On a bien tort de craindre l’ortie, cette plante aux multiples vertus

29 avril 2017 / Christine Laurent (Reporterre)



Le gel a comme pétrifié le Jardin sans pétrole. Au pied des vieux cerisiers, l’ortie prospère, pour le plus grand bénéfice de ceux qui connaissent ses nombreuses vertus.

Le gel — les températures sont descendues à -1 °C plusieurs jours de suite — a provoqué des dégâts irréparables. Sur les Actinidia chinensis, les feuilles noircies piquent vers le sol. Nous n’aurons pas de kiwis cette année. Le jeune feuillage des pommes de terre a souffert lui aussi. La vigueur des tubercules, enfouis dans le sol, permettra sans doute de renouveler le feuillage, décalant la production de quelques semaines. Les cerisiers quant à eux s’en sortent plutôt bien. Les belles semaines d’avril ont permis la floraison, et la pollinisation. Les minuscules fruits verts ont résisté au frimas et n’attendent plus qu’un peu de chaleur pour grossir et rougir.

Toute la végétation semble frappée d’un endormissement passager, tétanisée par le froid en dépit de la lumière qui augmente chaque jour.

Il y a des orties partout au pied des vieux cerisiers. Cette plante magnifique, qui répare les tourments que les hommes infligent au sol, revigore aussi le corps fatigué à la sortie de l’hiver. Elle pousse dans les éboulis, les terres remuées. Ainsi, après la Première Guerre mondiale, elle a recouvert les tranchées de ses hampes bienfaitrices. On connaît ses qualités depuis l’Antiquité. Ses vertus médicinales s’affinent pendant le Moyen-Âge et ses usages se développent à l’ombre des nantis. Victor Hugo en vante les mérites dans Les Misérables :

Quand l’ortie est jeune, la feuille est un légume excellent ; quand elle vieillit, elle a des filaments et des fibres comme le chanvre ou le lin. La toile d’ortie vaut la toile de chanvre. Hachée, l’ortie est bonne pour la volaille ; broyée, elle est bonne pour les bêtes à cornes. La graine d’ortie, mêlée au fourrage, donne du luisant au poil des animaux. La racine, mêlée au sel, produit une belle couleur jaune. C’est du reste un excellent foin que l’on peut faucher deux fois. Et que faut-il à l’ortie ? Peu de terre, nul soin, nulle culture. Seulement la graine tombe à mesure qu’elle mûrit, et est difficile à récolter. Voilà tout. Avec quelque peine qu’on prendrait, l’ortie serait utile. On la néglige, elle devient nuisible, alors, on la tue. Que d’hommes ressemblent à l’ortie ! »

Une enquête sur l’utilisation de l’ortie, publiée en 1922 par Auguste Chevalier, éminent botaniste, conclut à son « intérêt rétrospectif » d’un point de vue économique. Mais les colonies et le pétrole ont eu raison de cette plante compagne de l’homme.

L’écrivain-paysan Bernard Bertrand l’a tirée de sa disgrâce, prenant la tête de la guerre pour la reconnaissance du purin d’ortie au début de ce siècle et rappelant les immenses services qu’on lui doit. Sans parler de la fibre, qui peut être tissée, ou de la cellulose, qui peut servir à la fabrication de papier, l’ortie est un aliment riche en vitamine (B2, B5, B9, C, K), en minéraux (manganèse, silice, potassium, soufre) et en oligo-éléments (calcium, chlore, magnésium, manganèse, potassium, soufre, zinc et fer). Avec un tel cocktail, en ces temps de déprime où notre résistance est mise à l’épreuve, sortons au jardin cueillir des pointes d’orties, buvons-les en tisane, dégustons-les en soupe ou en galettes, tandis que, dans un coin abrité du potager, l’ortie fermente et mousse pour produire l’élixir qui donnera un coup de fouet à nos plantations.




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Lire aussi : De l’art de préparer le purin d’ortie

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre

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