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ReportageMonde

Face au ravage des barrages, la mobilisation des femmes brésiliennes

«Autorisation environnementale et protection de la population contre la dévastation», peut-on lire sur cette pancarte à la Marche des militantes du MAB, à Brasilia, en juin 2025.

Les militantes du Mouvement des personnes affectées par les barrages ont manifesté à Brasilia, le 5 juin, pour dénoncer les « crimes environnementaux » commis sur leurs terres. Trois d’entre elles nous ont confié leur histoire.

Brasilia (Brésil), reportage

Barrages miniers, hydroélectriques, nouvelles voies navigables… Les grands projets énergétiques et infrastructurels, menés par des multinationales et soutenus par l’État, ravagent des territoires et la vie de leurs habitants, dénoncent les militantes du Mouvement national des personnes affectées par les barrages (MAB).

Réunies à Brasilia, plus d’un millier d’entre elles ont partagé leurs luttes et dénoncé, lors d’une marche le 5 juin, les nombreux projets qui menacent, polluent et déforestent leurs territoires. Certaines ont vu leurs villes ensevelies sous une coulée de boue toxique, lors des ruptures des barrages miniers de Mariana (2015) et Brumadinho (2019). D’autres luttent contre les barrages hydroélectriques qui détruisent leur mode de vie. Trois d’entre elles témoignent pour Reporterre.

Varner Santana Moura : « Nous attendons toujours justice et réparation »

«  Nos terres ont été contaminées  », explique Varner Santana Moura. © Victoria Holzbach

Varner se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres de Mariana, dans l’État du Minas Gerais, ce jour de novembre 2015 où le barrage minier de Samarco s’est effondré. La faillite de l’édifice exploité par les entreprises Vale et BHP Billiton a fait 19 morts.

Elle n’était pas assez loin toutefois pour être épargnée par les dizaines de millions de tonnes de résidus toxiques portés par le rio Doce sur plus de 600 km, jusque dans son jardin, à Marilândia, dans l’État de l’Espirito Santo. « C’est une image que je n’oublierai jamais », confie la militante et pasteure de 56 ans.

« Nous avons ressenti l’immense douleur du fleuve en voyant cette avalanche de boue, ces milliers de poissons morts, ces animaux emportés par le torrent », raconte-t-elle. Sa communauté autochtone ribeirinha, qui vit de l’agriculture familiale et de la pêche, porte encore les traces de la tragédie.

« Nous plantons, mais rien ne pousse, nos terres ont été contaminées. Nous ne pêchons plus de peur de s’empoisonner », ajoute Varner qui, dix ans après, continue de dénoncer ce « crime environnemental » et de réclamer de justes indemnisations. « Nous avons organisé des manifestations, nous sommes allées taper aux portes des entreprises […] mais aujourd’hui, nous attendons toujours justice et réparation », surtout pour les femmes non reconnues comme victimes.


Missay Nobre : « Nous luttons avec nos frères indigènes de Bolivie »

«  La lutte seule peut changer ce système capitaliste  », clame Missay Nobre. © Nivea Magno

Missay Nobre, une Amazonienne de 26 ans, décrit sa région de Guajará-Mirim, à la frontière bolivienne, comme particulièrement affectée par les grands barrages hydroélectriques du Rondônia. « Nous avons déjà Jirau et Santo Antônio sur le rio Madeira, qui ont eu de grands impacts environnementaux et sociaux », affirme-t-elle, pointant notamment le rôle de ces barrages dans l’aggravation de l’inondation historique qu’a connue la région en 2014.

« Avec nos frères indigènes de Bolivie, nous luttons contre un autre projet hydroélectrique, qui détruirait la cascade de Ribeirão, dans la région de Porto Velho. Il a été suspendu mais pas archivé, la menace persiste. » Missay dénonce l’absence de consultation des populations, à qui l’on ne révèle pas les « vrais impacts » de ces barrages « présentés comme verts ».

Autre sujet d’inquiétude : le pont international qui doit relier le Brésil à la Bolivie, en plein cœur de Guajará-Mirim. « Il servira uniquement les intérêts de l’agronégoce pour exporter sa production », assure-t-elle. « Même si la lutte est dure dans le Rondônia, où des militantes sont menacées, elle seule peut changer ce système capitaliste. »


Maria Darcilene Dias : « Dès le début, ce barrage nous a apporté le malheur »

«  Dans ma communauté, on organise des conférences sur les impacts  », explique Maria Darcilene Dias. © Joyce Silva

« Avant, on vivait des ressources de la forêt et de la pêche. C’est fini », raconte Maria Darcilene. Dans son village sur les rives du Tocantins, dans le Pará, elle subit au quotidien les conséquences de l’industrie qui vit grâce au barrage hydroélectrique de Tucuruí, l’un des plus puissants du pays, construit il y a une quarantaine d’années. « L’eau est polluée depuis, on ne la boit plus », explique la militante de 46 ans, évoquant aussi une augmentation des maladies avec la dégradation environnementale du fleuve.

À l’époque, sa famille avait été déplacée — comme 30 000 autres personnes — pour laisser place au barrage et à l’inondation de 2 850 km² de forêts. Elle brode désormais dans ses arpilleras — une technique textile partagée par les militantes — contre le mégaprojet de voie navigable prévu sur le Tocantins, qui promet d’affecter à nouveau les riverains.

Le dragage du lit du fleuve, l’explosion de formations rocheuses et la construction d’écluses doivent faciliter le passage de cargos transportant minéraux, céréales et bétail produits dans le centre-ouest du pays, et destinés à l’exportation depuis un port d’Amazonie. « Dans ma communauté, on organise des conférences sur les impacts qu’aura ce projet sur notre vie, pour se tenir prêtes. »

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