123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ÉditoMédias

Reporterre gagne un prix pour sa rigueur scientifique

Notre journaliste Vincent Lucchese a reçu le prix 2025 du journalisme scientifique. Une reconnaissance de la rigueur de Reporterre à l’heure où les sciences sont massivement attaquées et détournées par des intérêts privés.

Joie et fierté au sein de la rédaction ! Samedi 24 mai, notre journaliste Vincent Lucchese a reçu le prix du journalisme scientifique de l’année 2025, décerné par la prestigieuse et désormais septuagénaire Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI). Si c’est bien « la grande rigueur », « le talent » et « les qualités d’écriture » d’un journaliste qui sont ainsi salués, ce prix est également une reconnaissance pour le traitement des sujets scientifiques par Reporterre.

Cette approche tient en quelques mots : défendre la science et interroger ses finalités. Une double exigence qui transparaît dans la sélection d’articles primés. Le premier donne la parole aux climatologues et météorologues qui étudient l’influence des nuages sur le réchauffement climatique, et inversement. Ce travail, tout en clarté et nuances, coupe l’herbe sous le pied aux théories climatosceptiques et dénialistes.

Le deuxième article est une réponse argumentée à ceux qui qualifient « d’antiscience » toute opposition aux NGT, les nouveaux OGM. Enfin, le troisième décrit l’offensive de la géoingénierie polaire et met en lumière les intérêts et agendas privés derrière les financements de ce technosolutionnisme.

À travers ces trois articles, Vincent Lucchese tient avec brio sur une ligne de crête : faire la démonstration de la nécessité de la recherche scientifique tout en se méfiant des détournements dont elle peut faire l’objet.

Porter la voix d’une science indépendante

À l’heure où les États-Unis de Donald Trump mènent une attaque sans précédent contre la science, où la France maintient la recherche dans une indécente précarité, où la régression des libertés académiques, les attaques contre l’école et contre la presse participent d’une inquiétante baisse de la culture scientifique dans la société, il est crucial de soutenir les sciences, de relayer leurs avancées et de réaffirmer leur importance pour l’écologie.

Le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les effets dévastateurs des pesticides et polluants sont des phénomènes avérés scientifiquement. Mais ces dernières décennies, la fabrique du doute nous a dramatiquement ralentis. Pour contrer cette stratégie, souvent conçue par et pour le maintien d’intérêts privés, nous devons porter avec force la voix d’une science indépendante. Sans jamais croire qu’elle serait la solution à tout.

Face aux mirages du climatoscepticisme et du technosolutionnisme

Car au dénialisme vient s’ajouter une autre stratégie, celle du technosolutionnisme, qui ne vise plus à nier la science mais à la manipuler et à confondre sciemment science et technologies. Lorsqu’un grand hebdomadaire conservateur fait sa Une sur la négation de la crise de la biodiversité, tout en accusant d’être « antiscience » les voix critiques envers les OGM et le nucléaire, il incarne jusqu’à la caricature ces deux excès.

À Reporterre, nous avons la conviction que l’usage des technologies décorrélé de toute réflexion sociale et politique peut être aussi dangereux que les effets qu’il vise à combattre. Ces craintes sont tout ce qu’il y a de plus rationnel. « Émettre des doutes avant d’épandre une technologie dans la société n’est pas antiscientifique », rappelle, s’il le fallait, l’agronome généticienne Isabelle Goldringer dans l’un des articles récompensés.

Sortir de l’étau du statu quo

Les promesses technosolutionnistes portées par l’industrie de la tech et ses millionnaires nous inquiètent donc au moins autant que le climatoscepticisme. Car tous deux vont de pair : ils nient le besoin de changements systémiques et maintiennent un statu quo fondé sur l’extractivisme et la destruction du vivant.

Alors que nous sommes pris en étau entre ces mouvements délétères, un travail journalistique exigeant et respectueux des principes fondateurs de la démarche scientifique — sa collégialité et son indépendance — est indispensable. C’est ce à quoi s’emploie, jour après jour, toute la rédaction.

Reporterre remercie donc l’AJSPI de donner à ce travail la reconnaissance qu’il mérite. Sans oublier nos lecteurs et lectrices qui permettent, par leurs dons et par leur fidélité, à ces articles d’exister.

legende