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Reportage — Écologie et quartiers populaires

Pollution autoroutière à Bagnolet : « Ce qu’il faut, c’est vraiment réduire le trafic »

À Bagnolet, le 1er février 2022.

Mardi 1ᵉʳ février, des activistes ont organisé une action près de l’échangeur de Bagnolet. Alors qu’un réaménagement de la zone est en projet, ils demandent aux élus des mesures « immédiates et ambitieuses » de réduction de la pollution. 

Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage

À la sortie du métro Gallieni, à Bagnolet, une fresque colorée attire l’attention. On peut y voir une majestueuse cascade, des arbres, et même des papillons, que l’on imagine voler innocemment dans cette paisible clairière. Mais ce dessin est loin d’être à l’image des lieux : en réalité, la porte de Bagnolet se caractérise par son architecture de béton, son flot incessant — et bruyant — de voitures, son dépôt de bus. La raison d’un tel trafic : la présence dans le secteur d’un échangeur tentaculaire, lequel relie notamment le boulevard périphérique à l’autoroute A3 et a fortiori Bagnolet et Paris.

Construite à la fin des années 1960, cette infrastructure routière, où circulent chaque jour 300 000 véhicules, est concernée depuis 2019 par un projet de réaménagement porté par la collectivité Est-Ensemble (qui réunit notamment les mairies de Bagnolet et de Montreuil), les négociations impliquant en outre la région Île-de-France et l’État. Plusieurs solutions sont avancées pour réduire la pollution de la zone, laquelle y est très élevée d’après Airparif : l’enfouissement total ou partiel de l’échangeur, ou encore sa simple rénovation d’ici à 2035.

Les activistes ont déployé une banderole et allumé des fumigènes. © Amélie Quentel / Reporterre

C’est dans ce cadre qu’Alternatiba Paris, le Front de mères et la maison de l’Écologie populaire Verdragon ont organisé, mardi 1ᵉʳ février vers 9 h, une action aux abords de l’échangeur. L’objectif : demander aux élus de Bagnolet des mesures « immédiates et ambitieuses » afin de lutter contre la pollution sonore et atmosphérique dans ce secteur où vivent 35 000 personnes. Dans leur grande majorité pauvres — en Seine-Saint-Denis, 28,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté —, ces dernières voient leur santé mise en danger par cette situation, l’exposition aux particules fines provoquant chaque année 40 000 morts en France.

Après avoir installé devant l’A3 une grande banderole réclamant « des mesures maintenant, pas dans 20 ans » et allumé des fumigènes, plusieurs personnes parmi la dizaine d’activistes présents ont pris la parole. Parmi eux, Gabriel Mazzolini, porte-parole d’Alternatiba Paris et membre de Verdragon : « Ce monstre écologique, qui est l’échangeur le plus pollué d’Île-de-France, est représentatif de l’injustice environnementale et sociale qui touche les quartiers populaires. Pourtant, des mesures immédiates peuvent être prises. » Et de citer plusieurs d’entre elles : réduction de la vitesse des voitures et du trafic, amélioration du service de transports en commun, végétalisation aux abords de l’échangeur…

« Les habitants des quartiers populaires sont trois fois plus touchés par la pollution que les personnes vivant dans des quartiers aisés »

Margaux Dalbavie, porte-parole de La Rue est à nous et membre de Verdragon, abonde dans le même sens, estimant que les projets actuellement portés par les élus « ne répondent pas à l’urgence de la situation » : « Les habitants des quartiers populaires sont trois fois plus touchés par la pollution que les personnes vivant dans des quartiers aisés. Or, le projet d’enfouissement n’est pas forcément la meilleure solution : déjà, il va prendre 20 ans à être mis en œuvre, il a un énorme coût économique et écologique, et, par ailleurs, cela ne ferait que déplacer la pollution. Ce qu’il faut, c’est vraiment réduire le trafic. » Dans un communiqué, Fatima Ouassak, fondatrice du Front de mères, a résumé leur position, les associations soulignant également le risque que « l’échangeur nouvellement enfoui [soit] à la merci des promoteurs immobiliers » : « Ce qu’on veut, c’est améliorer nos vies ici et maintenant, pas d’un plan en 2035. »

Une militante d’Alternatiba à la porte de Bagnolet, le 1er février. © Amélie Quentel / Reporterre

Contacté par Reporterre, le maire socialiste de Bagnolet, Tony Di Martino, confirme qu’un projet d’enfouissement total de l’échangeur, conçu pour « répondre à l’urgence climatique et sociale », a été présenté au préfet de région en octobre dernier. Coût annoncé des travaux : 150 millions d’euros. « Il devra faire l’objet d’un projet partenarial d’aménagement », ajoute-t-il, arguant que « d’autres mesures sont déjà mises en place pour limiter la pollution ».

L’élu, qui cite par exemple « la limitation des vitesses » ou encore « la limitation de la circulation des véhicules les plus polluants », assure que « la municipalité va poursuivre ce travail de réduction des pollutions » en misant notamment sur les « mobilités douces » et en travaillant sur l’offre de transports en commun avec la RATP.

« On sent la pollution : l’air est touffu »

Non loin, les habitants racontent comment cet échangeur les importune. Croisé à la sortie de son immeuble dont les fenêtres donnent sur le complexe routier, Diallo explique être « souvent gêné par le bruit des voitures » : « Parfois, ça m’empêche de dormir. »

Même son de cloche chez un jeune homme rencontré devant sa résidence étudiante, située elle aussi juste à côté : « Il y a des bagnoles qui passent tout le temps, cela fait du bruit. Par ailleurs, on sent la pollution : l’air est touffu. » Et de lancer laconiquement que, comme « tout le monde », les habitants du quartier aspirent pourtant à vivre « paisiblement »

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