Nucléaire, DPE, usage de l’eau… Ce qu’a dit Michel Barnier sur l’écologie
Le locataire de Matignon n’a fait que lister des mesures, pour la plupart déjà lancées par le précédent gouvernement et insuffisantes. - © Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP
Le locataire de Matignon n’a fait que lister des mesures, pour la plupart déjà lancées par le précédent gouvernement et insuffisantes. - © Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP
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Michel Barnier a dévoilé sa « feuille de route », notamment sur l’écologie. Il n’a pas annoncé de nouvelles mesures, se plaçant dans la continuité du précédent gouvernement. Voire dans la reculade.
C’était un serment. Dès son discours de passation le 5 septembre, Michel Barnier avait promis de « dire la vérité sur la dette écologique » aux Françaises et Français. Il l’a répété lors de sa déclaration de politique générale le 1er octobre. Pourtant, face aux députés, pendant plus d’une heure et demie, le nouveau Premier ministre n’a ni réussi à expliquer en quoi consistait cette expression, ni pointé du doigt les responsables de cette « dette ».
Pas un mot sur les modes de vie polluants et destructeurs des plus riches. Rien non plus sur nos modèles économiques qui conduisent au productivisme et à la surexploitation des ressources. Le locataire de Matignon n’a fait que lister des mesures — pour la plupart déjà lancées par le précédent gouvernement et insuffisantes — pour réduire ce « déficit ».
« Nos émissions de gaz à effet de serre ont à nouveau diminué de 3,6 % au premier semestre 2024. C’est la preuve que les efforts payent », a souligné Michel Barnier au début de son discours. Le Premier ministre n’a toutefois pas mentionné que cette baisse a été moins rapide qu’en 2023 (elle était de 4,3 % sur la même période).
Technosolutionnisme
Quelques jours plus tôt, le Haut Conseil pour le climat avait salué cette réduction, mais rappelé que le chemin était encore long pour atteindre l’objectif de réduction de 55 % d’émissions nettes en 2030. Celui-ci nécessiterait une baisse d’au moins 16,1 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt éqCO2) tous les ans, contre 12,5 en moyenne actuellement.
« Nous pouvons et nous devons faire plus pour lutter contre le changement climatique », a ensuite déclaré Michel Barnier. Les mesures qu’il propose ont cependant un air de déjà-vu, du développement du nucléaire — déjà annoncé par le précédent gouvernement, malgré les difficultés de la filière à répondre aux enjeux écologiques — au déploiement des énergies renouvelables. Le Premier ministre en a d’ailleurs profité pour adresser une critique aux éoliennes, dont les « impacts » ne seraient pas suffisamment « mesurés ».
Ses autres propositions sentent bon le technosolutionnisme : « encouragement à l’innovation », « développement d’une filière française de biocarburants » pour les avions… Autrement dit, Michel Barnier privilégie des initiatives technologiques inabouties plutôt que des changements de nos modes de consommation ou la réduction du trafic aérien. « La dette écologique ne sera pas réduite par des fausses solutions technocentrées ou en écartant des solutions indispensables à la transition énergétique comme l’éolien, une énergie que semble vouloir évincer Michel Barnier », a réagi Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, dans un communiqué.
Risques de recul
Les rares changements mentionnés par Michel Barnier ont plutôt fait bondir les associations écologistes. Le chef du gouvernement a ainsi annoncé la « simplification » et « l’adaptation » du diagnostic de performance énergétique — un outil permettant de savoir si un logement est une passoire thermique. Cela « risque de freiner les politiques de rénovation énergétique des bâtiments, qui doivent au contraire accélérer pour préserver le pouvoir d’achat des Français », a dénoncé le Réseau Action Climat sur le réseau social X.
La fédération d’associations s’est aussi émue de la volonté gouvernementale de « faire évoluer la résolution Zéro artificialisation nette, pour répondre aux besoins essentiels de l’industrie et du logement ». « Dans un contexte de changement climatique, il est urgent de rompre avec une logique de bétonisation qui nous rend plus vulnérables aux effets du changement climatique comme les inondations », a poursuivi le Réseau Action Climat sur X.
« Il est urgent de rompre avec une logique de bétonisation »
Il a toutefois salué le souhait de « décarbonation des usines » et « d’implantation de nouvelles industries de la transition ».
D’autres associations, comme Générations futures, se sont agacées d’une vision écologique uniquement centrée sur le climat et les émissions de gaz à effet de serre. Pendant plus de quatre-vingt-dix minutes, Michel Barnier n’a évoqué qu’une fois la « préservation de la biodiversité », alors qu’il vient de supprimer le secrétariat d’État qui y était consacré. Le tout, sans parler davantage de cet enjeu.
« Le Premier ministre s’est dit engagé à dire la vérité sur l’impact de notre mode de vie et de notre économie. Nous attendons donc de Michel Barnier qu’il agisse en ligne avec le constat scientifique quant à la responsabilité des pesticides dans l’effondrement de la biodiversité, la pollution des milieux, le développement de pathologies », a écrit Générations futures dans un communiqué. L’association a toutefois bien accueilli la proposition de créer une « grande conférence nationale » sur la question des usages de l’eau.
L’écologie n’est pas un chantier prioritaire
Alors que le Haut Conseil pour le climat recommandait quelques jours plus tôt des financements publics et privés de 60 à 70 milliards d’euros par an d’ici à 2030, aucun investissement d’ampleur n’a été annoncé par Michel Barnier. Cela n’a pas rassuré les associations et les élus écologistes, qui espéraient que le Premier ministre revienne au moins sur les coupes du Fonds vert — destiné à financer la transition écologique des collectivités — envisagées par le précédent gouvernement.
S’il a abordé la question écologique dès le début de son discours, Michel Barnier ne l’a pas retenue pour faire partie des « cinq chantiers prioritaires » de sa feuille de route. Il a préféré aborder le « niveau de vie » des Français, les services publics, la sécurité, l’immigration et la fraternité.
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Ainsi, malgré son CV qu’il s’est plu à rappeler — il a été ministre de l’Environnement de 1993 à 1995, et l’auteur d’une « loi Barnier » ambitieuse pour l’époque —, Michel Barnier n’a pas annoncé de tournant par rapport au précédent gouvernement sur les questions écologiques. Sur le reste, il semble coincé entre l’envie de rassurer ses partenaires centristes et ses appels du pied à l’extrême droite.