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Entretien — Science et citoyens

« Nous allons continuer à appeler au boycott de la 5G »

Une antenne-relais.

Il est peu probable que le déploiement de la 5G entraîne de nouveaux risques pour la santé, conclut l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Cette conclusion est prématurée, estime Stephen Kerchove, d’Agir pour l’environnement, qui détaille ses craintes pour Reporterre.

L’Anses persiste et signe. L’agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire a publié le 17 février une version actualisée de son expertise sur les effets potentiels de la 5G. Résultat : Il est « peu probable » que le déploiement de cette technologie entraîne de nouveaux risques pour la santé. Des conclusions qui se veulent rassurantes et qui sont similaires au rapport présenté en avril 2021. Mais ces nouveaux éléments n’ont pas convaincu certaines associations comme Priartem et Agir pour l’environnement. Reporterre fait le point avec Stephen Kerckhove, le délégué général de cette dernière.

Stephen Kerchove. DR



Reporterre : Que pensez-vous de la version actualisée de l’expertise de l’Anses sur les effets potentiels de la 5G ?

Stephen Kerckhove : L’Anses se base sur cinq études scientifiques qui, selon nous, ne sont pas suffisantes. L’agence devrait plutôt dire qu’on n’a pas assez de recul pour savoir, plutôt que d’affirmer qu’il n’y pas d’effets. On reste assez étonnés par le fait qu’une agence sanitaire puisse émettre une recommandation rassurante à partir d’études qui se comptent sur les doigts d’une main. C’est trop lapidaire. On est agacés par cette mésinterprétation du principe de précaution car nous sommes dans une situation d’incertitude. Nous pensons qu’on n’a pas assez cherché les effets par manque de temps. Car nous sommes confrontés à une course de vitesse perdue d’avance face à l’innovation technologique.



Pourquoi l’Anses n’a-t-elle pas changé ses conclusions malgré les 200 commentaires sur leur première étude ?

L’essentiel de leur analyse repose sur le fait que le niveau d’exposition à la 5G serait similaire à celui de la 4G. Ce qui est faux car dans un rapport de l’Anfr, daté du 14 décembre 2021, les résultats sur les sites 5G de la bande de 3,5 GHz montrent une augmentation moyenne de 16 % de l’exposition. Ces résultats suggèrent une augmentation à terme de l’ordre de 20 % de l’exposition globale. L’Anses estime que le niveau d’exposition aux champs électromagnétiques est actuellement très faible. Donc s’il y a une hausse, elle ne dépassera pas le niveau réglementaire actuel, ce qui ne serait pas si grave. Pourtant, nous constatons que le niveau d’exposition aux ondes est déjà perturbant, notamment pour les personnes électrosensibles. Partir du principe qu’une hausse de 30 % serait négligeable est une assertion qu’on ne partage pas.



Que comptez-vous faire à présent ?

Nous allons continuer à sensibiliser et appeler au boycott de la 5G. Dans son dernier relevé, l’Arcep montre qu’il y a 1,6 million d’utilisateurs pour la 5G contre 67,2 millions pour la 4G. Quelle réussite ! On nous a sommé d’aller vite car nous étions des Amish et que nous allions passer à côté de la révolution technologique. Or, les consommateurs ne se sont pas jetés sur la 5G. Les constructeurs attendent sans doute la « killer app », c’est-à-dire l’application qui va enfin faire bondir les ventes. Mais en attendant, lorsqu’on leur demande à quoi va servir la 5G, ils ne savent pas quoi dire et répondent qu’avec un peu de chance, un jour on trouvera.

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