Privé de COP par la Chine, Taïwan marche pour le climat
Marche pour le climat à Taïwan, le 1er novembre 2025. - © Aurélie Loek / Reporterre
Marche pour le climat à Taïwan, le 1er novembre 2025. - © Aurélie Loek / Reporterre
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En raison de l’opposition de la Chine, aucun représentant de Taïwan ne participera à la COP30. Des habitants font malgré tout pression pour que le gouvernement agisse en faveur du climat.
Taipei (Taïwan), reportage
« Notre avenir, nous décidons. La justice nous exigeons. » Le slogan est repris en cœur par la foule. Pas loin de la célèbre tour Taipei 101, dans la capitale taïwanaise, un petit millier de personnes manifestent pour le climat, le 1er novembre. Des participants de tout âge appellent le gouvernement à intensifier ses efforts, en amont de la COP30 — prévue à partir du 10 novembre au Brésil — et des élections municipales prévues en 2026.
Après cinq ans sans marche à Taïwan appelant à lutter contre le réchauffement climatique, près de 100 organisations ont décidé de relancer la mobilisation. Dans le quartier commercial de Xinyi, la foule de manifestants marche joyeusement au son d’une batucada. Ils tentent de sensibiliser les passants, venus en nombre dans les magasins du quartier, en ce jour de weekend.
Peu l’habitude des manifestations
« Le gouvernement pourrait faire mieux, avec une politique plus agressive », estime Ting-Ting, venue participer à la marche avec des amis. Derrière de fines lunettes, la Taïwanaise de 25 ans, qui travaille dans le conseil en développement durable, manifeste pour la première fois. « À Taïwan, nous n’avons pas l’habitude d’aller dans la rue pour exprimer notre avis. C’est une occasion précieuse à saisir », poursuit la jeune femme.
Cette pression de la société civile se fait alors qu’en raison de la Chine, Taïwan est en partie isolée sur la scène internationale. Pékin revendique une souveraineté sur ce territoire gouverné démocratiquement. Par conséquent, le pays n’est pas reconnu comme tel par la plupart des États dans le monde, comme par les organisations internationales, dont l’Organisation des Nations unies (ONU). Lors des COP, aucun représentant officiel de Taïwan ne peut prendre part aux négociations.
« Cela n’affecte pas notre volonté de lutter contre le réchauffement climatique, mais cela touche les capacités de nos institutions pour gérer cette menace », explique Chia-Wei Chao, directeur de recherche du Taiwan Climate Action Network Research Center, l’une des organisations ayant appelé à manifester. Pourtant, le territoire subit comme ailleurs les conséquences du réchauffement. Sur cet archipel d’Asie de l’Est, les études montrent que l’été taïwanais pourrait continuer de s’allonger tandis que les typhons, qui se forment régulièrement de mi-juillet à octobre, pourraient s’intensifier.
« Au départ, nous pensions que cela ne servait à rien d’organiser une marche, parce que la plupart des Taïwanais connaissent les conséquences du changement climatique, précise Chia-Wei Chao, scientifique. Il s’agit désormais de créer un élan pour que de vraies actions soient menées. »
Pollueur-payeur
Les organisations de lutte pour le climat s’inquiètent que les efforts soient sacrifiés en faveur d’intérêts économiques. Afin d’alléger les effets des droits de douane étasuniens sur les exportations taïwanaises, le gouvernement a ainsi annoncé vouloir accorder à certaines entreprises des allègements de taxe carbone.
Lors de la marche, les groupes de mobilisation rappellent par ailleurs le coût énergétique de l’intelligence artificielle (IA), dont Taïwan fabrique certains produits. Or, de nouvelles projections prévoient que le produit intérieur brut de Taïwan en 2025 devrait croître de 5,45 % grâce au boom de l’IA. Ce contexte fait craindre un manque d’ambition du prochain plan du gouvernement pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Tentant de répondre à l’inquiétude, le président Lai Ching-te a promis le 31 octobre d’à la fois « apporter un soutien au public et à l’industrie », tout en « restant engagé dans la transition ». Il prenait la parole lors d’un comité national pour le climat, organisé tous les trois mois pour faciliter la discussion entre des représentants d’organismes gouvernementaux, de l’industrie, de groupes de la société civile et d’experts.
À cette occasion, les organisations ont fait passer une liste d’actions pour le climat. Parmi elles, appliquer le principe du pollueur-payeur ou renforcer les capacités d’adaptation de Taïwan. À l’issue de la marche, ces acteurs se sont promis de continuer à pousser pour que ces demandes entrent bien en application.