Présidentielle : la stratégie des ONG environnementales pour peser

21 février 2017 / Baptiste Giraud (Reporterre)



« Pactes », « appels »… en 2007 et 2012, les ONG environnementales cherchaient à obtenir des engagements des candidats à la présidentielle. Échaudées par les promesses mal ou non tenues, elles changent cette année de stratégie pour peser.

  • La Rochelle (Charente-Maritime), correspondance

Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient, et pas forcément ceux qui les font. Les ONG environnementales que Reporterre a contactées (WWF, FNE, LPO, Amis de la terre, Greenpeace, Fondation Nicolas Hulot) ont bien cela en tête alors que la campagne électorale est maintenant lancée.

Le temps passé à travailler au corps les équipes de campagne et les candidats eux-mêmes, à réclamer des engagements précis, des virgules en plus ou en moins dans les projets officiels, n’a pas servi à grand-chose. Alors aujourd’hui, toutes nous assurent « ne pas être dupes » du petit jeu auquel les candidats se livrent. Fini les « pactes » et autres « appels » aux présidentiables.

« La société civile est échaudée par la manière dont se sont passées les précédentes élections : nous y avons mis énormément d’énergie et de volonté, tout ça pour servir vaguement d’arguments électoraux », juge Benoît Hartmann, porte-parole de FNE, qui avait lancé en 2012 l’« appel des 3000 ». La Fondation Nicolas Hulot, de son côté, ne réitérera pas son « pacte ». Greenpeace se dit prudente, et ne perdra pas son temps à demander quoi que ce soit aux candidats. « En 2012, il y avait l’accord PS-EELV sur la fermeture de centrales nucléaires : aujourd’hui on n’arrive même pas à fermer Fessenheim. En 2007, le Grenelle de l’environnement : le résultat n’a pas été à la hauteur », rappelle Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

Pourquoi se priver d’un tel moment de focalisation et d’émulation politique 

Florent Compain, président des Amis de la Terre, en a tiré une conclusion : l’association a décidé de ne pas s’occuper de l’élection présidentielle : « Cela demande un travail monstrueux, nous préférons mettre notre énergie dans la mobilisation citoyenne, dans la construction d’un rapport de force tel que le législateur sera obligé de tenir compte de ce que veut la société civile. »

Les autres ne vont pas si loin. Jacques-Olivier Barthes, directeur de la communication du WWF-France, constate quelques effets des actions passées. Selon lui, l’Alliance pour la planète de 2007 a été « une des actions de lobbying les plus performantes qu’on ait menées ces dernières années ». Le WWF continuera donc à rencontrer les candidats ou leurs conseillers, de manière informelle. Au demeurant, il faudra bien travailler pendant cinq ans avec l’équipe qui sortira gagnante des élections, nous explique-t-on.

Et puis pourquoi se priver d’un tel moment de focalisation et d’émulation politique ? « C’est biaisé, toute la société civile cherche à utiliser cette occasion-là, beaucoup d’engagements sont faits, jusqu’à la surenchère, et finalement je ne suis pas sûr que cela éclaire le grand public », explique Julliard, chez Greenpeace. Alors oui, il faut utiliser ce moment, mais pas en allant « quémander une énième promesse », car ce serait du temps et de l’énergie perdus.

Plus généralement, les mots d’ordre de ces ONG pour la campagne pourraient être de « repartir de la base » et de « jouer à front renversé », comme l’assure Benoît Hartmann. « On ne veut plus de promesses, on veut mettre en avant des revendications portées tellement fort par la population que l’élu devra les mettre en place », explique-t-il.

Et de citer des sondages selon lesquels environ 80 % de la population se préoccupe aujourd’hui de l’environnement. En novembre, l’Ifop a publié une enquête sur l’environnement et la présidentielle de 2017. Le WWF et la LPO ont même commandé chacun leur propre sondage auprès de cet institut. Pour la LPO, la question était : « Souhaiteriez-vous que les questions de protection de la nature (faune et flore) soient présentes et abordées par les candidats lors de la campagne présidentielle ? », 29 % ont répondu « oui tout à fait », et 52 % « oui plutôt », soit un total de 81 % favorables. Une évolution remarquable, estime Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, alors que la biodiversité a toujours été le parent pauvre des questions fondamentales de société : « On était nous-mêmes étonnés de voir ces résultats, auparavant le chômage écrasait toutes les autres questions. »

Faire entrer en jeu les adhérents et le grand public 

FNE, WWF et LPO veulent se servir de ces statistiques pour « prendre les candidats au piège de l’électoralisme ». « Pour l’instant il n’y a pas de rapport de force sur ces questions dans la rue, estime Jacques-Olivier Barthes, donc ces sondages sont un moyen de faire comprendre qu’il y a une majorité culturelle favorable à ces questions. » « Le message qu’on envoie aux politiques c’est : saurez-vous représenter ces aspirations ? Si vous ne le faites pas, alors vous ne serez pas réélus », prévient Benoît Hartmann.

