Polluants éternels dans le Rhône : Arkema et Daikin en procès à Lyon
Les rejets de polluants éternels par Arkema (ici son usine à Pierre-Bénite) et Daikin ont provoqué des dégâts environnementaux et sanitaires. - © Moran Kerinec / Reporterre
Les rejets de polluants éternels par Arkema (ici son usine à Pierre-Bénite) et Daikin ont provoqué des dégâts environnementaux et sanitaires. - © Moran Kerinec / Reporterre
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Les géants de la chimie Arkema et Daikin comparaissaient le 28 mai devant le tribunal correctionnel de Lyon. La Métropole de Lyon souhaite qu’ils payent la réparation des dégâts provoqués par leurs rejets de polluants éternels.
Lyon (Rhône), reportage
« Non, vous n’aurez pas de condamnation des sociétés Daikin ou Arkema. Vous aurez une expertise qui permettra le cas échéant de répondre à vos questions. » L’avocat de Daikin tourne en rond face au président du tribunal correctionnel de Lyon. Soucieux de « recentrer le débat », le juriste assure qu’aucune décision prise par la juridiction ne signifiera que les deux groupes chimiques sont de « méchants pollueurs ».
Et pourtant. Pendant plusieurs décennies, leurs usines implantées à Pierre-Bénite, au sud de Lyon, ont rejeté par tonnes des PFAS — surnommées « polluants éternels » — dans le Rhône et l’air de l’agglomération. Ces mêmes molécules qui ont été découvertes en quantités alarmantes dans le sang des riverains et l’eau potable d’une trentaine de communes environnantes.
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Arkema et Daikin doivent leur rendez-vous du 28 mai avec la justice à la Métropole de Lyon. Gestionnaire du réseau potable de la capitale rhodanienne, la collectivité écologiste a engagé un référé expertise pour établir l’existence d’un lien de causalité entre l’activité des industriels et la contamination aux perfluorés du fleuve. Si le tribunal lui donne raison, un expert sera nommé pour rendre une analyse indépendante sur les conséquences de la pollution aux PFAS sur le Rhône, et particulièrement autour du champ captant de Chasse-Ternay, qui alimente près de 200 000 personnes en eau potable.
Une expertise rejetée par les industriels, qui affirment que l’abandon des substances chimiques incriminées est à l’horizon. « Le seul PFAS 6:2 FTS utilisé par Arkema n’est pas bioaccumulable, c’est-à-dire qu’il ne peut pas rester dans le corps humain et sera mis à l’arrêt fin 2024 », assure Me Simon, l’avocate du chimiste. Une fausse promesse, a démontré le site d’investigation locale Mediacités : Arkema continuera bien à fabriquer des PFAS en 2025.
« Un écran de fumée »
L’avocate use d’un autre argument pour instiller du doute. Il serait, selon elle, impossible de déterminer les origines des PFAS décelés en raison de la multiplicité des sources. « Ils sont utilisés dans une très grande variété d’industries telles que le textile, les poêles, les cosmétiques. On a dans un rayon de 500 mètres près de trente sites identifiés comme producteurs… », insiste-t-elle en montrant une carte plastifiée du sud de Lyon au président du tribunal.
Présents à l’audience, des experts des services techniques de la Métropole se lancent des regards effarés à son écoute. Et pour cause : les profils chimiques des PFAS permettent de tracer la pollution de la plateforme de Pierre-Bénite jusqu’à la nappe phréatique.
« Le caractère multisources est un écran de fumée, les arrêtés préfectoraux visent spécifiquement Arkema et Daikin comme source des PFAS », objecte Me Untermaier, l’avocat de la Métropole de Lyon. Quand bien même il existerait d’autres sources de contamination, le juriste souligne que c’est le rôle d’un expert indépendant d’en déterminer « l’origine, l’étendue et les causes ». Pour y parvenir, l’avocat souhaite une analyse des rejets historiques, une information décisive pour déterminer l’ampleur de la pollution : « On sait aujourd’hui que des quantités importantes de PFAS ont certainement été stockées dans les sédiments et la nappe alluviale et sont rejetées en aval dans le champ captant. »
Si l’expertise est concluante, elle pourrait permettre de faire appliquer le principe de pollueur-payeur. Les deux géants de la chimie devraient alors indemniser les dégâts sanitaires et environnementaux, financer la dépollution des sites, voire arrêter leurs rejets polluants. Début mai, Arkema est déjà passé à la caisse aux États-Unis pour éviter un procès. Le groupe français a accepté de payer 109 millions de dollars (environ 100 millions d’euros) pour compenser les dommages et dépolluer un de ses anciens sites dans le New Jersey. Le chimiste devra-t-il de nouveau sortir son portefeuille ? À suivre le 30 juillet, date du délibéré.