En pleine guerre, un parc sert de refuge au Liban : « Nous savions que nous serions en sécurité ici »
Acil Awad, ses trois enfants et son mari Hassan ont trouvé refuge dans le parc de Beyrouth, le 2 mars 2026, avant de rejoindre un autre lieu sécurisé. - © Philippe Pernot / Reporterre
Acil Awad, ses trois enfants et son mari Hassan ont trouvé refuge dans le parc de Beyrouth, le 2 mars 2026, avant de rejoindre un autre lieu sécurisé. - © Philippe Pernot / Reporterre
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Alors que les bombes israéliennes s’abattent sur le Liban, les espaces communs deviennent des refuges pour les familles fuyant la guerre. Le seul grand parc public de Beyrouth est ainsi devenu un lieu de solidarité populaire.
Beyrouth (Liban), reportage
De petites fleurs jaunes fleurissent à l’ombre des pins, l’herbe encore fraîche ondule sous la douce brise printanière. Des enfants jouent dans le parc public de Beyrouth, Horsh Beirut, sur une aire de jeux colorée. Soudain, le sol tremble, un bruit assourdissant retentit. Tous regardent avec effroi en direction de l’explosion, puis les nouvelles sur leur téléphone portable. Les familles qui se sont réunies aujourd’hui dans cet espace vert ont toutes été chassées par les bombes israéliennes s’abattant sur la banlieue sud à majorité chiite de Beyrouth, Dahyeh. Peut-être que leur maison vient d’être détruite par un nouveau raid aérien, peut-être que leurs voisins ont péri.
« Nous sommes venus ici dès les premières bombes ce matin, nous savions que nous serions en sécurité ici », explique Acil Awad, mère de trois enfants, assise avec son mari Hassan sur un banc à l’entrée du parc. Ils ont emporté leurs oiseaux en cage, quelques couvertures et des matelas minces — le strict nécessaire. « Tout s’est passé si vite, nous ne nous y attendions pas ! Il n’y a eu aucun avertissement, aucune discussion, et tout à coup, nous étions de nouveau en guerre », soupire-t-elle.
Après les attaques étasuniennes et israéliennes contre l’Iran le 28 février, le Liban a retenu son souffle. Alors que toute la région plongeait dans la guerre qui menaçait depuis des semaines, le petit pays méditerranéen a conservé une neutralité tendue. Un an et demi après l’invasion israélienne de l’automne 2024, la volonté de paix semblait prendre le dessus. Mais dans la nuit du 1er mars, le Liban a basculé dans la guerre.
À minuit, les premières roquettes du Hezbollah ont été tirées en direction de Haïfa ; deux heures plus tard, Beyrouth a été secouée par une série d’explosions terrifiantes provoquant une vague de panique.
Les habitants des zones frontalières du sud et de la Dahyeh se sont immédiatement précipités sur les autoroutes en direction du nord, et le gouvernement libanais a recensé 30 000 personnes déplacées en quelques heures — ce chiffre est passé à 60 000 dans la soirée du 3 mars. Dans l’obscurité de la nuit, la peur, la fatigue et le doute se sont répandus dans le pays, tandis que les voitures chargées de matelas et de sacs fuyaient vers la sécurité. À ce jour, plus de 50 personnes ont perdu la vie et 150 autres ont été blessées dans les bombardements.
Un refuge qui appartient au peuple
« Nous avons du mal à croire que cela se reproduise. En raison de la dernière guerre, nous sommes désormais entraînés et savons où nous pouvons aller. Mais c’est terrible de devoir quitter sa maison », déplore Acil Awad. Sa famille possède une petite maison de vacances dans les montagnes au nord de Byblos, où elle a trouvé refuge il y a un an et demi. Mais il fait encore très froid, les enfants sont jeunes, l’appartement n’est pas préparé et n’est pas adapté — mais au moins, ils ont une solution pendant qu’ils attendent dans le parc l’issue de la journée.
« Cette verdure nous rappelle l’environnement de notre village, nos racines, et nous venons chaque semaine avec les enfants pour nous promener et jouer. En cette période de guerre, il est important pour eux de trouver un peu de calme », affirme le père, Hassan, assis dans l’herbe tandis que son fils dort au soleil sur un matelas. Horsh Beirut, aussi connu comme la Forêt des pins, est l’un des trois seuls espaces verts publics de Beyrouth, ville chaotique où la pollution causée par le trafic et les générateurs électriques entraîne une épidémie de cancers.
À la place du parc se trouvait autrefois une majestueuse pinède, mentionnée dès le XIIIe siècle par l’archevêque de Tyr. Depuis, ses arbres ont été remplacés par des palais, des routes, des camps de réfugiés palestiniens et des cimetières de martyrs, et ont même été bombardés par des avions de combat israéliens en 1982. Seul un rectangle de 0,3 km² a survécu, réhabilité après la guerre civile, mais destiné à devenir un hôpital militaire ou un hôtel de luxe. La résistance des habitants a sauvé cette oasis verte, qui n’est ouverte au public sans discrimination que depuis 2015 (auparavant, l’entrée était interdite aux réfugiés syriens).
« Nous avons lutté pour sauvegarder cet espace commun, entretenu par la société civile, qui rend un service inestimable à la population », explique Yara Sayegh, activiste politique libanaise venue distribuer une centaine de repas d’iftar aux familles réfugiées autour du parc, qui ferme ses portes en soirée. Fournis par des restaurants solidaires ou des cuisines collectives de Beyrouth, ils sont essentiels pour rompre le jeûne en ce mois saint de ramadan.
« Aucune autre association ne vient ici, je suis la seule à apporter du soutien aux déplacés du parc. Ce refuge est moins connu que les autres abris, qui sont eux gérés par des partis politiques, dit-elle. Ce lieu appartient véritablement au peuple. »