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Pesticides

Plan pesticides : le torchon brûle entre le gouvernement et les associations écolos

À la réunion ministérielle, «on aurait une minute par organisation au mieux », «un déni de démocratie» dénoncent les membres d'ONG qui ont refuser de continuer à participer.

Lundi 12 février, les ONG ont claqué la porte de la réunion ministérielle sur Écophyto. Pour elles, ce plan de réduction des pesticides est victime d’une réponse inadaptée à la crise agricole.

Sur l’étroit trottoir de la rue de Varenne, emmitouflés dans leurs manteaux, ils tapent du pied. Pas tant de froid que d’agacement. Derrière les imposantes portes du ministère de l’Agriculture, une réunion cruciale pour l’avenir du plan de réduction des pesticides, baptisé Écophyto, se tient. Mais ces représentants d’ONG environnementales ont décidé de la boycotter.

Ce sont huit organisations [1] qui, lundi 12 février, ont refusé de participer au comité d’orientation stratégique d’Écophyto où quatre-vingt parties prenantes (représentants d’agriculteurs, de syndicats, du monde de la recherche, etc) étaient réunies autour de cinq ministres, dont ceux de l’Agriculture et de la Transition écologique.

« L’invitation nous a été envoyée seulement quatre jours avant, sans ordre du jour, sans documents pour préparer la réunion », dénonce d’un air dépité Nadine Lauvergeat, de Générations Futures. En deux heures de réunion, « on aurait une minute par organisation au mieux », poursuit le porte-parole de l’association François Veillerette. « C’est un déni de démocratie », complète Cécile Claveirole du côté de France nature environnement (FNE). « On ne tient pas compte des scientifiques, des ONG et d’une partie du monde paysan. » La méthode a choqué.

« Des années de concertation et de recherche de compromis ont été balayées »

La mise en pause du plan Écophyto a été la principale annonce, le 1ᵉʳ février dernier, du Premier ministre. Le gouvernement a accepté de toucher à un symbole. Il a donné un trophée suffisant à la FNSEA, lui permettant d’appeler les tracteurs à rentrer dans leurs fermes pour calmer la révolte agricole.

« La crise agricole n’est pas liée à Écophyto […] mais bien à l’absence d’une juste rémunération. […] Des mois et des années de concertation et de recherche de compromis ont été balayés en quelques minutes par le Premier ministre sous la pression du syndicat agricole majoritaire [la FNSEA] », dénoncent les ONG dans un texte commun qu’elles auraient souhaité lire en début de réunion. Le ministre de l’Agriculture a refusé. « Alors nous sommes sortis », raconte Sandrine Bélier, directrice de l’association Humanité et biodiversité.

Mais c’est aussi sur le fond que les ONG sont inquiètes. Le gouvernement a confirmé que l’indicateur du plan Écophyto, appelé le Nodu (nombre de doses unités) qui sert à mesurer chaque année l’utilisation des pesticides en France, ne serait plus le principal indicateur. Comme l’avait déjà souligné Reporterre, cet outil d’apparence technique se retrouve désormais au cœur d’une féroce bataille politique. « Ils veulent casser le thermomètre, notre ligne rouge a été franchie », dénonce François Veillerette.

De nouveaux indicateurs

Le gouvernement a tenté de calmer les esprits. À l’issue de la réunion, une conférence de presse expédiée en moins de trente minutes et laissant de nombreuses questions en suspens a distillé ses éléments de langage. L’objectif d’Écophyto, à savoir une baisse de l’utilisation des pesticides de 50 % d’ici 2030, n’est pas remis en cause, a-t-il insisté. Mais pour le mesurer, le Nodu ne sera plus le principal indicateur.

« Il y aura un panel, chaque indicateur mesurant une chose différente », a-t-on expliqué aux journalistes. Le Nodu a notamment été accusé d’être « franco-français » et de ne pas permettre les comparaisons européennes. L’indicateur européen encore en discussion, baptisé HRI1 (indicateur de risque harmonisé), présente lui l’avantage de « pondérer les substances par leur dangerosité, ce qui fait apparaître une baisse plus importante dans les dernières années », a-t-il été souligné.

Tour de passe-passe

Un subterfuge dénoncé par les ONG environnementales, car changer d’indicateur pourrait permettre de faire passer Écophyto, qui jusqu’ici n’a pas permis de véritable baisse des pesticides, pour un quasi-succès. « Entre 2011 et 2021, le choix du Nodu indique une hausse de 3 % [d’utilisation des pesticides] alors que le HRI1 serait lui à la baisse de… 32 % pendant la même période ! » notent encore les ONG dans leur lettre. Elles défendent le Nodu qui a l’avantage de comptabiliser le nombre de doses par hectare : ainsi une molécule utilisée en moindre quantité mais plus puissante ne fera pas baisser l’indicateur.

Le gouvernement est engagé dans une course contre-la-montre d’ici au Salon de l’agriculture, qui commence le 24 février prochain. Ces derniers jours, il a fait feu de tout bois. Outre cette réunion Écophyto, tous les préfets ont dû, en moins de dix jours, demander aux organisations agricoles quelles mesures de simplification elles souhaitaient ; le plan d’aide à la filière viticole a été discuté ; les contrôles sur l’application de la loi Egalim se sont multipliés ; il a demandé à la Commission européenne de suspendre la mise sur le marché des fruits et légumes traités au thiaclopride… Le projet de loi d’orientation agricole, en cours de modification, est promis pour la semaine prochaine. Tout est fait pour montrer que le gouvernement agit.

Pendant ce temps-là, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, montre les muscles. « Le tempo n’est pas le bon », disait-il sur France Info lundi 12 février au matin, menaçant de nouvelles actions dans certains départements.

L’avenir du Nodu, et plus largement du programme Écophyto, devrait d’ailleurs être tranché d’ici au Salon de l’agriculture, a annoncé le gouvernement. « On reste disponibles pour travailler sur Écophyto, mais dans de bonnes conditions », indique Sandrine Bélier. Les ONG ont demandé un rendez-vous avec le Premier ministre. Elles n’ont pour l’instant pas de réponse. En revanche, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont eux une « réunion de travail » prévue avec Gabriel Attal dès ce mardi après-midi.

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