Gîte et couvert : voici comment aider les oiseaux
Un chardonneret élégant (Carduelis carduelis). Fin janvier a lieu le comptage d'hiver organisé par l'Observatoire des oiseaux de jardin. - Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 Deed / Alexandre Roux
Un chardonneret élégant (Carduelis carduelis). Fin janvier a lieu le comptage d'hiver organisé par l'Observatoire des oiseaux de jardin. - Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 Deed / Alexandre Roux
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Ces 27 et 28 janvier, l’Observatoire des oiseaux des jardins organise son traditionnel comptage d’hiver. Tout le monde peut y participer. Reporterre vous donne quelques idées pour aider à votre échelle ces animaux menacés.
Moineau, mésange nonnette, tarin des aulnes... Ce weekend, le 27 et 28 janvier, c’est le moment de vous armer de jumelles et d’un stylo afin d’observer les oiseaux dans votre jardin ou dans un parc public. Comme deux fois par an — fin janvier pour les oiseaux hivernants et fin mai pour les nicheurs — la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Muséum national d’Histoire naturelle organise un comptage.
Dérèglement climatique, dégradation des habitats naturels et disparition des insectes à cause des pesticides ont un effet radical : près de la moitié des espèces d’oiseaux de jardin serait en déclin sévère. Cela se voit dans les comptages estivaux. En hiver, les comptages témoignent d’une augmentation du nombre d’oiseaux observés. « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour autant, explique Marjorie Poitevin, responsable de l’Observatoire des oiseaux des jardins qui gère le comptage. Leur nombre augmente dans les jardins car il s’agit d’espaces aménagés, où un certain nombre viennent se réfugier, faute d’autres solutions, pour y chercher de la nourriture de substitution. »
Comment, à notre échelle, contribuer à la préservation des oiseaux ? Si la multiplication d’actions individuelles ne saurait compenser un changement de nos habitudes de production et de consommation, ni le « manque de moyens et de volonté politique », comme le dit Marjorie Poitevin, Reporterre vous indique des pistes.
1 — Recréer des habitats
En été comme en hiver, il est possible d’aménager son jardin afin de recréer des habitats naturels. « L’idéal est de varier les habitats qu’on propose, avec des fourrés, des plantes grimpantes, des bosquets, des petites haies ou des ronciers », énumère Marjorie Poitevin. Autre élément d’importance, éviter les tontes rases et penser à conserver des herbes folles, qui favorisent la vie et la reproduction des insectes, et par extension l’alimentation des oiseaux. En été, ces herbes hautes et haies sauvages créent de l’ombre et une fraîcheur bienvenue. Des arbres plus grands sont aussi opportuns et elle conseille de « favoriser les espèces locales comme le sureau, l’églantier ou l’aubépine ».
La dégradation des milieux est l’une des principales raisons du déclin de certaines espèces d’oiseaux de jardin, à l’image du moineau friquet affecté par la destruction des haies, des arbres, et même la rénovation de bâtiments. « De nombreuses vieilles bâtisses qui présentent des cavités, comme les vieilles granges ou les écuries, sont rénovées. Et certaines espèces ont moins de capacités à s’adapter et à trouver de nouveaux habitats. » Les nichoirs apparaissent alors comme une autre option adéquate pour certaines espèces.
2 — Nourrir et abreuver ?
Avec la modernisation des pratiques agricoles, la disparition des graines et l’utilisation massive de pesticides, les oiseaux peinent à trouver de quoi se nourrir. « On s’est rendus compte que dans les zones d’agriculture intensive, ils compensent en venant dans les jardins. » En période hivernale, proposer de la nourriture aux oiseaux de jardin est possible mais pas n’importe comment. L’Observatoire recommande le tournesol noir, qui présente l’intérêt d’être gras et de convenir à la plupart des oiseaux qui fréquentent les jardins, ou encore les cacahuètes. En revanche, nourrir les oiseaux l’été n’est pas préconisé par la LPO, car la plupart des passereaux consomment principalement des insectes à cette période de l’année.
Éric Lenoir, paysagiste auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels le Petit traité du jardin punk (Terre vivante, 2018) se montre, quant à lui, plus dubitatif sur le nourrissage des oiseaux en hiver : « Cela peut se justifier comme une mesure d’urgence, mais le risque est de créer une dépendance et de bouleverser tout un écosystème. Nourrir des insectivores avec du gras peut créer un déséquilibre dangereux. » Pour lui, cela se justifierait principalement en milieu ultra-urbain, où peu d’habitats naturels subsistent, mais « les jardins doivent surtout être stimulés pour favoriser la résurgence d’espèces ».
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Il conseille de réimplanter certains végétaux, comme « l’aubépine, qui a l’avantage de fleurir abondamment au printemps et d’accueillir une foule d’insectes tout en rassasiant les fructivores avec ses baies », ou encore de laisser « des arbres et du bois mort dans son jardin, après un élagage par exemple ». Cette présence de bois permet d’accueillir des insectes xylophages très nutritifs pour les oiseaux, de conserver de l’eau et de l’humidité. « Pour le troglodyte mignon, plus petit oiseau de France et qui vit à faible hauteur, c’est à la fois une zone d’habitat et une zone nourricière ! »
N’oubliez pas d’ajouter le service boissons à votre gîte. En été, proposer un petit abreuvoir peut apparaître comme une évidence. Beaucoup moins en hiver. Pourtant, en période de grand froid, l’eau des bassins, marais ou lacs gèle. Proposer un réservoir peut compenser, tout en prenant garde à ce qu’il ne gèle pas lui-même. L’eau peut aussi leur servir à se laver et entretenir l’étanchéité de leur plumage. Vous pouvez utiliser un récipient peu profond (3 à 4 centimètres maximum), comme des soucoupes en terre cuite. Surtout, l’eau doit être placée dans un endroit sécurisé, à l’abri des prédateurs tels que les chats, qui seraient responsables d’après les scientifiques de la mort de 1,3 à 4 milliards de volatiles chaque année.
3 — Compter les oiseaux
Si l’Observatoire propose de réaliser un comptage d’une heure deux weekends dans l’année, il recommande également une pratique hebdomadaire. Une petite dizaine de minutes par semaine peut suffire à préciser la base de données. La mésange charbonnière et son chant perçant, le rougequeue à front blanc et son plumage coloré, ou encore le trapu bouvreuil pivoine… Pour les reconnaître, l’Observatoire met à disposition une série de « fiches espèces » détaillant leur mode de reproduction, leur période de présence ou leurs types d’habitat. Et organise des rencontres en distanciel si le sujet vous intéresse.
Entre 2012 et 2023, le nombre de participants au comptage du mois de janvier — le plus populaire — a été décuplé, passant de 3 000 à 30 000 personnes. Soit l’un des projets de science participative les plus mobilisateurs.