« Repartir de la base », pour certaines ONG, c’est aussi faire entrer en jeu leurs adhérents et le grand public, via le web et les réseaux sociaux. La LPO a lancé mardi 14 février sur son site internet un questionnaire intitulé Feriez-vous un bon président pour la nature ?. Il propose aux internautes de répondre à des questions à choix multiples (QCM), qui seront également posées aux candidats. « On questionne toujours les présidentiables. Là, à nous de voir si on est compétents. C’est intéressant dans la perspective des législatives : les citoyens auront des choses à réclamer dans leurs circonscriptions », justifie Allain Bougrain-Dubourg. Les réponses proposées au QCM moquent d’ailleurs les mesures à côté de la plaque de certains responsables politiques. Exemple : comment « lutter contre la fragmentation [des espaces naturels] par les réseaux de transport ? »

Réponses :

En tant que président(e) vous prévoyez de :
- Lancer un vaste concours national de design du plus beau passage à faune autoroutier avec remise des prix au ministère de l’Écologie ;
- Rétablir une écotaxe sur les transports de marchandises sur route, développer significativement le transport de marchandises par voie ferrée ;
- Je ne sais pas. »

Du côté du WWF, on se lance dans l’interpellation participative de candidat en direct sur les réseaux sociaux, avec les « PandaLive ». Emmanuel Macron a inauguré le dispositif le 9 février : pendant 45 min, il a répondu aux questions des internautes relayées par Pascal Canfin, directeur du WWF-France. Une réussite, la vidéo ayant été vue plus de 200.000 fois, selon Jacques-Olivier Barthes : « Notre communauté l’a questionné de manière très pointue, notamment sur le loup. À part nous, qui lui aurait posé cette question ? On veut pousser les candidats vers des questions qui sont hors des radars habituels. » Yannick Jadot est le prochain invité des PandaLive. Mélenchon, Hamon, Fillon, Dupont-Aignant et Le Pen ont également été conviés.

« Faire la part entre convictions sincères et opportunisme »

Quant aux idées et propositions de fond, chacun les développe à sa manière. Greenpeace poursuit simplement ses campagnes en cours, axées sur l’agriculture (contre les pesticides et pour un changement de modèle agricole) et l’énergie (fin du nucléaire, faillite d’EDF). Un outil de « décryptage » des programmes des candidats devrait également être mis en ligne en mars. « Aujourd’hui, tous les candidats ont une partie environnement dans leur programme, mais il faut faire la part entre convictions sincères et opportunisme, et surtout voir si leurs propositions sont réellement profitables à l’environnement », explique Jean-François Julliard.

La LPO propose, à travers les « bonnes réponses » à son questionnaire, 36 mesures concrètes et parfois techniques pour favoriser la biodiversité. Ce questionnaire va être soumis aux candidats, et leurs réponses décortiquées par l’association. « Cela donnera un éclairage sur la stratégie de chacun, entre ceux qui pensent qu’on ne peut pas s’exonérer de l’agriculture industrielle et d’autres le contraire, par exemple, explique Allain Bougrain-Dubourg. Et puis, il peut y avoir des engagements : ils restent un outil pour nous permettre de rappeler à l’ordre les élus. »

Du côté de FNE, 10 propositions sont mises en avant dans un livre, S’engager pour un monde meilleur, paru en avril 2016 sous la plume de Frédéric Denhez. Elles s’adressent aussi bien aux « citoyens-consommateurs » qu’aux élus de tous niveaux. L’auteur met par exemple en avant les sociétés citoyennes de production d’énergie renouvelable, une meilleure organisation de la vie quotidienne et de l’aménagement du territoire au niveau local, et l’éducation à l’environnement. FNE prévoit également de distribuer à ses adhérents un « kit » (écrire un courrier à son élu, prendre rendez-vous, faire le suivi d’un dossier…), afin de maintenir la pression sur les élus localement.

Enfin, la Fondation Nicolas Hulot a souhaité, pour le moment, rester silencieuse. Mais une initiative transversale se prépare autour d’elle, rassemblant des associations issues de différents domaines, réunies par la question de la « solidarité ». « Il y a une vraie volonté des associations de ne plus travailler chacune dans leur coin. On est plus fort si on arrive à faire ensemble, au-delà de nos sujets habituels », estime Jean-François Julliard.




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Lire aussi : Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel

Source : Baptiste Giraud pour Reporterre

Photo :
. chapô : Action des militants de Greenpeace devant le ministère de l’Écologie, en mars 2015. Salledepresse.com © Pierre Baelen / Greenpeace

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