paramètre crucial pour la valeur du
temps !

Nous avons relevé d’autres choses qui nous ont choqués dans ces notes : celle du 4 décembre justifie que le gain principal du projet d’aéroport soit le gain en temps de trajet pour les passagers, en comparant ce projet avec d’autres projets d’infrastructures comme des LGV pour lequel c’est habituellement le cas…

Ne pensez-vous pas que cette comparaison est inadéquate dans la mesure où les LGV sont conçues dans le but de faire gagner du temps aux passagers alors que le
projet de nouvel aéroport est censé répondre à des contraintes environnementales ?

A ce propos, nous trouvons très surprenant que le bruit ne compte que pour 1 % des avantages du projet comme le relève le rapport de 2007 de la commission d’enquête (page 50), et les bénéfices en urbanisation pour moins de 10 % des avantages du projet.

Enfin, quand cette note prétend qu’il n’y a « ni manipulation ni opacité » (bas de page 1), nous considérons qu’il y a au minimum de l’opacité car les calculs d’une SCBA doivent être transparents.

Il est écrit : « Nous nous sommes procurés auprès du consultant (JLR Conseil) le détail des calculs ; ils sont exacts. » Et bien, dans l’intérêt général, année après année, les nombres de passagers par lieu de résidence, aéroport de destination et mode de transport avec les temps gagnés correspondants, qui ont permis
d’élaborer ces résultats, aboutissant à 911 millions d’euros de gains de temps de trajet sur trente ans.

Confiants que vous aurez à cœur la transparence nécessaire au débat, et en vous en remerciant par avance, nous vous assurons, Monsieur le Directeur, de nos salutations les meilleures,

Les présidents du CéDpa

Françoise Verchère – Jean Paul Naud – Isabelle Loirat





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Source : Courriel à Reporterre du Cédpa

Photo : Basta Mag

Lire aussi : Notre Dame des Landes : le mystère des 911 millions

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