Porno, smartphones et écologie

12 juin 2015 / Elise Rousseau

Du porno sur les smartphones à la portée des enfants. Mais le problème n’est-il pas que les enfants aient des smartphones ?


Une des dernières rigolades entendues à la radio : des parents se plaignent, avec une candeur désopilante, que leurs enfants d’école primaire regardent des vidéos pornos sur leurs smartphones.

Que les enfants se créent dès le plus jeune âge une image science-fictionnesque de la sexualité, sans personne pour leur expliquer le côté kitch du truc, c’est certes un peu ennuyeux.

Par contre, qu’ils soient de braves petits soldats de la consommation, au garde à vous du matérialisme le plus débridé, ça, ça ne choque personne. Personne n’y voit un problème moral. Personne ne trouve ça malsain.

Qu’un gamin de 8 ans puisse avoir un smartphone hors de prix, et être formaté pour la course en avant consumériste, non, ça ne pose aucun problème.

« On veut protéger nos enfants », disent les parents, la bouche en cœur, en payant au minot le dernier gadget à la mode. Les mêmes qui exhibent sur les réseaux sociaux ces mêmes bambins (au ski, à la plage, qui a fait popo, qui s’est tartiné le visage de chocolat…) sous toutes les coutures dès leur plus jeune âge, en dépit de toute intimité. Cherchez la logique…

Grande hystérie collective

Une amie intellectuelle (sans portable, sans télé, sans Facebook, mais avec des livres… merveilleuse femme !), une belle humaniste qui résiste contre vents et marées, me disait l’autre jour : tout cela est une grande hystérie collective.

Et ces désirs de consommation compulsifs, ne sont-ils pas pathologiques ? Consommer pour combler un manque affectif ? Pour se sentir exister ? Pour se re-narcissiser ? Mais comme consommer ne comble rien, mais génère plus de vide encore, alors il faut inventer de l’affect de consommation : les réseaux sociaux. Affect comblé un temps… Mais pour avoir accès tout le temps à ces réseaux addictifs, il faut avoir le dernier smartphone : pour poster en direct, avoir les dernières applications, et consommer sans fin, tourbillon de matérialisme immatériel.

Et si notre planète se ruinait finalement pour une seule raison : parce qu’au fond, nous ne savons plus être en lien dans la vraie vie ? Dans la vraie vie qui ne coûte rien, dont la seule batterie est la vie, le seul disque dur nos cerveaux, et la seule chose tactile, nos peaux ? Quand on discute entre amis, on ne pollue pas…

Plutôt que d’engueuler les mômes de mater du porno avec les outils qu’on leur donne pour le faire, ce serait bien d’expliquer aux enfants (et à de plus en plus d’adultes), que boire un coup avec des vrais copains, qu’aller se promener avec des gens qui nous « like » pour de vrai, que faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime, c’est quand même vachement bien, et en plus, c’est gratuit. C’est juste du lien, ça ne coûte rien, y a besoin de rien, juste d’être là, avec l’autre. Mais par contre, pour prendre son pied… faut déconnecter !




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Lire aussi : Lettre d’un enseignant dématérialisé à la ministre de l’Inculture

Source : JNE, avec l’aimable autorisation de l’auteure.

Dessin : Elise Rousseau

Elise Rousseau anime le blog Les biodiversitaires et est l’auteure du livre Tous les chevaux du monde.

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