Pour sauver le climat, les « faucheurs de chaises » frappent de nouveau

2 octobre 2015 / Émilie Massemin (Reporterre)



Une agence de la BNP a reçu la visite de ces militants aux méthodes non-violentes, qui sont repartis avec plusieurs chaises de la banque. À deux mois de la COP 21, ils estiment urgent de « lier l’évasion fiscale organisée par certaines banques et le manque de financement pour le climat ». Les chaises, elles, voyagent.

- Paris, reportage

Jeudi 9 h 30. Trente énergumènes s’introduisent dans l’agence BNP Paribas du 19, boulevard de Strasbourg, dans le Xe arrondissement de Paris. Le visage effrontément découvert, arborant des tee-shirts aux couleurs vives, ces militants de Bizi !, des Amis de la Terre, des JEDI for Climate, des Désobéissants, d’Action directe non-violente et d’Attac embarquent dix chaises et deux jolis fauteuils sous le regard stupéfait des clients et des employés.

L’opération se déroule en trois minutes chrono, dans un calme absolu. Elle n’est visiblement pas du goût du directeur de l’agence, qui somme les activistes de « poser ça tout de suite » et tente d’entraver leur route en abaissant le rideau de fer. « Nous allons nous mettre en-dessous, prévient calmement un militant de Bizi. Ceci est une action non-violente, nous pouvons vous expliquer pourquoi nous faisons ça. » Finalement, tout le monde sort tranquillement de l’agence pour une photo finale.

Une trentaine d’activistes entrent dans l’agence de la BNP.

Ce n’est pas la première fois que des activistes embarquent des chaises pour protester contre l’évasion fiscale. Le mouvement basque Bizi a lancé la tendance en fauchant huit sièges à une agence HSBC, le 12 février dernier, en plein SwissLeaks – le Monde et le Consortium international des journalistes avaient révélé que la banque avait fait disparaître cent quatre-vingt milliards d’euros dans des paradis fiscaux, entre novembre 2006 et mars 2007. « On est entré dans la banque et on a pris la première chose qui nous tombait sous la main, des sièges, se souvient Jon Palais, militant à Bizi. La chaise va parler aux gens parce que c’est un objet simple, que tout le monde a chez lui et qui peut symboliser une réaction citoyenne par rapport à l’impunité dont bénéficie un système organisé d’évasion fiscale. »

Vingt mille milliards de dollars par an d’évasion fiscale !

À l’approche de la Conférence Climat de décembre, la COP 21, dont la réussite dépend en grande partie de l’aide financière que les pays développés pourront accorder aux pays les plus vulnérables au changement climatique, de telles actions revêtent un caractère d’urgence. Mercredi 30 septembre, soixante-dix-sept personnalités, parmi lesquelles l’ancien résistant Claude Alphandéry, les économistes Geneviève Azam et Dominique Plihon ou encore le sociologue et philosophe Edgar Morin, ont lancé un « Appel à réquisition citoyenne de 196 chaises avant et pendant la COP 21 ». D’autres opérations du même genre devraient se multiplier partout en France jusqu’à la conférence sur le climat, espèrent les activistes - cent cinquante personnes ont déjà été formées pour cela. « Ces chaises serviront de support à une grande action symbolique en pleine COP 21, afin d’inciter les citoyens du monde à entrer dans l’action », précise l’appel.

L’objectif de ces réquisitions est désormais de « faire le lien entre l’évasion fiscale organisée par certaines banques, qui représente vingt mille milliards de dollars par an, d’après le Tax Justice Network, et le manque de financement pour le climat, alors qu’à l’approche de la COP 21 les États peinent à trouver les cent milliards de dollars annuels promis dès 2020 aux pays en développement », explique Malika Peyraut, chargée de campagne Institutions financières internationales aux Amis de la Terre. Lévasion fiscale coûterait jusqu’à mille milliards d’euros par an rien qu’à l’Union européenne, d’après des estimations de la Commission.

Et BNP Paribas, riche de cent soixante-dix-sept filiales dans divers paradis fiscaux, dont sept aux Îles Caïmans, est « la banque française première sur les questions d’évasion fiscale, première sur les questions de projets climaticides, dénonce Wilfried Maurin, d’Attac. C’est le symbole du capitalisme à la française. Alors qu’elle devrait être combattue comme banque qui encourage l’évasion fiscale, elle voit son ex-numéro deux bientôt nommé à la Banque de France. Il y a une énorme défaillance de l’État par rapport à ça. »

Sensibiliser un maximum de monde

Pour les activistes, la solution est limpide : lutter contre ces évasions fiscales pour sauver le climat. Les sièges piquées ce matin, après une petite balade dans Paris, sont désormais hébergées par Edgar Morin – un dangereux récidiviste, Susan George, Guillaume Duval d’Alternatives économiques, Patrick Viveret, Claude Alphandéry et Alain Caillé. Elles reprendront bientôt leur petit bonhomme de chemin, de façon à sensibiliser un maximum de monde. « Pour ce qui est des chaises réquisitionnées en février, il y en a une à l’École normale supérieure chez des économistes atterrés, une perdue au fin fond de la Picardie, peut-être encore une au siège d’Attac, aux Amis de la Terre, énumère Wilfried Maurin. Elles sont toujours en mouvement, pour alimenter le débat sur l’évasion fiscale. »




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Lire aussi : L’incroyable mobilisation de la police pour retrouver huit chaises qu’exige la banque fraudeuse HSBC

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos : © Émilie Massemin/Reporterre

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