Reportage — Habitat et urbanisme
Une rénovation thermique et écologique des écoles, c’est possible
L'école Anne-Godeau, à Raismes (Nord) a été transformée grâce à une massive rénovation thermique et écologique. - © Stéphane Dubromel / Reporterre
L'école Anne-Godeau, à Raismes (Nord) a été transformée grâce à une massive rénovation thermique et écologique. - © Stéphane Dubromel / Reporterre
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Un rapport de l’Alliance écologique et sociale pointe les lacunes des écoles françaises en matière de rénovation énergétique. Des solutions existent pourtant, comme l’illustre l’école de Raismes, dans le bassin minier du Nord.
Raismes (Nord), reportage
À Raismes, cité minière située au nord de Valenciennes, un petit brouhaha anime à nouveau la rue de l’Usine et ses façades en brique rouge : avec la rentrée des classes revient le ballet des parents, massés devant l’école maternelle et élémentaire Anne-Godeau. Parmi eux, Lydie, venue rechercher sa fille Louna. « J’ai travaillé dans cette école, à la cantine, commence-t-elle, en regardant la grille. Ça a bien changé, il y avait beaucoup à faire. »
Construite en 1963, l’école Anne-Godeau était vétuste et souffrait encore il y a peu d’un gros problème d’isolation. C’est le cas de la majorité des écoles françaises, révèle un rapport publié le 5 septembre par l’Alliance écologique et sociale (AES) [1].
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« La structure, c’était juste des plaques de béton et du simple vitrage, sans aucune isolation. Mais à l’époque on s’en foutait : le pétrole ne coûtait pas cher et il n’y avait pas le problème éthique du réchauffement climatique », siffle Jean-Paul Mottier, adjoint au maire de Raismes et membre de la majorité communiste. Depuis deux ans, l’école est entrée de plain-pied dans les enjeux de son siècle : elle a mené entre 2022 et 2023 une rénovation thermique et écologique durant dix mois.
Au menu : isolation des bâtiments avec des composants biosourcés, végétalisation de la cour, système de récupération des eaux de pluie, ou encore production d’énergie grâce à des panneaux photovoltaïques. Pour le plus grand bonheur des 220 élèves de l’établissement. « Maintenant, ma fille ne vient plus me voir l’hiver en me disant “il me faut un gilet pour aller en classe” », sourit Lydie.
Raismes, un cas d’école
L’affaire était pourtant loin d’être gagnée. Après avoir acté la rénovation en 2020, la commune est tombée sur un premier os : les candidats à l’appel d’offres étaient peu nombreux, car nombre d’entreprises n’avaient pas le savoir-faire adéquat. Une fois l’accord passé avec une entreprise locale, le chantier de rénovation de l’école a fait face à des difficultés techniques considérables dues à la structure des bâtiments.
Ces imprévus ont remis en question le projet, posant même sur la table la possibilité d’une destruction de l’école. « On a fait nos petits calculs concernant l’impact financier et l’impact écologique sur le long terme. On s’est dit : allez, on poursuit », se souvient Jean-Paul Mottier.
En conséquence, le budget est passé de 4 à 7 millions d’euros, financés à 80 % par des fonds européens, l’État et la communauté d’agglomération. « Habituellement, c’est entre 50 % et 60 % », précise Jean-Paul Mottier. Pendant les travaux, il s’est avéré impossible de continuer à faire cours dans l’école : à l’hiver 2023, les classes ont été déplacées dans des bâtiments préfabriqués installés dans la cour de récréation. Une période difficile, avec de nombreuses nuisances pour les élèves et les professeurs.
« À tous ceux qui se lancent dans l’aventure : si on y est arrivés, vous pouvez y arriver »
Pour sortir de l’ornière, la première solution a été de se concerter, afin d’éviter les frustrations. « On a intégré les parents d’élèves à nos réunions chaque mois avec les professeurs, la direction et les élus », explique Christine Marty, référente de la vie scolaire pour l’école. « Ils ont bien géré. Quand les enfants avaient des questions, ils répondaient », abonde Lydie, la mère de Louna.
Dans un deuxième temps, Raismes s’est appuyée dans sa difficile quête de matériaux biosourcés sur le CD2E, un groupe d’experts basé dans les Hauts-de-France et spécialisé dans le bâtiment durable.
Pour Jean-Paul Mottier, les communes désireuses de se lancer dans une rénovation thermique ont tout intérêt à bien s’entourer et à comprendre qu’à la fin, le jeu en vaut toujours la chandelle. « J’ai tendance à dire à tous ceux qui se lancent dans l’aventure : si on y est arrivés, vous pouvez y arriver », croit l’adjoint au maire.
Les écoles-passoires, fardeau financier et écologique
Si l’école de Raismes a réussi, le défi reste immense pour la majorité des établissements scolaires du territoire national. Dans son rapport, l’Alliance écologique et sociale a recueilli des dizaines de témoignages partout en France, qui illustrent la situation catastrophique de nombre d’écoles françaises : élèves qui s’évanouissent lors des canicules et voient du gel sur leur table l’hiver.
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« J’enseigne dans un très vieux préfabriqué vétuste, il n’est pas isolé, il n’y a pas de ventilation et c’est du simple vitrage. L’été, il fait très chaud et l’hiver, il fait très froid. Ce bâtiment pèse sur mon état psychologique », témoigne, par exemple, un enseignant d’une école élémentaire de Mitry-Mory (Seine-et-Marne).
Selon le rapport, seuls 14 % des établissements scolaires rentrent dans les normes BBC (bâtiment basse consommation). Pire, pour 10 % des écoles, la situation serait même urgente, avec des enjeux de sécurité et de salubrité importants. Au niveau écologique, les écoles représentent 1,5 % du total des émissions de gaz à effet de serre en France.
La rénovation des établissements du premier degré — écoles maternelles et primaires — incombe aux communes et aux intercommunalités. Si le coût d’une rénovation thermique est important, les gains potentiels sont supérieurs sur le long terme : selon une enquête de l’Agence de la transition écologique (Ademe) réalisée en 2019, les bâtiments scolaires représentaient 82 % du total de la consommation énergétique des communes.
Celle de Raismes a fait le choix d’installer des panneaux photovoltaïques sur 700 m², via la coopérative solidaire Enercoop. Ce choix permet de rendre l’école autosuffisante... et même de distribuer son énergie aux bâtiments voisins. Une méthode efficace sur le long terme face aux factures élevées pour les communes et un moyen d’éviter le recours aux énergies fossiles.
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On le sait, les inégalités environnementales se calquent sur les inégalités économiques. Beaucoup d’enfants souffrent de conditions difficiles au sein de leur école, mais la situation est encore plus tendue pour les zones pauvres de France métropolitaine et davantage encore dans les départements et régions d’outre-mer.
Dans ces zones, l’école n’assure pas toujours son rôle de refuge. Dans le bassin minier du Nord, où se trouve Raismes, la précarité énergétique est une réalité : les passoires thermiques sont nombreuses, notamment dans les anciens corons. Difficile pour un enfant de s’épanouir lorsque, en plus de trembler de froid à la maison l’hiver, il grelotte aussi dans sa salle de classe.
Pour parer au problème de l’isolation thermique défaillante des établissements scolaires, le rapport de l’AES préconise des solutions d’urgence : volets extérieurs, protections solaires et végétalisation des cours de récréation. Dans un deuxième temps, les auteurs du rapport souhaitent davantage de flexibilité sur l’organisation des cours en cas de températures extrêmes.
Un financement massif espéré
Mais pour régler la situation, il n’y a pas de secret : une rénovation massive est nécessaire. En 2020, un rapport du Conseil général de l’économie préconisait un investissement de 40 milliards d’euros pour les écoles. L’AES préconise, elle, un plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur dix ans.
Pour trouver les fonds nécessaires, elle suggère une augmentation des impôts pour les entreprises, et rappelle que le financement espéré — 5 milliards d’euros par an — aurait pu être obtenu en taxant « 5,1 % des dividendes versés aux actionnaires du CAC 40 en 2024 », ou encore en utilisant 80 % des ressources obtenues via l’impôt sur les grandes fortunes... s’il n’avait pas été supprimé en 2018.
Du côté de Raismes, on espère également davantage de moyens, afin de s’épargner des maux de tête lorsqu’il faudra élaborer un montage financier pour la prochaine rénovation. « S’il pouvait y avoir des aides supplémentaires de l’État, on ne cracherait pas dessus », dit Jean-Paul Mottier. Ces difficultés n’entament pas la motivation de la commune de 12 000 habitants : elle va désormais s’attaquer à une deuxième école primaire.